Le pays scandinave est en pleine crise politique. Le premier ministre Stefan Löfven, mis en minorité au Parlement, a démissionné. Loin d'être anecdotique, c’est révélateur de l’enlisement de la social-démocratie européenne. C’est le monde d'après.

Le premier ministre Stefan Löfven s'est résigné à annoncer sa démission ce 28 juin lors d'une conférence de presse
Le premier ministre Stefan Löfven s'est résigné à annoncer sa démission ce 28 juin lors d'une conférence de presse © AFP / Stina STJERNKVIST / TT News Agency / AFP

La Suède, c’est le pays par excellence de la social-démocratie. L’un de ses berceaux, et surtout l’une de ses places fortes. Au cours du siècle écoulé, depuis 1920, les sociaux-démocrates ont dirigé le pays 80 ans au total. Dont de longues périodes ininterrompues dans les années 50, 60, 70, 80. Et même plus récemment, ils ont été au pouvoir pendant 17 des 25 dernières années.

Ils sont aussi l’incarnation d’une culture politique, celle d’un pays qui privilégie le compromis et la stabilité, défend la protection sociale et les services publics.

Patatras ! La semaine dernière, pour la première fois dans l’histoire politique moderne de la Suède, le Parlement a voté la défiance contre le gouvernement. Fini la priorité à la stabilité. Et tout à l’heure, le premier ministre a donc jeté l’éponge. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Le sujet qui a fait chuter Stefan Löfven est révélateur : c’est une vive controverse sur le maintien ou l’abandon de l’encadrement des loyers. Sur cette question le premier ministre a été incapable de réconcilier ses deux alliés, centriste d’un côté, de gauche post communiste de l’autre. Incapable de parvenir à une synthèse, pour reprendre une formule historiquement chère aux socialistes français. Cette synthèse, cet art du compromis qui a longtemps fait la force de la social-démocratie.

Le grand repli social-démocrate

Avec la Suède, c’est l’un des derniers bastions sociaux-démocrates qui tremble sur ses fondations ! Effectuons un petit retour en arrière pour comprendre. Il y a 20 ans, les sociaux-démocrates dirigeaient plus de la moitié des pays européens. Ils étaient puissants en Allemagne, en France, au Royaume-Uni, en Italie, en Grèce, en République Tchèque.

20 ans plus tard, ils ne dirigent plus que 5 des 27 pays de l’Union : deux au Sud (l’Espagne et le Portugal), trois au Nord (le Danemark, la Suède, la Finlande). Et dans tous les cas, ce sont des gouvernements de coalition, souvent minoritaires, où ils dépendent d’alliés encombrants et pas nécessairement loyaux. La perte de vitesse est spectaculaire. Et désormais elle touche même le porte-drapeau, la Suède.

Comment expliquer cette situation ? En fait, les sociaux-démocrates sont empêtrés dans de multiples contradictions, d’où la sensation que leur logiciel est dépassé, voire incompréhensible.

  • Contradictions sur la mondialisation : faut-il porter l’ouverture au monde ou la défense de salariés déclassés par l’économie mondialisée ?
  • Contradictions sur l’immigration : faut-il accueillir les exilés en quête d’une vie meilleure ou céder aux sirènes du repli protectionniste ?
  • Contradictions sur la place de l’homme dans la société : faut-il continuer à défendre le collectif ou accepter l’individualisation du monde ?

Et puis, il y a 20 ans, lorsqu’ils étaient majoritaires en Europe, les sociaux-démocrates ont raté le coche : ils avaient l’occasion d’imposer ensemble un agenda commun supranational. Ils sont restés chacun dans leur coin et ils ont signé leur propre perte.

Une possible alliance droite / extrême droite

Pour en revenir à la Suède, un autre dirigeant politique devrait se voir confier le défi de constituer une nouvelle coalition gouvernementale. Mais si personne n’y parvient, des élections anticipées seront convoquées.

Et la Suède pourrait alors vivre un bouleversement encore plus profond : avec la victoire possible d’une alliance droite / extrême droite. Pas de « front républicain » à Stockholm : pour la première fois, le grand parti de droite imagine de gouverner avec le parti anti immigration de Jimmy Akesson, crédité de 18% des intentions de vote. Ce parti curieusement nommé « Démocrates de Suède » est quand même l’héritier de groupuscules nazis.

Et il vient donc signer un pacte avec la droite sur les questions migratoires. C’est un sujet sensible dans un pays qui, plus que tout autre en Europe, a accueilli de nombreux immigrés ces dernières années : 160.000, c’est considérable, rapporté à une population de 10 millions d’habitants. Que cette alliance droite / extrême droite arrive au pouvoir, et l’échec de la social-démocratie suédoise serait alors consommé.

Il y a d’ailleurs un paradoxe. Parce que la Suède reste un pays où il fait bon vivre : un PIB par habitant élevé, un chômage maîtrisé, une vraie égalité professionnelle hommes-femmes, un bon système de retraite, des services publics fiables.

Mais ça ne suffit pas. En Suède, comme ailleurs, dans un monde toujours plus divisé, et plus polarisé, les sociaux-démocrates ne sont plus une balise incontournable.

Et les Suédois sont donc tentés de leur dire « Farväl » ! Au revoir. 

Contact