La présidente de la commission fait la tournée des pays de l’Union (après demain à Paris), pour donner le go à l’utilisation par chaque pays de l’énorme plan de relance européen.Opération de comm’ ou vrai symbole d’action ? C’est le monde d’après.

Ursula Von der Leyen devant l'Acropole à Athènes lors de son déplacement en Grèce le 17 juin
Ursula Von der Leyen devant l'Acropole à Athènes lors de son déplacement en Grèce le 17 juin © AFP / Louisa GOULIAMAKI / POOL / AFP

Elle est passée par ici, elle repassera par là. Ursula von der Leyen la joue rock star en tournée, ou bien candidat enchainant les meetings dans une dernière ligne droite électorale.

En fin de semaine dernière, elle a enchainé le Portugal, l’Espagne, la Grèce, le Danemark, le Luxembourg. Aujourd’hui, c’est l’Autriche et la Slovaquie. Demain ce sera l’Allemagne, l’Italie et la Lettonie. Et après-demain, la France. N’en jetez plus.

Et à chaque fois, photo rituelle aux côtés du chef d’Etat ou de gouvernement en exercice. Pour la signature formelle du plan baptisé « Next generation ». C’est désormais le nom du plan de relance post Covid mis en place par l’Union Européenne : 750 milliards d’euros.

Ces dernières semaines, les membres de l’Union ont soumis leurs propositions respectives sur leur utilisation concrète de ces fonds européens. 23 des 27 pays de l’Union ont transmis leur copie. Et à chacun de ces déplacements, la présidente de la commission vient dire : C’est ok pour nous. Votre plan nous convient. Vous allez donc recevoir l’argent qui vous est alloué.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

A Bruxelles, la tournée a été surnommée « Von der Tour ». La commission fait sa pub et plus individuellement la présidente de la commission fait sa pub. On sait Ursula von der Leyen en rivalité bien mal dissimulée avec l’autre autorité européenne, le président du Conseil Charles Michel. Souvenez-vous de l’épisode du « sofagate » à Istanbul. Donc oui, ça sent la comm’.

Un premier emprunt massif à taux quasi nul

Mais ce n’est pas seulement de la comm’ ! Comme on est régulièrement critique vis-à-vis de l’Europe ici même, on peut s’autoriser à dire que ce plan de relance européen est impressionnant. Parce que oui il se met en action. Cette tournée d’Ursula von der Leyen, c’est le starter qui donne le top départ.

Rappelons le principe : un plan extra-ordinaire et massif pour redresser l’économie post Covid, 750 milliards souscrits solidairement par les 27. C’est sans précédent. Et si on y ajoute les plans nationaux de chaque pays et les aides habituelles de l’Europe, les volumes sont comparables à ceux débloqués aux États-Unis. Avec un programme ambitieux, parce que l’Europe ne financera pas n’importe quoi :  au moins 37% des sommes doivent contribuer à la lutte contre le réchauffement, au moins 20% à la conversion numérique. 

Et depuis la semaine dernière, c’est donc parti : l’Union Européenne a lancé son premier emprunt, 20 milliards. Et ces premières obligations se sont arrachées comme des petits pains sur les marchés financiers : 7 fois plus de demande que d’offre, et un taux d’emprunt de 0,08%, autrement dit quasi nul. Ça veut dire que les investisseurs ont confiance dans l’Europe et que Bruxelles va pouvoir emprunter les sommes envisagées. Ça marche !

L’argent va donc commencer à arriver dans les capitales qui ont fait valider leur plan par Bruxelles : une première tranche de plusieurs milliards d’aide pour l’Espagne, le Portugal, sans doute la France, etc. Donc l’Union Européenne a raison de faire sa comm’.

L'Europe bouc-émissaire trop facile

Alors d’où vient cette impression persistante d’un mastodonte européen toujours lourdingue ? Le fait est que l’Europe reste lente et lourde à manœuvrer. Elle a manqué d’agilité sur les vaccins, elle n’est pas harmonisée fiscalement, elle a plein de défauts. Mais lorsqu’elle parvient à un accord collectif, elle est puissante. On le voit de la même manière avec le pass sanitaire qui s’apprête à démarrer le 1er juillet.

Cette impression de lourdeur, elle est due aussi au fait que les gouvernements nationaux instrumentalisent le sujet. Quand ça va mal, c’est la faute à l’Europe. Quand ça va bien, chaque gouvernement a tendance à tirer la couverture à lui. Pour ne pas dire plus : par exemple, l’utilisation des fonds de ce plan européen fait débat en Pologne, où le gouvernement nationaliste du PIS est soupçonné de vouloir les utiliser à des fins électoralistes auprès de sa clientèle électorale. 

Ce n’est d’ailleurs pas un phénomène nouveau : rares sont les pays, comme l’Irlande, qui font vraiment la publicité des aides européennes en affichant des grands panneaux publics du style « cette route a été construite grâce à Bruxelles ».

En se déplaçant pour signifier le feu vert de la commission au déblocage des fonds, Ursula von der Leyen pose un acte politique. Si l’argent ne redescend pas rapidement aux particuliers ou aux entreprises (par exemple en France aux 70 projets identifiés, de l’isolation des bâtiments à l’aide sur l’intelligence artificielle), ce ne sera pas de notre faute à nous l’Europe, mais celle de votre gouvernement national. 

Nous, on a fait le boulot !  

Contact