Hier, l’Europe a signé un nouveau partenariat, le 5ème avec un laboratoire pharmaceutique. Et Donald Trump fait pression sur les industriels pour accélérer la commercialisation des futurs vaccins.Au delà de la question de santé publique, les équilibres géopolitiques de demain sont en jeu. C'est "le monde d'après".

La course aux vaccins bat son plein entre toutes les puissances
La course aux vaccins bat son plein entre toutes les puissances © AFP / VOISIN/PHANIE/AFP

Le document publié aujourd’hui par l’Organisation Mondiale de la Santé  est révélateur : on y trouve, mise à jour, la liste des candidats au vaccin. 31 en phase clinique, 142 en phase de recherche. Vous avez bien lu : au total 173 candidats au vaccin. Bonjour la course à l’échalote ! C’est que l’enjeu est énorme : combattre le virus bien sûr, et surtout détenir la puissance dans le monde d’après. 

Nous sommes devant une croisée des chemins. Option 1 : le chemin du nationalisme et des rivalités entre puissances. Être le premier à posséder un vaccin fiable, pour se poser en sauveur de l’Humanité. 

C’est le pari de la Chine. Elle compte déjà 3 projets de vaccins en phase 3 des essais cliniques, donc à grande échelle, plusieurs dizaines de milliers de personnes. Objectif : redorer son image et imposer, via le vaccin, son « soft power » en particulier en Asie.

C’est aussi le pari de la Russie. Avec cette annonce soudaine de Moscou la semaine dernière, qui laisse sceptique : là encore un vaccin en phase finale, déjà baptisé Spoutnik V. 40.000 personnes testées.

Et c’est bien sûr le pari de Donald Trump. Le vaccin, ce serait pour lui le joker miracle espéré dans la partie électorale en cours. Le président américain exerce une pression maximale. Pour faire valider les transfusions de plasma dans l’espoir hypothétique de soigner la maladie et aussi pour obtenir des laboratoires la commercialisation d’un premier vaccin avant le scrutin du 3 novembre. 

La logique de partage des Européens

L'option 2, c’est la coopération internationale, et c’est le choix fait jusqu’à présent par les Européens. Les 27 ont mandaté la commission européenne pour négocier des accords avec les laboratoires, en vue d’une répartition équitable d’un futur vaccin entre tous les membres de l’Union. Le dernier accord en date a été signé hier avec le laboratoire américain Moderna. 

C’est le 5ème du genre, après ceux conclus avec Astra Zeneca, Sanofi, Johnson and Johnson et CureVac.  Au total, près d’un milliard et demi de doses ont été précommandées, afin que les processus de fabrication soient lancés, avant même que l’on soit certain de l’efficacité des produits concernés.

Alors bien sûr, il y a l’intérêt partagé et bien compris des 27 membres. Mais il y a aussi une « philosophie » européenne : promouvoir le ou les futurs vaccins comme un bien commun pour tout le monde. Et le projet à l’étude, c’est donc aussi, via l’alliance internationale Gavi, de fournir les doses nécessaires aux pays les plus pauvres, notamment en Afrique, qui n’ont pas les fonds pour payer les laboratoires. Bref, une logique de partage plus que d’exploitation politicienne et nationaliste. 

Les Bisounours face aux Big Pharma

Toute la question, c'est de savoir qui va l’emporter, quel chemin va s'imposer. Sur le papier, les avantages du second chemin, celui de la coopération internationale, sautent aux yeux :

  • Partage des savoirs pour faire progresser la recherche, 
  • Partage du fardeau financier,
  • Accélération des processus de validation et de fabrication,
  • Meilleure homogénéité de la couverture vaccinale partout sur la planète.

Bref, le virus nous donne une occasion unique d’esquisser une gouvernance mondiale de la santé, dans l’intérêt supérieur de l’Humanité.

Mais ça, c’est le monde des Bisounours. Dans la pratique, le chemin nationaliste est plus probable. Parce que le temps est aux rivalités, aux petits calculs nationalistes, aux désirs de puissance. Et parce que cette logique de concurrence est celle du marché pharmaceutique, cette énorme nébuleuse économique qui pèse 1000 milliards de dollars. Grâce aux accords de l’Organisation Mondiale du Commerce, elle se vend au plus offrant. Avec pour but premier de faire des profits.

Résultat : ces grandes entreprises privées détiennent aujourd’hui un pouvoir sans précédent. De leurs arbitrages dépendent en bonne partie, les grands équilibres géopolitiques de demain.

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