Le procès de Benjamin Netanyahu a débuté hier devant la justice israélienne, sur fond de lutte contre le coronavirus. Un procès extraordinaire, avec une première journée qui a vu Netanyahu marquer des points. Et l’enjeu est majeur pour la démocratie israélienne. C'est le "monde d'après".

Benjamin Netanyahu entouré de ses ministres juste avant l'ouverture de son procès
Benjamin Netanyahu entouré de ses ministres juste avant l'ouverture de son procès © AFP / Yonathan SINDEL / POOL / AFP

Extraordinaire, vraiment extra-ordinaire.

Prenons la mesure de la scène : voilà donc un premier ministre en exercice poursuivi par la justice de son propre pays. L’homme qui est censé incarner son pays, poursuivi par son pays. Imaginez : Emmanuel Macron dans le box. Angela Merkel dans le box. 

C’est sans précédent dans l’histoire d’Israël. Il y a bien eu le cas d’Ehud Olmert, condamné par la justice, mais il avait démissionné avant même le procès. Benjamin Netanyahu, lui, adopte la stratégie inverse : il défie la justice. Le pouvoir exécutif face au pouvoir judiciaire. Deux piliers de la démocratie face à face.

Les charges sont lourdes : corruption, fraude, abus de confiance. Dans trois dossiers, dont le plus sérieux est le « numéro 4000 » : Netanyahu est soupçonné d’avoir fait modifier les règles du marché des télécoms en faveur d’un gros opérateur Bezeq ; et en contrepartie, Walla, un site très populaire contrôlé par Bezeq, a dressé les louanges de Bibi. En plus l’enquête a été menée par un procureur général nommé par Netanyahu lui-même, Avichaï Mendelblit.

Donc sur le papier, ce procès sent le roussi pour le premier ministre.

Corruption manifeste ou nouvelle affaire Dreyfus ?

Sauf que pas du tout, hier, Netanyahu s’en est très bien sorti ! Le bilan de cette première journée d’audience, c’est Netanyahu 1 / Israël 0. 

Sur la forme d’abord. En expert de la communication, le premier ministre s’est bien gardé de s’asseoir dans le box avec les co-prévenus, tant que les photographes étaient dans la salle. A l’inverse, juste avant l’audience, il a organisé un "photo-call" efficace, entouré d’une quinzaine de ministres et de parlementaires, masques chirurgicaux sur le visage. Et devant toutes les caméras, il s’est livré à une attaque cinglante contre les juges et les médias, accusés de se livrer à une chasse aux sorcières et de fabriquer de fausses preuves dans un complot gauchiste. Son fils Yaïr parle même de nouvelle affaire Dreyfus. 

L’inversion des rôles est parfaite : Bibi se pose en victime. Il donne le La. Il donne aussi le tempo. Le confinement lui avait déjà permis d’obtenir un report du procès de 2 mois, mis à profit pour former un nouveau gouvernement. Maintenant, ses avocats demandent un an pour examiner le dossier. La prochaine audience est bien prévue le 19 juillet mais elle sera sans doute de pure forme.

Bref, ce procès va durer un temps fou, et pendant ce temps Netanyahu peut conduire ses projets, notamment celui de l’annexion des colonies juives de Cisjordanie.

Le risque d'une dérive violente

La grande question c'est de savoir où tout cela peut conduire Israël. Au-delà du destin d’un homme, l’enjeu, c’est la démocratie israélienne, dont le dynamisme et la modernité sont sans égal dans la région. De deux choses l’une.

Soit Netanyahu, qui rappelons-le, est présumé innocent, est blanchi. Dans ce cas, il aura gagné contre l’État d’Israël. En toute logique, il sera donc tenté de considérer que désormais l’État c’est lui. On sait où peut mener ce genre de raisonnement. Il sera également tenté, si le verdict tombe l’an prochain, de ne pas respecter son accord de gouvernement avec Benny Gantz, qui doit récupérer le poste de premier ministre dans 18 mois.

Soit Netanyahu est condamné. Mais ses attaques contre la justice sont aujourd’hui d’une telle agressivité que ses partisans les plus radicaux pourraient ne pas accepter un tel verdict. Déjà, le procureur Mendelblit a vu sa famille menacée et il a été placé sous protection. Si une condamnation est perçue comme un « coup d’Etat » par les soutiens de Netanyahu, que feront-ils ? Le risque d’une dérive violente est réel.

Bref, dans les deux cas, la démocratie israélienne peut se retrouver en danger. Ce procès sans précédent la conduit en territoire inconnu.

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