Les industries de l’automobile, du luxe, du tourisme, s’inquiètent fortement. Les places boursières sont en baisse. Tout ça à cause du coronavirus. Mais on peut aussi se demander si le coronavirus ne peut pas être une bonne nouvelle pour l'économie ? C'est "le monde à l'envers".

A la gare de Séoul en Corée du Sud des agents pulvérisent un produit antibactérien contre le virus
A la gare de Séoul en Corée du Sud des agents pulvérisent un produit antibactérien contre le virus © AFP / YONHAP / AFP

C’est pas moi qui ai vendu la mèche, c’est le ministre de l’économie ce matin. Pour Bruno Le Maire, le coronavirus est, je cite : 

"un « game changer », un événement qui change la donne de l’économie mondiale"

Alors bien sûr, au premier coup d’œil, on se dit que ça change la donne en pire. Tout près de nous, l’économie italienne tousse déjà. Vu que les régions touchées, la Lombardie, la Vénétie représentent à elles seules 30% de la richesse nationale. Avec de grosses entreprises. Et une industrie du tourisme considérable.

Plus largement, c’est surtout la paralysie de la Chine qui entraîne des conséquences en série pour tout le monde. Parce que la Chine représente à elle seule un tiers de la croissance mondiale et qu’elle est devenue l’usine du monde. D’où l’inquiétude généralisée.

Dans l’industrie pharmaceutique : toujours selon Bruno Le Maire, 80% des principes actifs des médicaments viennent de chine. Dans l’automobile : General Motors, BMW, Toyota, PSA, etc, tout le monde fabrique en partie en Chine. 40% de la production mondiale. Dans le textile, avec des pertes déjà évaluées à plusieurs centaines de milliards. L’électronique : Apple affiche du retard, Nintendo ne tient plus ses délais sur sa nouvelle console. Le luxe, la banque, le tourisme, le transport aérien, la liste est longue.

La directrice du FMI Kristalina Georgieva estime que 

« la reprise mondiale est menacée par le coronavirus »

Donc à première vue, ça sent le roussi.

Un révélateur de la vulnérabilité liée à la mondialisation

Alors pourquoi penser que ça peut être aussi une opportunité pour l’économie mondiale ? D’abord, ça peut servir de correctif sur des places boursières qui ont sans doute monté de façon excessive et artificielle depuis 7 ou 8 ans.

Mais surtout, ces effets en chaine peuvent servir de révélateur : un bulletin d’alerte sur notre vulnérabilité. La mondialisation de l’économie s’est accompagnée d’une division des tâches à l’extrême, entre pays

Concrètement ça veut dire quoi ? Ça veut dire par exemple qu’une voiture est, en moyenne, fabriquée dans plus de 30 pays différents. Autrement dit, nous sommes tributaires à l’excès de chaines de fabrication disséminées sur la planète. La distance entre le lieu de production d’un objet et son lieu de vente n’a jamais été aussi grande.

Le coronavirus pourrait donc renforcer un processus déjà initié par certains secteurs industriels : la relocalisation (en anglais on appelle ça le « near shoring »). Produire plus près des lieux de consommation. Où que l’on soit. Pour limiter les risques d’approvisionnement. Evidemment, ça peut signifier une croissance plus faible et ça implique un nécessaire changement de comportement du consommateur.

Soit dit en passant, cette évolution n’a pas attendu le coronavirus. Cette remise en cause de la mondialisation, elle est présente aussi, sous une autre forme, dans le discours protectionniste d’un Donald Trump. L’épidémie pourrait accélérer le processus. C’est donc bien un « game changer ».

Une réduction des émissions polluantes

Quant à la bonne nouvelle, c’est potentiellement pour l’écologie. Que les chaines de fabrication se rapprochent des lieux de consommation, que le produire local se développe… Et c’est une réduction mécanique des émissions de CO2 liées au transport de marchandises. Dans des proportions importantes.

Un chiffre révélateur : lors de la première quinzaine de février, le transport aérien lié à la Chine (vols intérieurs ou internationaux) a chuté de 66%.  Conséquence : une baisse des émissions de CO2 du transport aérien de 10% au niveau mondial ! C’est la statistique d’ un très sérieux institut finlandais d’étude de l’air. Plus globalement, les émissions de CO2 de la Chine ont diminué de 25% par rapport à février 2019. C’est énorme dans un pays qui est de loin le premier pollueur au monde.

Si on ajoute à ce paysage la volonté de l’Union Européenne, d’instituer une taxe carbone aux frontières, il peut devenir rapidement plus cohérent de fabriquer chez soi plutôt qu’à l’autre bout du monde.

Alors évidemment, ça peut paraître exagéré, provocant, indécent même, de parler de bonne nouvelle quand plus de 2500 personnes sont déjà mortes du virus, que l’anxiété se répand et que les économies mondiales s’inquiètent. Mais cet événement doit nous faire réfléchir. Enfin il devrait. Parce que le plus probable c’est quand même de voir les affaires de la mondialisation recommencer comme avant, dès que l’épidémie sera derrière nous.

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