C’était donc la nuit dernière le premier débat télévisé entre Donald Trump et Joe Biden, à 5 semaines de l’élection présidentielle aux Etats-Unis. Un débat houleux et confus de 90 minutes. Et le perdant c'est le citoyen américain. C’est le « monde d’après ».

Donald Trump et Joe Biden en pleine séance d'invectives pendant ce premier débat télévisé
Donald Trump et Joe Biden en pleine séance d'invectives pendant ce premier débat télévisé © AFP / Jim WATSON / AFP

Je ne me hasarderai pas à vous dire qui a gagné : il est probable que Donald Trump et Joe Biden ont, chacun, conforté leurs partisans. En revanche, le perdant porte un nom : c’est l’électeur américain, et plus largement la démocratie américaine.

Je vous invite à regarder, ne serait-ce que les extraits du débat : c’est consternant. Une querelle comme dans un saloon de western, comme dans une cour d’école. Avec face à face deux gamins en train de se chercher des noises. Il n’y en avait pas un pour rattraper l’autre. Trump, dans l’invective, grognant, interrompant sans cesse Biden des dizaines et des dizaines de fois. Biden, un peu contre toute attente, délivrant des salves de noms d’oiseaux à l’adversaire : vous êtes un « clown », un « caniche de Poutine, « le plus mauvais président qu’on ait jamais connu ». Et au milieu, un journaliste pourtant expérimenté, Chris Wallace, mais débordé, comme un surveillant général dans la cour d’école incapable de ramener le calme.

Le résultat : des échanges souvent inaudibles, incompréhensibles. Et aucun sujet de fond abordé plus de quelques secondes dans la continuité. Aucun :  ni le virus, ni l’économie, ni le racisme, ni la santé, ni les violences policières. Rien sur les programmes de l’un ou de l’autre. Ceux qui trouvent les débats télévisés de faible niveau en Europe vont devoir changer de thermomètre : à côté de ça, nos débats relèvent de la haute philosophie !

Un mauvais show d'hommes blancs septuagénaires

En même temps, on peut objecter que l'on découvre la lune, que c’est le principe d’un show télévisé !

Les débats présidentiels aux États-Unis, depuis 60 ans et le duel Nixon Kennedy, sont d’abord des spectacles, où la forme prime sur le fond. Et quand un candidat veut trop détailler son programme, comme John Kerry en 2004, il perd ! Donc oui c’est d’abord un show. 

Mais là c’était un mauvais show télévisé. « Un débat de merde », la formule n’est pas de moi mais de la journaliste vedette de CNN Dana Bash. Un spectacle confus et grotesque.

Avec de mauvais acteurs. Soit dit en passant, trois hommes, tous blancs, tous septuagénaires. Biden, 77 ans, le visage pâle et ridé, parfois à la limite du bafouillement. Gardant son calme certes, mais visiblement âgé. Trump, 73 ans, rougeaud, agité, transpirant, parlant comme il tweete, à tort et à travers. Et le journaliste Wallace, au milieu, style classique et dépassé.

Voilà l’image que la nuit dernière, la démocratie américaine a renvoyé d’elle au monde entier. Parce que les médias du monde entier font leur Une sur ce débat aujourd’hui. C’est l’image d’un pays vieux, fatigué, monocolore et englué dans ses querelles, ses invectives, ses divisions. Après les émeutes raciales, après un procès en destitution, après un échec à enrayer le virus, ce n’est pas ça qui va rétablir le leadership moral ou le « soft power » américain.

Des menaces sur l'issue du scrutin

La démocratie américaine est certes toujours, mais jusqu’à quand ? On est en droit de se poser la question, devant certains propos tenus pendant le débat. Et on en arrive là à l’aspect le plus inquiétant de qu’on a vu la nuit dernière.

En l’occurrence, et ce n’est pas une surprise, ce sont d’abord les propos de Donald Trump qui laissent pantois: 

  • Refus de dénoncer les dérives des milices suprémacistes et racistes blanches.
  • Discrédit une nouvelle fois lancé contre le vote postal, sans aucun argument.
  • Refus de s’engager à reconnaitre le résultat du vote s’il lui est défavorable.
  • Et cette phrase troublante sur l’issue du scrutin : 

«Ca ne va pas bien se terminer ».

Autrement dit, des menaces à peine voilées sur l’hypothèse d’un rejet des règles démocratiques et constitutionnelles. L’étape suivante, c’est l’appel à l’insurrection et au putsch.

Hier soir, les deux hommes se tenaient, sur le plateau télévisé, sous une même bannière, montrant l’aigle américain et cette formule : « L’union et la Constitution pour toujours ». Mais le spectacle donné racontait l’inverse : ci git l’union, ci git la démocratie.

Deux débats sont encore programmés, les 15 et 22 octobre. Au vu du cauchemar d’hier soir, on aurait presque envie de demander l’annulation de ces deux prochaines dates. Épargnez nous cela. Parce qu’aux États-Unis, en ce moment, on croit toujours qu’on a touché le fond. Mais à chaque fois, on s’enfonce un peu plus ! 

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