La tension persiste à Kenosha aux États-Unis, où un jeune a été grièvement blessé par la police dimanche. Et avant le discours de Donald Trump à la convention républicaine, l’événement vient des sportifs. Avec un boycott sans précédent pour protester contre les violences policières. Mais avec quel impact ?

Le parquet de Lake Vista est resté vide mercredi soir après le boycott des joueurs, sur fond de soutien aux victimes des violences policières
Le parquet de Lake Vista est resté vide mercredi soir après le boycott des joueurs, sur fond de soutien aux victimes des violences policières © AFP / Kevin C. Cox / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

On aimerait que cette mobilisation ait un impact. Parce que la cause est juste et le mouvement impressionnant. Il s’incarne dans ce tweet de la superstar du basket Lebron James  : « Nous demandons le changement, y’en a marre ! ».

Hier soir, les joueurs de NBA des Milwaukee Bucks, la ville voisine de Kenosha, déclenchent le mouvement. En refusant de jouer leur 5ème match des phases finales du championnat de basket. Et en exigeant du pouvoir politique qu’il mette fin aux brutalités policières. En quelques heures, le mouvement se propage comme une trainée de poudre. Les trois matches de la NBA sont annulés. On pense même alors que toute la fin de saison peut être annulée. Finalement ça devrait reprendre, on l’apprend ce soir. Mais le coup de semonce est très fort. 

D’autres sportifs emboitent le pas : 3 matches annulés dans la ligue de baseball, 5 dans le championnat de football. Chez les femmes, les basketteuses des Washington Mystics arborent un maillot avec des points noirs et rouges dans le dos, en référence aux balles tirées par la police dans le dos de Jakob Blake. Et en tennis, le refus de jouer de la star Naomi Osaka entraine la suspension du tournoi de Cincinnati. Nous sommes vraiment en terre inconnue.

Une mobilisation jamais vue

C'est un geste politique sans précédent car le plus souvent, les sportifs professionnels se tiennent à l’écart de la politique. Business oblige. Particulièrement aux États-Unis. Il y a quelques exceptions : le joueur de football américain Colin Kaepernick, la footballeuse Megan Rapinoe. Ou plus loin dans le temps, bien sûr, Tommie Smith et John Carlos aux JO de Mexico. Mais sinon c’est plutôt silence radio.

On pourrait même dire que nombre de sportifs afro-américains ont presque cherché à nier leur identité noire, leur « négritude » comme aurait dit le poète Aimé Césaire. Exemple type : l’ex vedette du football OJ Simpson, il n’est en quelque sorte « redevenu noir » que lorsqu’il a été traduit en procès pour meurtre. De son côté, la NBA a pris grand soin de nettoyer son image, en se débarrassant de l’ancien propriétaire raciste des Clippers, Donald Sterling.

Ces dernières années, quand les joueurs ont menacé de faire grève, c’était surtout pour défendre leur part du gâteau dans la répartition des droits télévisés. Tout a changé ces dernières semaines, depuis la mort de George Floyd. Les joueurs NBA ont multiplié les soutiens au mouvement Black Lives Matter. Jusqu’à ce boycott jamais vu dans l’histoire du sport américain. Donc forcément ça marque les esprits à 2 mois de la présidentielle. C’est vrai.

Le basket sport démocrate

Et pourtant on peut douter de l’impact politique parce qu’aux États-Unis, les différents sports sont très marqués politiquement.

Prenons le basket, fer de lance de la contestation. Plusieurs analyses sociologiques à grande échelle montrent que la NBA est suivie très majoritairement par les… démocrates (donc l’opposition à Trump) et surtout par les minorités noires et hispaniques : elles forment les 2/3 de l’audience télévisée. C’est encore plus marqué pour le basket féminin. Et c’est également vrai pour les autres sports où on se mobilise, football américain, tennis : sports démocrates. 

Les électeurs républicains, eux, regardent le hockey ou le golf (dans les catégories aisées), et les rodéos ou surtout les courses de stock car pour les catégories plus pauvres. Le championnat NASCAR, c’est son nom, est suivi à 90% par des blancs, essentiellement dans le Midwest et le Sud du pays : l’électorat de Trump par excellence. Le président les gratifie régulièrement d’un tweet d’approbation. Et vous avez deviné : dans ces sports-là, on se tait sur la situation sociale, on brandit le drapeau confédéré, et on dénonce la mobilisation des stars du basket ou du football, perçues comme trop payées.

Autrement dit, le boycott des basketteurs est d’abord le reflet des profondes divisions politiques du pays

Cette mobilisation a beau être spectaculaire, elle devrait conforter chacun dans son opinion : elle plaira aux démocrates et irritera les républicains. C’est un jeu politique à somme nulle.

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