La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen défend son bilan aujourd’hui à propos des vaccins, dans un entretien avec plusieurs journaux européens. Mais la stratégie mise en œuvre laisse sceptique. Or l'Europe joue gros dans cette affaire. C'est le monde d'après.

Ursula von der Leyen, lors d'une conférence de presse sur les vaccins le 8 janvier dernier à Bruxelles, ne fait pas l'unanimité
Ursula von der Leyen, lors d'une conférence de presse sur les vaccins le 8 janvier dernier à Bruxelles, ne fait pas l'unanimité © AFP / Martin Bertrand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Commençons par le verre à moitié plein, ou la seringue à moitié pleine comme vous préférez. La Commission européenne se défend de toute erreur dans sa stratégie vaccinale et elle avance des arguments qui s’entendent. Ils sont au nombre de trois.

Le premier, c’est qu’en matière de vaccin, deux précautions valent mieux qu’une. Britanniques, Chinois et Américains se sont précipités dans des procédures d’urgence pour mettre les vaccins sur le marché. Mais imaginons que l’on découvre soudain des effets secondaires indésirables. On n’ose mesurer l’effet boomerang. Il faut y réfléchir deux fois avant de prendre la responsabilité politique d’inoculer le principal actif d’une maladie dans des corps sains, à l’échelle de centaines de millions de personnes. L’Europe a raison de procéder à des vérifications.

Deuxième argument : mutualiser les commandes des 27 pays européens permet à la fois d’éviter des courses à l’échalotte entre pays, et d’espérer négocier des tarifs de gros plus avantageux avec les laboratoires. C’est la loi du plus grand nombre, a fortiori quand il s’agit de discuter avec des entreprises pharmaceutiques qui ne sont pas des enfants de chœur.

Enfin troisième argument d’Ursula von der Leyen : n’ayons pas la mémoire courte. Il y a un an, personne ne misait sur des vaccins aussi rapides. Et en tout état de cause, les Européens seront certainement vaccinés bien avant la plus grande partie de la planète. Attendons au moins l’été pour dresser un bilan comparatif fiable des taux de vaccination.

Bourdes en série

Tous ces arguments sont recevables mais le souci c'est qu'en même temps, depuis quelques jours, il commence à y avoir beaucoup de faux pas. Ils donnent désormais l’impression d’une seringue à moitié vide, plutôt qu’à moitié pleine.

Il y a d’abord ce fiasco, il n’y a pas d’autre mot, du contrat avec AstraZeneca. Les deux tiers des doses manquent donc à l’appel, avec les difficultés d’approvisionnement en chaine que l’on sait. Peu importe le fait de savoir si c’est le Royaume-Uni qui les a récupérées. Ça donne de toute façon l’impression que le contrat a été mal fagoté, avec des garanties pas assez explicites.

Ce qui nous renvoie au deuxième problème : une certaine opacité dans le fonctionnement de l’équipe von der Leyen. Une petite musique fait son chemin parmi les élus européens : la présidente de la Commission fonctionne en cercle restreint avec sa garde rapprochée. C’est aussi ce que lui reprochent plusieurs dirigeants politiques allemands, qui l’ont vue à l’œuvre autrefois au ministère de la Défense à Berlin.

La conséquence du manque de concertation, ce sont des bourdes : par exemple l’annonce précipitée en fin de semaine dernière de rétablir la frontière entre les deux Irlande, pour mieux contrôler les vaccins qui entreraient au Royaume-Uni. Cette frontière dont des années de négociation sur le Brexit ont cherché à éviter le rétablissement. Du coup, Ursula von der Leyen a dû rétropédaler en urgence : pas de frontière.

Enfin, plus globalement, l’Europe donne le sentiment d’une certaine lenteur, d’un manque de réactivité. Le dernier exemple en date, c’est le pompon : on découvre que le laboratoire français Valneva, une biotech en phase de test sur un vaccin, a fait affaire avec le Royaume-Uni qui a déjà préempté 200 millions de doses. Pendant que l’Europe tergiverse et ne veut rien signer. Incompréhensible.

Une pub pour le Brexit

Tout cela peut laisser des traces.

D’abord, cette gestion européenne confuse et chaotique est une publicité vivante pour le Brexit. C’est tout de même un comble. Boris Johnson, qui affiche la pire gestion sanitaire qui soit en Europe peut désormais espérer sortir vainqueur symboliquement parce qu’il aura vacciné sa population le premier. Surréaliste. Un clip de pub pour la liberté et la rapidité d'action que l’on retrouve en échappant aux lourdeurs européennes.

Ensuite, à l’intérieur de l’Europe, ces bourdes en série provoquent évidemment une nouvelle poussée de fièvre nationaliste chez les différents membres. Comme au printemps dernier, les fermetures de frontières réapparaissent de façon anarchique. Et certains, comme le franc-tireur hongrois Viktor Orban, se sentent désormais les mains libres pour importer des vaccins chinois et russes.

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Bien entendu, tout cela relève aussi de la facilité : l’Europe est le bouc-émissaire facile, celui que les Etats membres montrent du doigt quand quelque chose cloche. A fortiori quand ils sont en année électorale, comme l’Allemagne aujourd’hui. Alors qu’au point de départ, ce sont eux les Etats membres qui se refusent à donner les délégations de pouvoir et les budgets suffisants à l'Europe pour qu’elle soit efficace et puisse par exemple créer une véritable Union de la Santé.

Mais bon le résultat est là : sur le papier, la crise sanitaire devrait permettre à l’Europe de s’affirmer puisque la solution à une pandémie mondiale ne peut passer que par des décisions communes. Sauf que pour l’instant, dans les faits, c’est triste à dire mais ce n’est pas concluant.

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