Malgré les appels au boycott de l’opposition, le régime de Nicolas Maduro a maintenu l’organisation d’élections législatives le week-end prochain. Le président vénézuélien entend profiter de ce scrutin pour renforcer son emprise sur le pays et affaiblir un peu plus son opposant Juan Guaido.

Juan Guaido en février 2019, juste avant une conférence de presse
Juan Guaido en février 2019, juste avant une conférence de presse © Getty / Valery Sharifulin

Rappelons d’abord en quelques mots la situation à Caracas. Depuis début 2019, deux hommes se disputent le pouvoir : d’un côté Nicolas Maduro, l’héritier politique d’Hugo Chavez, président en exercice du Venezuela, réélu pour un 2è mandat. De l’autre Juan Guaido, jeune leader de l’opposition, élu à la tête de l’Assemblée Nationale, il conteste la légitimité de Maduro depuis sa réélection, et s’est donc auto-proclamé président, avec le soutien des Etats-Unis, de la France, et d’une cinquantaine d’autres pays. On a cru à un moment que Guaido, porté par une vague de manifestations dans le pays, allait réussir à renverser le pouvoir en place. Mais depuis, rien n’a bougé. La situation est figée. Maduro ne lâche rien, et ses partisans comptent sur les législatives de ce week-end pour reprendre la main.

Dans ce clip officiel de la campagne Maduro, Chucho et Omar Acedo signent ce refrain : « Nous allons sauver l’Assemblée Nationale » :

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L’objectif est très clair : reprendre la majorité au Parlement pour récupérer le seul levier de pouvoir qui échappe aux chavistes. Il n’y aura pas de suspense : le camp Maduro va remporter ces législatives. Il pourrait même s’imposer largement et cela pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’une bonne partie de l’opposition a décidé de les boycotter et d’organiser en parallèle sa propre consultation. Ensuite parce que Nicolas Maduro a pris ses dispositions, en renforçant son emprise sur la commission électorale ; en faisant en sorte qu’il n’y ait pas d’observateurs internationaux, hormis quelques-uns triés sur le volet, venus de Cuba, de Russie ou de Chine. L’Europe a bien tenté d’obtenir le report de ces élections, compte tenu de la crise sanitaire. Mais Maduro n’a rien voulu savoir. Le calendrier est maintenu, et le président vénézuélien semble bien parti pour réussir son pari. Et peu importe si la communauté internationale y trouve à redire.

Guaido crie dans le désert

Si effectivement Maduro l’emporte, ce sera un nouveau coup dur - peut-être le coup de grâce - pour Juan Guaido. En perdant son statut de président de l’assemblée, il perdra une grande partie de sa légitimité, et redeviendra un simple opposant. Sa stratégie consiste donc à rejeter d’avance ces élections, qu’il considère comme truquées : il a lancé une consultation populaire auprès des Vénézuéliens. Elle a lieu dans 3000 points de vote, en porte à porte, ou via un vote en ligne.

Mais plus le temps passe, plus on a le sentiment que Juan Guaido crie dans le désert. Malgré ses soutiens à l’étranger, il n’a pas réussi depuis deux ans à mettre en péril le pouvoir de Maduro. Pire, l’opposition a commencé à se déchirer. La ligne dure de Guaido a montré ses limites. L’opposant historique Henrique Capriles (ex-candidat de la droite en 2012 et 2013) a pris ses distances : il n’approuve pas ses appels au boycott.

Juan Guaido semble donc en mauvaise posture et les nouvelles en provenance de Washington ne sont pas bonnes. Joe Biden ne s’est pas encore exprimé sur le sujet : mais selon un article récent du New York Times, le successeur de Donald Trump aurait l’intention une fois à la Maison Blanche de prendre ses distances, et d’entamer un rapprochement discret avec Maduro. Juan Guaido a peut-être bien laissé passer sa chance !

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