La France a donc fait le choix, pour l’instant, de ne pas engager un troisième confinement. Cette décision doit être en mise en regard de toute une série de mouvements anti-confinement ces dernières semaines dans le monde. Et dont l’extrême droite cherche, un peu partout, à tirer profit. C'est le monde d'après.

Déploiement de la garde montée à Amsterdam le dimanche 31 janvier face à de nouvelles manifestations anti confinement
Déploiement de la garde montée à Amsterdam le dimanche 31 janvier face à de nouvelles manifestations anti confinement © AFP / Martin Bertrand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Imaginez un grand tableau de bord mondial des contestations sociales. On y verrait des clignotants qui s’allument ici et là. Les faits demeurent isolés, mais ils disent quelque chose. Au départ, les premiers mouvements de contestation contre les mesures de restriction sont clairement venus de l’extrême droite.

Aux États-Unis, lors de la campagne électorale, avec ces rassemblements de suprémacistes blancs armés, opposés à toute forme de confinement. Partisans de Trump et convertis aux théories conspirationnistes du mouvement QAnon. Même chose en Allemagne, où les anti-masques liés à l’extrême droite néo-nazie ont défilé à la fin de l’été et au début de l’automne à Berlin et à Leipzig avec force drapeaux du IIIème Reich. Ils ont même failli entrer dans le Parlement, le Bundestag.

Phénomène similaire en Slovaquie, avec le mouvement Notre Slovaquie. Puis, plus récemment au Danemark avec les « Men in Black », de Copenhague. Et ce week-end hier, à Vienne en Autriche, où des milliers de partisans du FPö, le parti dit de la liberté, toujours d’extrême droite, ont affronté les forces de l’ordre.

Le discours est toujours le même : il dénonce une « coronafolie » et avance des affirmations totalement fantaisistes sur la réalité de la pandémie, sur les médicaments ou les effets du confinement, le tout mâtiné de complotisme.

Un ras-le-bol devenu disparate, de la Pologne au Liban

Donc ça c’est « au départ ». Mais maintenant ça n’est plus seulement l’extrême droite. Le spectre s’est élargi.

C’est la conséquence compréhensible, à la fois de la situation économique (arrêt des activités, perte d’emplois, pauvreté) et de l’état psychologique des individus, privés de libertés et de contacts sociaux. Évidemment, la contestation est plus forte dans les sociétés habituées aux libertés que dans celles habituées aux privations de libertés, suivez mon regard, de la Chine à la Russie. Ces dernières semaines, on voit donc des clignotants s’allumer ici et là.

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Mouvements de restaurateurs qui veulent rester ouverts : par exemple dans les stations de ski en Pologne ou dans plusieurs quartiers de Mexico sous le slogan « Abrir o morir », Ouvrir ou Mourir. Manifestations antivaccin, qui agrègent des libertaires de gauche alternative à des militants d’extrême droite. On a vu ça en Allemagne à la fin de l’année. Mouvements plus larges d’opposition au confinement parce que la pauvreté explose avec l’arrêt de l’économie. Exemples : dans les quartiers populaires en Tunisie le mois dernier, ou depuis une semaine dans la ville de Tripoli au Liban. Les émeutes y ont repris ce week-end, elles ont déjà fait  plus de 400 blessés.

La contestation devient donc plus disparate, elle n’est plus le seul fait des militants d’extrême droite. On l’a constaté aussi avec les affrontements aux Pays Bas la semaine dernière. Le ras-le-bol gagne du terrain. Ce n’est pas une spécificité française.

Les tentatives de récupération de la contestation

Mais on en revient quand même à l'extrême droite parce que plusieurs mouvements d’extrême droite cherchent à capitaliser sur cette grogne diffuse. Ils essaient de tirer les marrons du feu. Et ça passe par plusieurs techniques.

La première, c’est de surévaluer délibérément la taille d’une contestation qui se limite pour l’instant à des clignotants, rien de massif. Mais les réseaux sociaux créent une illusion d’optique. Par exemple, on a pu y lire, à l’occasion de l’ouverture en forme de bravade d’un restaurant à Nice ces derniers jours, qu’un vaste mouvement de restaurateurs anti confinement existerait aussi en Italie. C’est faux. 

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La seconde technique, c’est évidemment de capitaliser sur l’antériorité de la contestation : vous qui êtes frustrés par le confinement, rejoignez-nous à l’extrême droite, nous avons été les premiers à réclamer plus de liberté.

Enfin troisième technique, paradoxale, dénoncer les manifestations anti confinement quand elles sont violentes. Et là c’est le leit motiv sécurité qui ressort : les gouvernements sont incapables de faire respecter la loi. Et parfois, on ne s’embarrasse pas, on mélange le tout. Exemple : le parti de Geert Wilders aux Pays Bas. Il appelle à la fois à manifester contre le confinement et il dénonce ensuite la présence d’immigrés turcs ou marocains parmi les émeutiers.

Bref, dans un contexte de pandémie propre à attiser les peurs et à créer de la pauvreté, l’extrême droite trouve un terrain naturel pour recruter. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’arbitrage politique sur le recours ou non au confinement ne peut obéir uniquement à des considérations sanitaires. A trop restreindre les libertés, on prend le risque de faire le lit de ceux qui précisément aimeraient les restreindre encore plus. 

C’est le moment de faire preuve de sang froid dans la prise de décision.

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