La tension persiste en Biélorussie, où personne ne veut céder entre l’opposition et le dictateur Loukachenko. Celle qui incarne l’opposition, Svetlana Tsikhanovskaia sera d'ailleurs l’invitée de Léa Salamé à 7h50 ce 27 août sur France Inter. Et ce conflit est peut-être menacé d'enlisement. C'est "le monde d'après".

Un ouvrier d'une usine automobile de Minsk manifeste ce 26 août pour dénoncer la répression des forces de sécurité
Un ouvrier d'une usine automobile de Minsk manifeste ce 26 août pour dénoncer la répression des forces de sécurité © AFP / Sergei GAPON / AFP

Commençons par l’hypothèse optimiste : que la révolution pacifique chasse le dictateur.Avec un brin de romantisme, on a envie d’y croire, pour une raison simple : ce mouvement est vraiment admirable.

Il est admirable de détermination : la pression n’a pas baissé depuis deux semaines et demi et ces élections truquées de toute évidence. Les manifestations et les grèves spontanées touchent tout le pays, Minsk la capitale, et aussi les autres villes, Vitebsk, Grodno, Brest, etc. Ce mouvement est aussi admirable de calme. Aucun débordement dans ces marées humaines qui défilent, avec le drapeau rouge et blanc revendiquant les couleurs et l’appellation de Belarus (et non de Biélorussie). 

Il est admirable enfin de citoyenneté. Il s’est structuré en dehors des partis et se veut a-politicien. Il mobilise des femmes, des jeunes, des ouvriers, tout le monde, via les réseaux sociaux. Il est authentiquement populaire, doté d’un simple Conseil de coordination qui demande uniquement de nouvelles élections libres. A l’image des grands mouvements sociaux de l’an dernier, au Liban, au Chili, ou ailleurs, il bâtit sa force sur l’anonymat. Plus que sur des leaders, à l’exception de cette figure de Svetlana Tsikhanovskaia.

Ce soulèvement est de toute évidence majoritaire dans le pays. Il mérite de faire reculer le dictateur.

Répression et bruits de bottes

Sauf que voir le dictateur céder est peu probable. Ce qui nous conduit à la 2ème hypothèse : la pessimiste. Le bain de sang.

La répression a déjà commencé. Plusieurs opposants, Serheï Dileuski, Olga Kovalkova, Pavel Latouchko ont été arrêtés. La prix Nobel de littérature, Svetlana Alexievitch a été convoquée par la police aujourd’hui. Dans les usines, certains leaders locaux ont été licenciés. Les journalistes font l’objet d’intimidations, quand ils ne sont pas remplacés. Et on sait la torture couramment pratiquée dans le pays.

Aleksander Loukachenko n’est pas homme à lâcher un pouvoir qu’il détient non-stop depuis 26 ans ! Comme tous les tyrans, il est convaincu de sa grandeur. Pour lui, je cite, 

"les opposants sont des rats et des alcooliques"

Et la diffusion de cette image où on le voit fusil automatique à la main, en dit long sur sa détermination. Qui plus est, il peut compter sur l’appui sans faille des unités d’élite de ses forces de sécurité, des unités qui vivent dans le culte du régime.

Enfin, il ne faut pas sous-estimer sa capacité à déclencher délibérément un engrenage de violence.  Afin de mieux obtenir l’appui du grand frère russe. Même si l’hypothèse d’une intervention armée de Moscou reste assez peu plausible, il n’en reste pas moins que la Russie a massé des troupes à la frontière, la 144ème division et la 28ème brigade motorisée. Et Poutine fera tout pour conserver la Biélorussie dans sa zone d’influence. On ne peut donc pas exclure une spirale de violence.

Le pari de l'essoufflement

Mais ce n'est pas le plus probable non plus parce que personne n’y a vraiment intérêt.

Moscou n’a pas intérêt à intervenir militairement, parce que ce serait à coup sûr se mettre à dos la population biélorusse. Or les Biélorusses, contrairement aux Ukrainiens, n’ont pas, à ce stade, de défiance vis-à-vis de Moscou. Autant préserver cet atout. De l’autre côté, l’OTAN et les Occidentaux marchent sur des œufs. Ils ne veulent pas braquer Vladimir Poutine en apportant un soutien autre que symbolique à l’opposition biélorusse. Quant à Loukachenko, au-delà de ses rodomontades, il a plus intérêt à parier sur un essoufflement du mouvement, un enlisement, à la faveur duquel un statu quo de fait lui permettrait de se maintenir au pouvoir.

Il est donc fort possible que tout cela traine. Le temps, par exemple, qu’en sous-main, la Russie manœuvre pour placer un homme à elle, comme l’ex opposant Viktor Babaryka. Avec l’objectif, bien sûr, de conserver le pays dans son orbite.

Tout ça pourrait donc très bien durer des mois et on n’est sans doute pas sorti de l’auberge.

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