Tiens revoilà le mouvement Youth fort Climate, Les Jeunes pour le climat. Avec des appels à manifester ce vendredi et ce samedi partout dans le monde. Cette mobilisation est nettement retombée ces derniers mois, mais on aurait tort de croire ce mouvement condamné à disparaître. C’est le « monde d’après ».

Greta Thunberg appelant à la grève sur le climat devant le Parlement suédois début septembre
Greta Thunberg appelant à la grève sur le climat devant le Parlement suédois début septembre © AFP / FREDRIK SANDBERG / TT NEWS AGENCY / TT News Agency via AFP

Il y a un an, souvenez-vous, c’était marée haute. Du printemps à l’automne 2019, la mobilisation avait été incessante, avec des manifestations dans plus de 120 pays. Point culminant, il y a un an pile : le 23 septembre 2019, Greta Thunberg, la voix tremblante d’émotion, interpellait tous les dirigeants de la planète à l’occasion de l’Assemblée générale de l’ONU, avec cette phrase « How dare you, comment osez-vous ? »

Un an plus tard, c’est marée basse. Tout un symbole : la jeune suédoise, égérie du mouvement, attaquée à tort et à travers depuis deux ans par les détracteurs de cette mobilisation, a repris le chemin de l’école, fin août. Direction le lycée. Après une année « sabbatique », passée à affirmer en substance « je ne peux pas aller à l’école, je dois sauver la planète », la voilà qui reprend son cartable !

A l’image de ce « retour à la normale » de Greta Thunberg, les mobilisations de demain et après-demain s’annoncent modestes. Même si le mouvement promet fièrement 3000 actions de protestation dans le monde, ça ne trompe personne : les manifestations seront sans doute limitées, en particulier en France. Tout au plus quelques rassemblements devant des lycées.

Vous l’avez sans doute constaté si vous avez des ados à la maison : ils en parlent beaucoup moins qu’il y a un an.

L'impact du virus et la désillusion vis à vis des politiques

Alors comment expliquer ce reflux, cette marée basse ? 

Il y a d'abord la raison conjoncturelle évidente: l'épidémie. Le virus a emporté tous les autres sujets sur son passage depuis le mois de février, tous relégués au second plan. Sans oublier sa première conséquence concrète : les rassemblements sont devenus restreints, voire impossibles ou interdits, pour cause d’épidémie. Le mouvement des Jeunes pour le climat en a été victime, comme les grandes mobilisations politiques et sociales qui touchaient, il y a un an encore, l’Algérie, le Chili ou le Liban.

La deuxième explication est plus structurelle : c’est souvent le propre d’une mobilisation de la jeunesse d’être un feu de paille, de ne pas durer. Parce que ces mouvements ont souvent une forte dimension ludique, on se retrouve ensemble aussi pour s’amuser. Et parce qu’inévitablement, la pendule de l’âge tourne. Prenons à nouveau Greta Thunberg : elle aura 18 ans dans 3 mois.

On peut aussi avancer une troisième explication : un sentiment de désillusion, un constat d’échec. Ces millions de jeunes ont pu avoir le sentiment, dans un mélange de volontarisme et de naïveté, que leur mobilisation massive allait avoir un impact immédiat sur les prises de décision politique. Résultat des courses : impact minimal à court terme. Les pétitions et les manifs n’ont pas changé grand-chose. Elles n’ont pas réussi à déplacer les paquebots que sont les gouvernements.

La peur de mourir liée au virus s’est révélé un aiguillon plus efficace pour faire bouger des lignes.

Une naissance à la politique sous le signe de la démocratie directe

Ce mouvement est-il pour autant mort et enterré ? Non, il peut ressurgir, pour deux raisons.

D’abord, cette mobilisation de près de deux ans, a sans doute enclenché des mouvements de long terme. C’est un peu souterrain, invisible, comme le déplacement des plaques tectoniques sous la croûte terrestre. Toute cette génération est née à la politique, en prenant conscience d’un destin commun partagé où que l’on vive sur la planète. On est donc à rebours des replis nationalistes ambiants. Ce mouvement a aussi initié une pratique de la démocratie directe via les réseaux sociaux, il a favorisé l’émergence de leaders quasi exclusivement féminins, et il a sans doute déclenché des changements de pratique individuels sur les transports ou l’alimentation.

Il peut enfin se traduire potentiellement dans une poussée du vote écologique chez les jeunes, comme on l’a vu ces deux dernières années en France et en Allemagne, en particulier dans les grands centres urbains.

La deuxième raison, c’est que le sujet climatique est toujours là. Il est même plus que jamais là. Les incendies d’une ampleur sans précédent en Californie, ou la disparition accélérée de la banquise Arctique en sont les derniers indicateurs. Quant à l’objectif de limitation de la hausse des températures de 1,5 degré d’ici la fin du siècle, il parait chaque jour plus difficile à atteindre. Autant dire que les phénomènes climatiques extrêmes vont sans doute se multiplier. 

Le sujet Covid n’occupera pas éternellement le devant de la scène. Il est donc plausible de finir par voir remonter la marée de la mobilisation climatique.

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