L’Euro de football bat son plein. L’occasion de s’interroger sur le rôle politique de ce type de compétition : est-ce un facteur de cohésion européenne ou à l’inverse une source de regains nationalistes ? C’est le « monde d’après ».

Un supporter écossais pendant le premier match de son équipe face à la République Tchèque
Un supporter écossais pendant le premier match de son équipe face à la République Tchèque © AFP / LEE SMITH / POOL / AFP

« Comme en 18 ». C’est donc le titre de Une qu’avait choisi hier le quotidien l’Equipe après la victoire française contre l’Allemagne. Clin d’œil au titre de champion du monde des Bleus en 2018. Et en même temps allusion évidente à la défaite allemande à l’issue de la 1ère guerre mondiale.

Quand on lit ce genre de titre consternant, résurgence de vieux clichés déplacés à l’heure de l’amitié franco-allemande, on se dit que le football a l’art de réveiller le patriotisme ringard. Soit dit en passant, l’ambassadeur d’Allemagne en France a eu l’élégance de répondre hier par un tweet souhaitant bonne chance aux deux équipes.

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Ce n’est pas le seul exemple d’accès de fièvre nationaliste. Ainsi les joueurs ukrainiens affichent sur leur maillot, une carte de leur pays qui inclue la Crimée, conquise militairement par la Russie en 2014. La Fédération russe a formellement protesté. On n’ose imaginer la tension qui pourrait régner en cas de rencontre possible, en quarts ou en demi-finale entre les deux pays s’ils étaient toujours qualifiés. 

Autre exemple : la Turquie s’est arrangée pour jouer deux de ses matches à Bakou, en Azerbaïdjan, pays qu’elle a soutenu à l’automne dernier dans son conflit armé face à l’Arménie. Bref, l’Euro de football donne l’occasion aux nationalistes de comparer la vigueur de leurs pays respectifs et d’agiter leurs drapeaux. Plus sûrement que des compétitions entre clubs, vu que les grands clubs européens sont devenus des multinationales, composées de joueurs de tous les pays, avec un petit côté chasseurs de primes se vendant aux plus offrants.

Communion collective et multiculturalisme

Mais l’Euro de football est, en même temps, un moment de communion collective européenne. Et même une forme de fierté européenne, puisque cette compétition, réputée plus dure que la Coupe du Monde, renvoie une image qualitative du continent. 

C’est donc un partage de l’Atlantique à l’Oural, y compris avec les pays les plus « petits » qui ont plus rarement voix au chapitre. C’est particulièrement vrai cette fois-ci, avec le choix (porté par Michel Platini) d’une compétition se déroulant non pas dans un seul pays, mais dans 11 villes européennes, dont certaines n’ont jamais accueilli de compétition de cette ampleur. Par exemple Bucarest en Roumanie.

Il y a bien là une incarnation de l’idée européenne, elle est simplement d’une nature différente du projet politique de l’Union. L’instance footballistique, l’UEFA, se garde d’ailleurs bien de se mêler de politique. Trop risqué. Résultat : alors que les deux instances sont toutes deux nées au milieu des années 50, l’UEFA compte aujourd’hui 55 membres, l’Union Européenne 27. 2 fois moins. Et là où le projet politique européen relève d’abord d’une volonté des élites, le football incarne lui une forme d’aspiration populaire.

Enfin, ajoutons au passage que s’exprime sous nos yeux, dans l’Euro de foot, un fait éminemment politique : le multiculturalisme et l’intégration des immigrés. Il n’est qu’à voir les origines des joueurs des équipes d’Allemagne, de Belgique, de France ou d’Angleterre.

La désunion britannique

Le très attendu Angleterre / Écosse de demain relève encore d'un autre registre : pas la symbolique de l’unité, plutôt celle de la désunion. Celle de l’implosion qui menace aujourd’hui le Royaume-Uni, ce regroupement de 4 nations (anglaise, galloise, écossaise, nord irlandaise).

Angleterre / Écosse, c’est d'abord la plus vieille rivalité au monde sur un terrain de football. Le premier match international de l’Histoire du ballon rond en 1872 dont voici l’affiche, un shilling l’entrée.

Les deux nations se sont affrontées 114 fois depuis. Et l’Écosse n’a plus gagné depuis 1999. Autant dire que pour les Écossais, battre l’Angleterre demain soir, en plus dans son antre de Wembley à Londres, aurait beaucoup plus d’importance que de se qualifier pour le tour suivant à l’issue des matches de poules. 

Et puis surtout, il y a le contexte : les indépendantistes écossais, forts de leur  victoire aux récentes législatives, veulent obtenir un nouveau référendum pour sortir du Royaume-Uni. Nous sommes toujours dans les effets en chaine du Brexit, dont ne voulait pas l’Écosse. Donc si les hommes du Nord s’imposent demain soir, certains y verront le signe annonciateur de l’indépendance écossaise ! Et par rebond, un coup de pied de l’âne à ces Anglais qui ont rejeté l’Europe. 

Même si, il ne faut pas s’y tromper : même les Écossais anti indépendance et pro Royaume-Uni, rêvent de la même chose que les indépendantistes : battre l’Angleterre.

L'affiche du 1er matche Angleterre Ecosse; première rencontre internationale de l'Histoire du football
L'affiche du 1er matche Angleterre Ecosse; première rencontre internationale de l'Histoire du football
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