On parle rarement de ce petit pays d'Amérique Centrale. Son président Daniel Ortega est en pleine dérive dictatoriale, à l’image du Venezuela de Maduro. Et la communauté internationale commence à peine à s’en inquiéter. C’est le monde d’après.

Le président nicaraguayen Daniel Ortega et son épouse Rosaria Murillo en septembre dernier
Le président nicaraguayen Daniel Ortega et son épouse Rosaria Murillo en septembre dernier © AFP / Cesar PEREZ / Nicaraguan Presidency / AFP

C'est un cas d’école : une évolution progressive d’un régime se prétendant « révolutionnaire de gauche » au départ, vers une dictature tyrannique qui concentre tous les pouvoirs. Ça rappelle un peu en effet le Venezuela. En plus petit : le Nicaragua, en plein cœur de l’Amérique Centrale, ne compte que 6 millions et demi d’habitants.

Daniel Ortega a 75 ans. Il a déjà passé 25 ans au pouvoir. A l’automne prochain, il se présentera à nouveau. Et il a trouvé une solution simple pour gagner : il fait arrêter tous les autres candidats potentiels.

Ces derniers jours, 13 dirigeants politiques ont été embastillés, dont 4 postulants à l’élection. Arrestation la plus emblématique : Cristiana Chamorro qui a pour vilain défaut, aux yeux du pouvoir, d’être la fille de sa mère, Violetta Chamorro, ex présidente dans les années 90 et ancienne rivale d’Ortega.Trois autres candidats à la primaire du principal parti d’opposition de droite ont également été arrêtés. Et quant aux autres partis, ils ont été déclarés illégaux. Là encore, simple et efficace.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Ça ne s’arrête pas là : les détentions arbitraires se multiplient, les médias indépendants font l’objet d’intimidations, et les seuls rassemblements autorisés sont ceux du pouvoir. Le tournant date de 2018, depuis qu’une vague de contestation sociale a été sévèrement réprimée. Avec toujours le même alibi : vous êtes manipulés par les États-Unis.

Un penchant stalinien

Tout vient d’un mouvement révolutionnaire de la fin des années 70 : en 1979, le « sandinisme » renverse la dictature sanglante des Somoza, dictature soutenue par Washington. Ortega en est alors le « Comandante », un mélange du cubain Che Guevara et du vénézuélien Hugo Chavez avant l’heure.

Battu dans les urnes par Violetta Chamorro en 1990, Ortega revient en 2006. Et depuis, c’est la dérive vers un pouvoir de plus en plus centralisé, dictatorial. Un vrai côté Stalinien. La meilleure illustration en est sa propension à bâillonner ses proches. Ces derniers jours, il a fait assigner à résidence quatre de ses compagnons de route, notamment Dora Maria Tellez. Et il partage désormais le pouvoir avec qui ? Avec son épouse Rosario Murillo, nommée vice-présidente.

Il a aussi fait modifier la Constitution pour rester au pouvoir indéfiniment. Et fait adopter une multitude de lois scélérates : en apparence, elles ont des jolis noms, lutter contre les « fake news », protéger la souveraineté nationale, réguler les agents de l’étranger, défendre les droits des peuples. Mais toutes sont des cache sexes pour étouffer toute forme de contestation.

Cerise sur le gâteau, le nouveau Code pénal a porté la durée de la garde à vue à 92 jours. 3 mois ! Pendant la pandémie de Covid, Ortega a fait dans l’obscurantisme : dissimulation des chiffres, intimidation à l’encontre des médecins, meetings de ses partisans au mépris des règles de distanciation, façon extrême droite de Bolsonaro au Brésil. Il ne manque plus que des repentances publiques des anciens camarades de lutte désavoués, pour que la boucle façon Staline soit bouclée.

Une absurde solidarité "de gauche"

Et personne ne dit rien ! En tous cas, c’est timide. Seuls les États-Unis ont imposé de vraies sanctions aux proches du pouvoir, mais la légitimité de Washington est faible, vu ses antécédents dans la région.

Hier, pour la première fois, l’OEA, l’Organisation des Etats Américains, a exigé la libération des prisonniers politiques au Nicaragua. Mais ce n’est pas allé plus loin. Notamment en raison de l’abstention du Mexique et de l’Argentine : deux gouvernements étiquetés de gauche, qui se sentent sans doute une forme de solidarité avec l’ex révolutionnaire sandiniste. Le sandinisme a longtemps constitué un emblème pour une partie des gauches sud-américaines et même européennes.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Mais vu la dérive d’Ortega, Mexico et Buenos Aires ne se grandissent pas. C’est trop facile de dénoncer les dérives de droite au Brésil et au Colombie si dans le même temps on n’est pas prêt à dénoncer aussi les dérives pseudo-révolutionnaires au Nicaragua ou au Venezuela. Soit dit en passant, le Venezuela de Maduro est évidemment le premier soutien du Nicaragua d’Ortega. 

Quant à l’Europe, elle reste elle aussi timorée. Quelques condamnations de principe, de la part du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell ou de l’espagnol Pedro Sanchez. Mais peu d’actes. Il y a quelques mois, la célèbre militante des droits de l’homme, Bianca Jagger, nicaraguayenne d’origine, avait sollicité Emmanuel Macron sur le sujet.

Le Nicaragua est petit c’est vrai. C’est un confetti comparé aux géants chinois ou russes, où les atteintes aux droits de l’homme sont d’une autre ampleur quantitative. Mais ce n’est pas une raison pour fermer les yeux.

Contact