Le parti communiste chinois célèbre ses 100 ans d’existence. L’occasion pour le pouvoir de grandes festivités et d’une vague de propagande. Et c’est vrai qu’en apparence le PC chinois n’a peut-être jamais été aussi fort. Mais derrière la devanture, il y a des fissures. C’est le « monde d’après ».

Les préparatifs du spectacle des 100 ans du PC chinois au stade de Pékin
Les préparatifs du spectacle des 100 ans du PC chinois au stade de Pékin © AFP / Koki Kataoka / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun via AFP

En ordre de marche. On a même envie de dire : en ordre de marche au pas cadencé.

Le parti communiste chinois tient les rênes du pays et il les tient solidement. Avec ses 90 millions d’adhérents, il est présent partout dans le pays : les entreprises, les écoles, les comités de quartier, les médias de plus en plus vecteurs de propagande. Et bien sûr l’armée et le gouvernement central. Sous l’autorité d’un Xi Jinping qui a fait réviser la Constitution pour rester au pouvoir quasi indéfiniment, le PC chinois est revenu à la méthode du contrôle absolu.

Et pour raffermir son emprise et cultiver le nationalisme, il se prévaut des succès au demeurant indéniables de la Chine:

  • Succès économique : d’ici une décennie, le pays pourrait supplanter les Etats-Unis au 1e rang mondial.
  • Succès sanitaire dans la lutte contre la pandémie.
  • Succès scientifique, en particulier dans le domaine spatial.
  • Essor de la puissance militaire. 

Et offensive diplomatique tous azimuts avec la volonté d’exporter un modèle de développement autoritaire qui peut séduire bon nombre de dirigeants, en Afrique, en Asie et même en Europe. Le tout via ces ambassadeurs qui eux-mêmes se qualifient de « loups combattants », pour contrecarrer le modèle occidental.

Donc oui, le PC Chinois est en ordre de marche.

Droit à la paresse et refus de procréer

Et pourtant il y a des fissures dans la carapace même s’il faut un œil exercé pour les déceler. Et pour cause : informer sur la Chine est de plus en plus difficile, la presse étrangère n’est plus la bienvenue. Mais il y a quand même des indices révélateurs que le PC chinois ne parvient pas à dissimuler totalement. Des indices révélateurs de fissures dans la société.

Prenons quelques exemples. 

Connaissez-vous le Tang Ping ? Littéralement ça veut dire « rester allongé ». Un slogan devenu viral sur les réseaux sociaux du pays : des jeunes, en particulier, invoquent le droit à la paresse, le rejet du culte de la productivité et de l’idéogramme « Travailleur » qui s’affiche partout dans les grandes villes. Évidemment la censure du parti a frappé pour effacer ces messages, mais le fait est là : le « modèle » ne fait pas l’unanimité. La multiplication des milliardaires met d’ailleurs en évidence, par effet de miroir, l’ampleur des inégalités sociales.

Le parti est également en train d’essuyer un revers sur son appel à relancer la natalité : la Chine est en passe de devenir vieille avant de devenir riche. D’ici 10 ans, 25% de la population aura plus de 65 ans. Et les Chinois ne font toujours pas d’enfants malgré les injonctions du parti. C’est symptomatique d’un manque de confiance dans l’avenir.

Ces fissures structurelles sont profondes. Potentiellement plus lourdes de conséquences que la contestation politique étouffée à Hong Kong ou dans la région musulmane du Xin Jiang.

Des divergences derrière l'opacité

Ça ne va pas sans doute pas suffire à ébranler le parti communiste mais il y a un autre paramètre : les dissensions internes au parti communiste. Encore plus difficiles à repérer, vu que le PC chinois est régi par l’opacité totale et aussi par la peur. Mais là encore, il y a des indices.

D’abord, souvenons-nous de la mise à l’écart, il y a quelques années de Bo Xilai, alors rival de Xi Jinping. Et puis il y a la petite musique du premier ministre Li Keqiang, visiblement en désaccord sur plusieurs dossiers avec le camarade président Xi.

Il existe des divergences idéologiques au sein du PC chinois,  sur l’efficacité de l’autoritarisme à l’intérieur comme sur la pertinence de l’agressivité à l’extérieur. L’image de la Chine est d’ailleurs fortement dégradée en Occident, avec des effets en chaine, y compris sur le commerce, qui peuvent inquiéter l’élite.

Enfin comme Xi Jinping est obnubilé par son pouvoir personnel, il ne prépare pas sa succession. Et le moment venu il faut s’attendre à une sacrée bagarre. Il y a donc des failles. 

Cela dit, évidemment, le PC chinois fera tout pour préserver son unité de façade avec un objectif prioritaire : le contrôle du pays à l’intérieur. D’ici à la grande date de 2049, qui verra le centenaire de l’accession au pouvoir du parti communiste en Chine, il faut s’attendre à une surenchère nationaliste croissante.

D’autant que, répétons-le parce que c’est un fait majeur, la Chine se coupe progressivement du monde sur le plan de l’information. Elle se barricade derrière sa muraille numérique, comme dans un vase clos. 

C’est en train de devenir un monde parallèle au nôtre. Ça ne va pas faciliter la compréhension mutuelle.

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