Le 23 juin 2016, les Britanniques votaient en faveur du Brexit, 52% contre 48. Et vu du continent, la sensation dominante reste celle d’un mauvais choix des Britanniques. Mais vu de Londres, c’est très différent. C’est le monde d’après.

Manifestants anti Brexit devant le Parlement britannique ce 23 juin à Londres pour les 5 ans du référendum
Manifestants anti Brexit devant le Parlement britannique ce 23 juin à Londres pour les 5 ans du référendum © AFP / David Cliff / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Pour le dire autrement : si c’était à refaire, les Britanniques le referaient sans doute !

C’est de la politique fiction. Mais la probabilité serait forte d’un résultat similaire. Sur le papier, selon les enquêtes d’opinion, c’est du 50/50. Mais s’il y avait une nouvelle campagne électorale, le charisme du premier ministre Boris Johnson ferait sans doute pencher la balance. Et ce serait donc Brexit again.

Il faut se faire à l’idée : le Royaume Uni est sorti pour de bon, et ne le regrette pas. Il n’y a pas d’enthousiasme, mais il n’y a pas non plus de déception. La sortie de l’Europe n’a pas provoqué le boom économique rêvé par les Brexiters, mais pas davantage la catastrophe annoncée par les anti Brexit.

Conséquence : 82% des Britanniques se disent certains qu’ils voteraient la même chose qu’il y a 5 ans. Et chez les abstentionnistes de 2016, une majorité se dit pro Brexit. En fait, le pays reste coupé en deux, totalement polarisé, et grosso modo personne n’a changé d’avis. Chaque camp est persuadé d’avoir raison.

Il faut convenir aussi que la pandémie ne facilite pas le verdict. L’hibernation économique des 15 derniers mois rend l’analyse périlleuse. Puisque tout le monde a été confronté à un grand chamboulement. L’argument est d’ailleurs utilisé par Boris Johnson pour affirmer que le meilleur du Brexit est à venir.

La vaccination argument des Brexiters

Les partisans du Brexit sont donc contents d’avoir divorcé et ils brandissent fièrement leurs succès. 

Le plus emblématique, c’est de leur point de vue, la rapidité de la campagne de vaccination au Royaume-Uni : 65% de la population a reçu au moins une dose. Et les Britanniques y voient très majoritairement une conséquence du Brexit : c’est allé plus vite qu’ailleurs en Europe parce qu’en dehors de l’Union on est plus agile, moins bureaucratique. Peu importe si au passage, ils en oublient que le bilan de leur pays en termes de mortalité est l’un des plus mauvais d’Europe.

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Boris Johnson brandit également des succès commerciaux, prémices selon lui de son grand projet « Global Britain », censé remettre Londres au centre du commerce mondial. Dernier en date de ces nouveaux traités : celui qui vient d’être signé avec l’Australie. Il n’y aura aucun droit de douane. Des accords commerciaux ont également été ratifiés avec le Japon, la Norvège ou Singapour. D’autres sont en préparation avec l’Inde et la Nouvelle Zélande.

Au-delà de ces accords assez marginaux, l’économie britannique tient bon

  • Elle n’a pas décroché par rapport à la zone Euro, 
  • Le chômage reste bas, 
  • Les salaires ont augmenté un peu plus qu’en Europe,
  • La place financière de la City résiste.
  • Et la fuite des étrangers n’a pas eu lieu : plus de 5 millions d’Européens résidants au Royaume-Uni ont demandé à rester, c’est beaucoup plus que prévu.

Quant à Boris Johnson, il se porte bien, merci pour lui. D’autant que l’opposition travailliste est dans les choux. 

Le risque de l'implosion du Royaume-Uni

Cela dit, comme c’est rare les divorces sans facture, il y a une facture.

D’abord, il y a le manque de personnel : dans la santé, la restauration, l’hôtellerie, chez les saisonniers agricoles. De très nombreux employés provenaient de l’Union Européenne. Il y a aussi les étudiants, désormais privés du programme Erasmus.

Et puis il y a les complications commerciales : taxes douanières, tracasseries administratives, problèmes logistiques. L’Union Européenne demeure le 1er partenaire du Royaume-Uni, mais les échanges en prennent un coup. Certaines filières, le lait, la viande, voient leurs exportations chuter.

Et tout cela n’est pas compensé par le grand accord espéré par Londres avec Washington. Un big deal commercial avec les Etats-Unis, c’est la grande promesse des Brexiters. Mais pour l’instant, ça n’avance pas. On l’a vu au dernier sommet du G7 : Boris Johnson a fait chou blanc avec Joe Biden.

Et puis il y a une autre grosse facture qui pointe le bout du nez : celle de l’implosion du Royaume Uni, vu la grogne en Ecosse et en Irlande du Nord, deux nations, rappelons-le, qui avaient voté contre le Brexit il y a 5 ans.

On se résume : le divorce avec l’Europe est consommé. Un remariage n’est pas pour demain, sans doute pas avant plusieurs décennies. Mais d’ici là, d’autres divorces pourraient menacer le Royaume-Uni, des divorces intérieurs, entre les différentes nations qui composent le pays.

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