Nous sommes donc invités à voter, dimanche, pour le 2ème tour des Municipales. Et nous ne sommes pas les seuls : cette semaine voit le grand retour des élections un peu partout dans le monde. Mais comment voter par temps d’épidémie ? C’est le « monde d’après ».

La file d'attente des électeurs mardi 23 juin pour la présidentielle au Malawi
La file d'attente des électeurs mardi 23 juin pour la présidentielle au Malawi © AFP / AMOS GUMULIRA / AFP

Pendant trois mois, le virus a fermé les urnes, presque partout. On se souvient de la controverse autour du premier tour des Municipales en France. Au total, tenez-vous bien, 66 scrutins ont été annulés ou reportés dans le monde, dont 22 votes de dimension nationale (présidentielle, législatives ou référendum). 

Et tous les continents y sont passés. En Pologne ou au Pays Basque en Europe, au Chili, en Bolivie ou aux Etats-Unis avec 16 primaires démocrates annulées sur le continent américain, en Indonésie ou au Sri Lanka en Asie, en Ethiopie ou au Botswana en Afrique, etc.

Capture écran carte des élections reportées Centre IDEA Stockholm
Capture écran carte des élections reportées Centre IDEA Stockholm / IDEA STOCKHOLM

Rares ont été les scrutins maintenus en mars et en avril. Et maintenant, ça redémarre. On a voté le week-end dernier en Serbie dans les Balkans.C’était hier la présidentielle au Malawi dans le Sud de l’Afrique. Ce sont les législatives aujourd’hui en Mongolie. Le week-end prochain, les Islandais et les Polonais éliront leur président. Et ça va continuer début juillet, avec la fin du référendum en Russie, des élections en Macédoine. Bref, ça se bouscule dans les isoloirs. 

C’est une bonne nouvelle, et c’est le premier constat : le virus n’a pas enterré les élections.

Le grand débat sur le vote par correspondance

Voter c'est une chose. La question suivante, c'est comment. Comment organiser ces scrutins concrètement, avec la maladie qui continue de circuler ?

Le modèle, c’est la Corée du Sud. Le dispositif des législatives, mi-avril y était ultra-sécurisé : prise de température à l’entrée des bureaux de vote, gants et gel pour tout le monde, horaires de vote spécifiques pour les malades ou les personnes âgées. Précautions drastiques également aujourd’hui en Mongolie, où il n’y a aucun décès lié au virus à ce jour. On est plus sceptique sur le dispositif mis en place en Russie la semaine prochaine, et en Macédoine à la mi-juillet, où l’épidémie tend à redémarrer.

Et puis le principe de précaution peut aussi être utilisé à des fins douteuses. Aux États-Unis, la grande crainte de l’opposition démocrate, c’est de voir l’administration Trump mettre des bâtons dans les roues du vote noir et hispanique en novembre. En fermant certains bureaux pour « motif sanitaire ». 

Enfin, il y a le grand débat relancé par l’épidémie : le vote par correspondance. Ça marche très bien en Suisse, en Islande, au Royaume-Uni, en Allemagne. Par exemple, fin mars, le 2ème tour des Municipales en Bavière s’est effectué uniquement par voie postale. 60% de participation. 

Aux États-Unis

, les démocrates aimeraient favoriser ce système, mais le budget manque pour l’organiser.

Et soit dit en passant, on comprend mal pourquoi ce débat n’est pas plus présent en France.

Une bonne occasion de rester au pouvoir

Enfin, il ne faut pas sous-estimer combien les pouvoirs en place sont tentés d’instrumentaliser le virus à des fins électorales ! On n’est pas chez les Bisounours ! Mais cette instrumentalisation peut prendre des formes opposées.

D’un côté, il y a ceux qui utilisent l’argument sanitaire pour repousser le scrutin et rester au pouvoir.

  • C’est le cas au Tchad, 5ème report des législatives, il y a toujours une bonne raison ! 
  • En Ethiopie, où on attend toujours la nouvelle date du scrutin. 
  • En Bolivie, où il y a bien une nouvelle date, le 6 septembre, mais après l’exil du président Morales, l’ex opposition de droite désormais au pouvoir ne semble pas très pressée d’organiser l’élection.

De l’autre côté, à l’inverse, il y a les gouvernements qui cherchent à tirer un bénéfice électoral d’une bonne gestion de l’épidémie :

  • Succès électoral pour le centre gauche en Corée du Sud en avril,
  • Raz-de-marée pour les conservateurs nationalistes en Serbie il y a trois jours, 
  • Victoire électorale en vue pour les travaillistes de Jacinda Ardern en Nouvelle-Zélande en septembre.

Reste enfin les pays où le vote se déroule sur fond de critique des pouvoirs publics dans la gestion de la crise. On verra le résultat en France. Ou en Pologne, où l’épidémie est repartie à la hausse, et où le président sortant, le conservateur Andrzej Duda pourrait avoir plus de mal que prévu à conserver son poste.

En tous cas, si l’épidémie doit rebondir et s’installer, il va bien falloir trouver des solutions pour préserver la pratique démocratique.

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.