Demain entre en vigueur en Hongrie la loi controversée qui interdit la diffusion de contenus sur l’homosexualité auprès des mineurs. La commission européenne menace de déclencher une procédure de sanction contre Budapest, un indice du fossé entre l’Est et l’Ouest de l'Europe. C’est le monde d’après.

Le premier ministre hongrois Viktor Orban lors d'un déplacement chez son allié polonais le 30 juin
Le premier ministre hongrois Viktor Orban lors d'un déplacement chez son allié polonais le 30 juin © AFP / Beata Zawrzel / NurPhoto / NurPhoto via AFP

C’est tentant de montrer du doigt Viktor Orban.

C’est un fier à bras, c’est vrai, qui aime à défier Bruxelles. C’est également un xénophobe aux accents antisémites, attentatoire aux libertés, bien décidé à rester au pouvoir ad vitam aeternam. Et il se plait à instrumentaliser politiquement les sujets sensibles : hier les migrants, aujourd’hui les questions de genre. Pour toutes ces raisons, il est tentant de le désigner comme le « vilain petit canard » de l’Europe. 

Mais c’est un peu facile. Parce qu’ il est plus que cela : il incarne aussi un courant de pensée.

Il y a deux semaines, souvenez-vous, 17 pays de l’Union Européenne signent une lettre commune pour dénoncer cette loi hongroise qui met dans le même sac l’homosexualité et la pédophilie. 17, c’est la majorité sur un total de 27 membres de l’Union. Mais ça veut dire aussi, pas besoin d’être fort en maths, que 10 autres pays, à l’inverse, n’ont pas signé. 

Qui sont-ils ? Mettons de côté le Portugal, tenu à un devoir de réserve parce qu’il présidait alors l’Union.Sinon c’est simple : ce sont les pays de l’Est de l’Europe. Pologne, Roumanie, Bulgarie, République Tchèque, et bien sûr la Slovénie du très populiste Janez Jansa, nouveau président de l’Union depuis le 1er juillet. Seuls les pays Baltes, de tous les anciens pays de l’Est sous tutelle soviétique, ont dénoncé la Hongrie.

Conclusion : Orban est loin d’être seul.

La famille et les questions de genre au cœur du désaccord

Il y a donc une ligne de fracture sur ces sujets entre l’Est et l’Ouest de l’Union ! C’est évidemment un peu moins caricatural que ça. A l’Ouest, il y a des partis pour soutenir Orban sur ces questions de genre : en gros l’extrême droite, le Rassemblement national en France, Vox en Espagne, la Ligue en Italie. Et à l’Est, il y a à l’inverse des mouvements libéraux sur les questions de société en particulier dans les grandes villes, comme la capitale hongroise Budapest.

Mais si on regarde les grands volumes, oui il y a une ligne de fracture. A l’Est, en Hongrie, toute une partie de la société, dans les campagnes comme dans les bourgeoisies des villes, soutient Orban sur les questions de genre. Et c’est vrai aussi dans une grande partie des pays voisins. D’où les succès électoraux à répétition du très conservateur PiS en Pologne. Ces populations sont sincèrement persuadées d’incarner les vraies valeurs de l’Europe en se posant comme des remparts qui protègent « une tradition judéo-chrétienne » sur la famille, où l’homosexualité n’a pas de place.

A l’inverse, les sociétés d’Europe de l’Ouest sont globalement beaucoup plus libérales et progressistes sur ces questions. Elles voient dans les droits de l’Homme un socle fondamental. Et il est donc logique de voir les dirigeants de Bruxelles qualifier la nouvelle loi hongroise de « honteuse » ou de « moyenâgeuse ». Il est même tout à leur honneur de voir ces dirigeants se battre sur ces questions de droit. Et chercher à sanctionner la Hongrie

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Un marché commun ou une union de valeurs ?

Le souci, c'est que tout le monde appartient à l’Union Européenne et ce fossé est la traduction d’un malentendu profond sur ce qu’est l’Europe.

Les anciens pays de l’Est regardent l’Union d’abord comme un marché commun. Ce qu’elle est d’ailleurs. Une union commerciale, une zone de libre échange pour les biens et les personnes. Une union monétaire aussi, pour la zone Euro. La forte opposition, au moment de la crise financière il y a 10 ans, entre le Nord économe (l’Allemagne, les Pays-Bas) et le Sud dépensier (la Grèce, l’Italie), entérinait d’ailleurs cette vision de l’Europe : une histoire d’argent.

Les pays de l’Est voient donc en Bruxelles un moyen d’obtenir de l’aide pour rattraper leur retard économique. Et aussi un parapluie de protection pour leurs identités nationales face à l’ancien tuteur et voisin, Moscou.

Mais vu de l’Ouest du continent, l’Europe c’est plus que cela. C’est un partage de valeurs, héritées des philosophes des Lumières. Sur la séparation des pouvoirs ou sur les droits humains. C’est la Charte Européenne des Droits Fondamentaux. Par effet en chaine, c’est l’envie d’une intégration politique plus forte, et de l’essor d’une société européenne, qui dépasse les seules identités nationales.

Ces deux visions sont presque incompatibles. Et c’est ainsi que la fracture sociétale Est Ouest supplante la fracture financière Nord Sud au sein de l’Union.

Si on va au bout du raisonnement, si on considère que les valeurs, l’état de droit sont plus importants que la logique économique du marché, alors des divorces s’imposent au sein de l’Union. Mais mon petit doigt me dit qu’on n’ira pas au bout de ce raisonnement.

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