En Afrique, le Mali est en proie à une transition incertaine après le putsch de la semaine dernière. Et la Côte d’Ivoire est entrée ce week-end dans une campagne électorale qui s’annonce tendue. L'Afrique de l’Ouest est engagée depuis cet été dans une mauvaise passe démocratique. C'est le "monde d'après".

Le président ivoirien Alassane Ouattara parmi ses supporters samedi 22 août à Abidjan lors de l'investiture de son parti pour briguer un 3ème mandat
Le président ivoirien Alassane Ouattara parmi ses supporters samedi 22 août à Abidjan lors de l'investiture de son parti pour briguer un 3ème mandat © AFP / ISSOUF SANOGO AFP

On pourrait appeler ça « derrière les flonflons, les coups fourrés ». En Côte d’Ivoire, le président sortant Alassane Ouattara a été investi avant-hier candidat officiel de son parti pour le scrutin prévu le 31 octobre. Le tout avec tambours et trompettes, sous un chaud soleil estival, avec des dizaines de milliers de supporters dans le stade Houphouët Boigny d’Abidjan. Sympa.

Sauf que… dans cette Côte d’Ivoire de 25 millions d’habitants, emblème démocratique de la région avec le Sénégal, Ouattara, 78 ans, avait, au printemps dernier, affirmé renoncer à un 3ème mandat consécutif. Et puis patatras, tout est parti en vrille cet été. Après la mort de son dauphin désigné, Amadou Gon Coulibaly, Ouattara a décidé, je cite, de rempiler 

« par esprit de sacrifice ».

Admirable dévouement. On se pince.

Et comme la Constitution, à l’origine, interdisait d’enchainer un 3ème mandat, elle a été changée. Un tripatouillage d’école. Ouattara brigue donc officiellement son 1er mandat de la nouvelle Constitution. Les opposants politiques, Guillaume Soro et Laurent Gbagbo, sont interdits de séjour, radiés des listes électorales. Et la principale opposante de la société civile, Pulchérie Gbalet, a été arrêtée la semaine dernière. Les accrochages se multiplient dans le pays. Disons-le tout net : le scrutin du 31 octobre se présente mal.

Tripatouillage constitutionnel et refus de l'alternance

Et il n’y a pas que la Côte d’Ivoire à connaître cette évolution dans la région : regardons les deux voisins du Nord, la Guinée et le Mali.

En Guinée, c’est presque un copié collé. Le vieillissant Alpha Condé, 82 ans, a lui aussi fait changer la Constitution pour enchainer un 3ème mandat. Le scrutin, on le sait depuis 10 jours, est désormais prévu le 18 octobre, Alpha Condé n’est pas encore officiellement candidat, mais son investiture est un secret de Polichinelle. Là encore, la campagne s’annonce à hauts risques.

Au Mali, c’est un peu différent, mais tout aussi préoccupant. Le coup d’État de la semaine dernière est à la fois la conséquence et l’incarnation de la fragilité démocratique. La conséquence, parce que le président démis, IBK, était de l’avis général, incompétent. Incapable de lutter contre la corruption, soupçonné de favoritisme au profit de sa famille. L’incarnation, parce que nous voilà maintenant avec un colonel aux manettes, Assimi Goïta, dont personne ne connait les intentions. On évoque déjà une période de transition de un à trois ans, il faut faire bonne mesure. Et rien n’assure que les militaires rendront le pouvoir aux civils. 

A la fin du siècle dernier, l’Afrique de l’Ouest avait connu une réelle évolution démocratique. Aujourd’hui, malgré quelques exceptions rassurantes, le Ghana, le Liberia, la Guinée Bissau, c’est marche arrière. Même au Sénégal, on prête régulièrement au président Macky Sall l’intention de briguer un 3ème mandat. 

Pain bénit pour les terroristes

Ça nous concerne parce que la France a une responsabilité directe. Les dirigeants dont nous parlons ont tous été mis en place ou soutenus par Paris : 

  • Le malien IBK porté à bouts de bras par la France, contre vents et marées alors que tous les diplomates connaissaient son incapacité à réformer ; 
  • L’ivoirien Ouattara, qui ne serait peut-être jamais arrivé au pouvoir sans le coup de pouce militaire de Paris ; 
  • Le guinéen Condé, soutenu non-stop depuis 10 ans.

Les hommes poussés par Paris font reculer la démocratie.

Ça nous concerne aussi parce que toute la zone, on le sait, est sous le péril jihadiste, les événements récents au Niger en témoignent. En 4 ans, les actes terroristes se sont multipliés par 5 dans la région, et les islamistes, non contents de maîtriser une partie du Sahel, menacent désormais le golfe de Guinée. Or les coups fourrés des dirigeants au pouvoir sont tout bénef’ pour les terroristes : ces embrouilles à répétition peuvent non seulement déclencher des mouvements de contestation dans la société civile. Mais aussi alimenter les rangs des groupes jihadistes.

Non décidément, ce recul démocratique en cours en Afrique de l’Ouest n’augure rien de bon.

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