Ces élections pourraient passer inaperçues, à tort : dimanche, la Slovaquie, 5 millions d’habitants en Europe centrale, va voter. Et c’est un test : on peut assister au recul du populisme façon Orban en Hongrie, ce populisme auquel on associe un peu vite tout l’Est de l’Europe. C'est "le monde à l'envers".

La présidente slovaque Zuzana Caputova (ici lors d'un discours à Bratislava l''an dernier) incarne un espoir démocratique à l'Est
La présidente slovaque Zuzana Caputova (ici lors d'un discours à Bratislava l''an dernier) incarne un espoir démocratique à l'Est © AFP / VLADIMIR SIMICEK / AFP

C’est peut-être un tournant. Depuis plusieurs années, le national populisme définit en grande partie les pays du groupe dit de Visegrad : la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie, et plus encore la Hongrie. Mais en Slovaquie, le vent tourne.

A dire vrai, le premier signe avant-coureur s’est manifesté il y a un an, avec l’élection à la présidence slovaque d’une femme, Zuzana Caputova. La fonction de Président est en partie honorifique, mais le profil de Caputova mettait la puce à l’oreille : une ancienne militante des droits de l’homme, pro-européenne, préoccupée d’écologie. Un profil complètement à rebours du paysage en place dans la région.

Dimanche prochain, suite du film : le parti de centre gauche au pouvoir, le Smer, devrait essuyer un revers cinglant. Ca sent le coup de balai ! Il y a 8 ans, ce parti était à 40% des voix. Cette fois, on lui prédit 17%. Cette chute libre, elle traduit d’abord le rejet, par les Slovaques, de la corruption, du mélange des genres public privé. Avec notamment le détournement de subsides européens destinés à l’agriculture.

Un événement a accéléré le processus : l’assassinat, il y a deux ans, du journaliste Jan Kuciak, qui enquêtait sur cette corruption, cette collusion entre la Mafia et le pouvoir en place. Et du coup, la parole s’est libérée contre ce parti, le Smer. 

Menace néo-nazie et tentation démagogique 

Mais évidemment ce n’est pas si simple : cette libération de parole s’est faite pour le meilleur, et aussi pour le pire: ce  populisme peut en cacher un autre ! C’est le risque: voir un autre parti populiste l’emporter dimanche dans cette petite Slovaquie.

Deux mouvements, très différents, incarnent ce risque. Le premier, c’est le LSNS, l’extrême droite. En hausse régulière : un peu plus de 10% dans les intentions de vote. Son chef Marian Kotleba a longtemps couvert des défilés néo-nazis. Il ne cache pas sa nostalgie pour le gouvernement slovaque qui s’était associé au IIIème Reich. Il déteste les Roms et les Tsiganes, les immigrés et les homosexuels. Et il qualifie l’OTAN de mouvement sioniste terroriste. Pour lui, il faut se tourner vers Moscou.

Le deuxième parti est très différent. C’est un mouvement étrange, mélange de gilets jaunes, de Donald Trump, et de parti 5 étoiles à l’italienne. Olano, ça veut dire, je cite, le « mouvement des gens ordinaires et des personnalités indépendantes ». On voit bien le flou. Le programme, qui se veut de centre droit, n’est pas clair. En fait Olano c’est d’abord un homme : Igor Matovic, 46 ans, patron de presse millionnaire. Imprévisible et très doué pour poser en photo et faire sa promo. Il a fait sa campagne sur le thème « Monsieur propre », on va virer les corrompus. Résultat : 19% dans les dernières enquêtes d’opinion. Olano pourrait sortir en tête dimanche.

On ne sait pas trop s’il faut s’en réjouir ou pas.

L'espoir d'un arc démocratique 

Il y a une hypothèse plus optimiste. En fait, le paysage politique est très fragmenté en Slovaquie avec une dizaine de partis politiques représentés au Parlement. Et il y a une configuration possible qui serait un tournant : une alliance de tous les partis démocratiques, ils sont 5 ou 6, pour former une coalition. Une telle alliance pourrait notamment regrouper le mouvement Olano et le parti progressiste, celui de la présidente Caputova dont je vous parlais tout à l’heure, à peu près 9% dans les sondages.

C’est possible. Et dans ce cas, ce serait une occasion majeure de voir l’Est de l’Europe passer à autre chose. Tourner la page de la remise en cause de l’Etat de droit, et de la corruption généralisée. On voit d’ailleurs que dans d’autre pays de la région, la République Tchèque, la Roumanie, des mouvements assez similaires, pro-démocratie, pro-Européens, sont en train d’émerger. Comme dans un effet balancier.

On se résume : l’enjeu de ce vote de dimanche dépasse de beaucoup le cadre de la seule Slovaquie (et c’est pour ça que je vous en parle). Donc si une coalition démocratique sort des urnes en Slovaquie, l’Union Européenne et les gouvernements d’Europe de l’Ouest seraient bien inspirés de l’encourager. L’air de rien, c’est en fait, tout l’équilibre au sein de l’Europe dans son ensemble qui se joue.  Parce qu’après le Brexit, le poids de l’Est de l’Europe est devenu plus important.

Il faut donc surveiller avec attention tout ce qui s’y passe.

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