Ce sont deux événements à première vue sans rapport : la fin de la guerre dans le Karabakh (avec la restitution à l’Azerbaïdjan du district de Latchin) et l’assassinat du père du programme nucléaire en Iran il y a quelques jours. En fait, ils en disent long sur le "monde d'après".

Scène de recueillement devant le cercueil du scientifique iranien assassiné Mohsen Fakhrizadeh
Scène de recueillement devant le cercueil du scientifique iranien assassiné Mohsen Fakhrizadeh © AFP / HAMED MALEKPOUR / TASNIM NEWS / AFP

Mohsen Fakhrizadeh n’est que le dernier nom d’une longue liste. Mohsen Fakhrizadeh, c’est donc ce physicien iranien tué en fin de semaine dernière lors d’une opération minutieusement organisée: un traquenard avec camion piégé, commando à moto, le tout sur le sol iranien. Pour éliminer un homme considéré comme l’équivalent perse d’Oppenheimer, le père de la bombe atomique américaine. 

C’est l’exemple type d’un assassinat ciblé. Et ce n’est pas le premier dans le milieu du nucléaire iranien. Évidemment, il n’y aura aucune revendication, mais on pense forcément au Mossad israélien. Puisque Israël assume, depuis plusieurs années déjà, cette stratégie des assassinats ciblés dits « préventifs ».

Cette technique de guerre a toujours existé. Mais elle tend à se développer. Dressons un petit inventaire récent :

  • Le général iranien Qassem Soleimani, tué par un drone américain en Irak ;
  • Le journaliste et opposant saoudien Jamal Khashoggi, sauvagement assassiné à Istanbul ; 
  • Les opposants russes Alexei Navalny et Serguei Skripal, visés par des empoisonnements, une spécialité de Moscou.

Ces actes ciblés ne sont jamais revendiqués, sauf évidemment s’ils se déroulent dans le cadre d’une opération militaire assumée. Exemples : l’élimination de chefs terroristes, comme Droukdel ou Ben Laden. L’assassinat ciblé possède beaucoup d’avantages : c’est une stratégie à fort impact (ça marque les esprits et fait peur aux opposants), le coût est faible (généralement peu de représailles en retour) et il n’y a aucune règle à respecter (on est dans le non droit par définition).

Drones turcs et israéliens

Regardons à présent le conflit au Karabakh maintenant. On s’est beaucoup focalisé, au début du conflit, sur la présence de mercenaires syriens. C’était un sujet secondaire, il détourne de l’essentiel.

Le fait majeur de ce conflit, aujourd’hui suspendu, c’est le triomphe des drones. Ces avions sans pilote, souvent porteurs de charges explosives, ont scellé la victoire de l’Azerbaïdjan contre l’Arménie. On avait déjà constaté le recours aux drones en Irak, en Syrie, et plus récemment en Libye, où les drones turcs ont fait reculer les troupes du maréchal Haftar. Dans le Caucase, on est passé à la vitesse supérieure : la généralisation de l’usage des drones par l’armée azerbaïdjanaise. Drones turcs là encore, de type Bayraktar. Et drones israéliens de type Harop.

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Ces appareils ont permis à l’Azerbaïdjan de repérer les positions de l’Arménie puis de les détruire. Ces drones, qui sont lents et volent à basse altitude, échappent aux radars et aux systèmes classiques de défense sol-air. Et ensuite, ils foncent sur leur cible et sautent avec elle. Là encore, beaucoup d’avantages : impact fort avec un coût faible. Plus précisément un coût financier élevé (il faut les acheter) mais un coût humain nul : commande à distance, pas de pertes humaines quoi qu’il arrive. 

Un Occident mal préparé 

Il y a plusieurs enseignements à tirer. "L’art de la guerre", pour reprendre la célèbre formule du penseur chinois Sun Tzu, l’art de la guerre est en train d’évoluer. Ces derniers événements, même s’ils se passent loin de chez nous, ne sont pas anecdotiques. Le recours aux drones et aux assassinats ciblés, devrait logiquement se développer. C’est le premier constat.

Deuxième enseignement : Israël et la Turquie sont en pointe sur ces évolutions. Ce n’est pas une découverte pour Israël. En revanche, on n’avait peut-être pas mesuré à quel point l’industrie de défense turque s’est modernisée.

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Troisième constat : nous ferions bien nous-mêmes, Occidentaux, Européens, Français de nous préparer face à ces évolutions. Il n’est pas sûr que l’on soit correctement équipés, en installations sol-air, en systèmes de repérage et de brouillage radar pour déjouer ces drones presque indétectables. Les équipements lourds qui sont le propre des grandes puissances militaires ne sont pas adaptés face ces nouvelles technologies légères, agiles.

Quant aux assassinats ciblés, c’est l’affaire évidemment des services de contre-espionnage. Mais là encore, il ne faut pas se croire à l’abri. Les assassinats de militantes kurdes, il y a quelques années à Paris, ou d’un opposant tchétchène, il y a quelques mois à Lille, laissent penser que ça se passe aussi, ici, chez nous.

Ce n’est pas une fiction, un roman d’anticipation. C’est la guerre version 2020.

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