Les affrontements interreligieux sont violents à New Delhi en Inde. Des extrémistes hindous agressent des musulmans. Le terrorisme se revendiquant de l’Islam a semé tant de destruction en Occident qu’on l'oublierait : les Musulmans sont opprimés dans plusieurs pays d'Asie. C'est "le monde à l'envers".

Dans le Nord de Delhi les quartiers musulmans ont été vandalisés et plusieurs locaux brûlés par les militants hindouistes
Dans le Nord de Delhi les quartiers musulmans ont été vandalisés et plusieurs locaux brûlés par les militants hindouistes © AFP / Imtiyaz Khan / ANADOLU AGENCY

Ce qui se passe en Inde depuis dimanche ne peut pas être classé au rayon dérapages, incidents. Il s’agit d’une violence structurée, délibérée, pensée. Contre les Musulmans. 22 morts et 200 blessés selon le dernier bilan de la presse indienne ce soir.

Des groupes radicaux hindouistes se sont donc livrés à des raids organisés dans les quartiers Nord Est de Delhi, à forte population musulmane. Armés de pistolets, de sabres, de pierres, ils ont tiré, frappé, incendié, pillé, lancé de l’acide contre les habitants. Brûlé une mosquée. Le tout en criant gloire aux dieux de l’hindouisme. Et sans que la police ne bouge le petit doigt.

Ces hommes ont simplement répondu à des appels à la violence, lancés publiquement par des dirigeants du BJP, le parti du premier ministre Narendra Modi. Et c’est en cela que tout est pensé, prévu. Après l’adoption de la nouvelle loi sur la citoyenneté, qui exclue les immigrés musulmans de la naturalisation, la population musulmane (15% de la population totale de l’Inde) a évidemment protesté. Intolérable pour le pouvoir. Donc répression.

C’est une stratégie délibérée du pouvoir nationaliste hindouiste. Il prépare son coup depuis des années, y compris en formant à la haine anti Islam, des millions d’écoliers dans des établissements confessionnels. La laïcité de l’Inde moderne est jetée aux oubliettes.

Sri Lanka, Birmanie, Chine, même oppression

Et ce n’est donc pas le seul pays d’Asie dans ce cas ! Il y a au moins trois autres exemples frappants.

D’abord, au large de l’Inde du Sud, le Sri Lanka, et ses 21 millions d’habitants. Là encore, les Musulmans sont minoritaires, 10% de la population. Et l’oppression vient cette fois de la majorité bouddhiste. Au nom d’une lutte légitime contre le terrorisme islamiste (qui a fait 250 morts au Sri Lanka l’an dernier), le clergé bouddhiste radicalisé pousse aux violences contre les Musulmans. Et le nouveau chef du gouvernement, Gotabaya Rajapaksa, est également adepte de ce logiciel.

Plus grave encore, la Birmanie, 53 millions d’habitants en Asie du Sud Est. Rappelons que près de 800.000 réfugiés de la minorité musulmane des Rohingyas ont fui le pays pour se réfugier au Bangladesh voisin depuis deux ans et demi. Victimes de persécution, de viols, de déplacements forcés. Et selon l’ONU, les 600.000 Rohingyas vivant encore en Birmanie sont menacés de génocide. La persécution est le fait de l’armée, avec l’appui là encore de tout une partie du clergé bouddhiste. 

Enfin, dernier exemple, la Chine. Dans la région du Xinjiang, à l’Ouest du pays, les ONG estiment que près d’un million et demi de musulmans Ouighours sont placés dans 150 camps de détention, officiellement appelés « camps de rééducation ». Bref des goulags à la Chinoise. Ça représente 1/5ème de cette population musulmane qui de longue date cherche à résister culturellement à l’ethnie majoritaire en Chine, les Hans.

Violence d’État et discrétion internationale

Et dans ces 4 cas, on est en présence d’une violence d’État, c’est le point commun le plus frappant : à chaque fois, la répression est encouragée, voire organisée par l’appareil du pouvoir. Et à chaque fois, autre point commun, on est en présence d’une communauté musulmane minoritaire.

Donc il y a une part de fanatisme religieux, hindouiste ou bouddhiste. Mais il y a surtout une instrumentalisation politique du fait religieux, comme souvent. Le pouvoir désigne une minorité, et en fait un bouc-émissaire. Le but c’est de consolider son pouvoir en soudant la population contre un ennemi commun. C’est aussi d’éradiquer toute forme de résistance culturelle au sens large.

Et tout ça se fait en utilisant les outils dits « modernes », j’ai nommé les réseaux sociaux : par exemple au Sri Lanka, on fait croire sur les réseaux que les Musulmans fabriquent des sous-vêtements vendus aux femmes bouddhistes qui les rendent fertiles.

Enfin, il y a un dernier point saisissant : c’est le silence du monde extérieur sur le sujet. Le silence d’abord des pays à majorité musulmane, au Proche et au Moyen-Orient, dans le Golfe, au Maghreb. Zéro solidarité avec ces minorités opprimées. Les intérêts économiques avec la Chine et l’Inde passent d’abord. Silence à peu près comparable dans le monde occidental. Les condamnations se font à demi-mots. 

Comme si ça brûlait la langue de dire dans une même phrase : combattons la radicalisation et le terrorisme islamistes et dénonçons l’oppression des musulmans en Asie. Ce n’est pourtant pas si compliqué. Et ça n’a rien d’incompatible.

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