L’Assemblée puis le Sénat débattent de l’application Stop Covid, qui vise à tracer numériquement les contacts pour lutter contre l’épidémie. Si validée, elle serait mise en place la semaine prochaine. C'est paradoxal que ça arrive maintenant, parce qu'ailleurs, ça ne marche pas très bien. C'est "le monde d'après".

L'Inde a cherché à rendre obligatoire son application de traçage Aarogya Setu avant de faire marche arrière
L'Inde a cherché à rendre obligatoire son application de traçage Aarogya Setu avant de faire marche arrière © AFP / Idriss Bigou-Gilles / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

En gros, l’Europe se divise en trois.

Première catégorie : les pays qui ont déjà mis en place une application de traçage numérique, comme il en est question en France : l’Autriche, depuis la fin mars (ça s’appelle Stop Corona), la République Tchèque depuis début avril, la Norvège, l’Islande. Constat flagrant : à l’exception de l’Islande, où 40% des habitants ont téléchargé l’application baptisée là-bas Rakning, ce n’est pas un succès public. 6% de la population a adopté le système en Autriche, 2% en République Tchèque.

Deuxième catégorie : les pays qui s’interrogent.

  • L’Allemagne hésite encore, entre un système de détection centralisé à la française, ou un système décentralisé avec Apple et Google. Et aux dernières nouvelles, il n’y a plus de date de sortie de l’application.
  • Le Royaume-Uni a développé un projet assez similaire à celui de la France, et l’a testé à taille réelle sur l’île de Wight. Il est question de le lancer la semaine prochaine, mais les réticences du public font hésiter le gouvernement.
  • L’Italie annonce un lancement dans deux semaines, mais l’application baptisée Immuni n’est pas prête. Seul le mode d’emploi existe, pas l’appli.

Enfin troisième catégorie : les pays qui ont remis le projet aux calendes grecques, en tous cas pas avant l’été au mieux. L’Espagne, la Belgique. En résumé, quel que soit le pays, on ne peut pas dire que ça soit très concluant.

Une efficacité non démontrée

Il faut dire qu'il y a un paquet de problèmes

Premier écueil : un gros doute sur l’efficacité dans la lutte contre l’épidémie. Pour l’instant, ce ne sont que des modèles mathématiques. Pas des résultats en pratique. Même en Islande, où l’application est répandue, la police la juge « peu utile ». En Norvège : impossible d’établir une conclusion statistique fiable, les cas sont  trop peu nombreux maintenant que l’épidémie reflue. A Singapour, où l’application Trace Together a été téléchargée par 25% des habitants, le directeur d’exploitation du projet estime lui-même que seul le repérage humain des malades est efficace.

Le deuxième écueil est technique : c’est l’imprécision de la localisation, que ce soit par la technique GPS ou par le système Bluetooth. =Une étude du Trinity College de Dublin sur le système de Singapour démontre qu’il suffit de mettre le téléphone dans sa poche pour que le repérage des contacts devienne instable. Et à l’inverse, le rebond des ondes sur une surface, un mur, peut laisser croire, par erreur, qu’un malade est à côté de vous.

Ensuite, il y a le risque de l’illusion : se croire protégé sous prétexte qu’on a téléchargé l’appli. Comme le dit un chercheur de San Francisco, il ne faudrait pas penser qu’on est plus à l’abri à la plage avec l’appli, plutôt que confiné chez soi sans appli.

Quatrième écueil : les bugs, voire le piratage des données. Ça vient de conduire au dépôt de milliers de plaintes à Moscou contre l’application mise en place dans la capitale russe. Même type de bug au Qatar avec une faille dans le système informatique.

Les codes couleurs chinois efficaces et liberticides

Et puis il y a le grand débat: l’atteinte aux libertés, le risque de stockage des données ! Pour cette raison, il y a quelques jours, l’Inde a renoncé à rendre obligatoire son application appelée Aarogya Setu. En Israël, le gouvernement vient de restreindre l’utilisation de l’application aux cas de personnes qui ne peuvent pas être localisées par le traçage humain des malades.

En fait, il ne reste plus guère que la Corée du Sud et surtout la Chine à avoir systématisé ce type d’application avec des résultats tangibles. Mais à quel prix : en Chine, les citoyens n’ont plus le choix. Ils sont classés par code couleur sur leur téléphone en fonction de leur quartier et de leur dangerosité présumée du point de vue sanitaire. Le cyber contrôle de la population par le pouvoir s’est accéléré depuis le début de la pandémie.

Pour l’instant, l’efficacité des applications de traçage numérique sur la maîtrise de l’épidémie, ne semble vraiment démontrée que dans les pays où l’application est généralisée, obligatoire. Donc attentatoire aux libertés. 

Ça pose quand même question.

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