Le Danemark s’apprête à durcir encore un peu plus sa politique migratoire. Copenhague a déjà adopté ces dernières années les mesures les plus strictes en Europe vis-à-vis des migrants. Une nouvelle loi votée au parlement va plus loin : elle envisage de sous-traiter les demandes d’asile à des pays d’Afrique.

La Première ministre Mette Frederiksen veut faire du Danemark un territoire "sans demandeur d'asile"
La Première ministre Mette Frederiksen veut faire du Danemark un territoire "sans demandeur d'asile" © AFP / Tobias SCHWARZ

C’est la dernière trouvaille de la dirigeante danoise Mette Frederiksen. La première ministre sociale-démocrate n’a plus grand chose à envier en matière d’immigration à Viktor Orban et aux autres leaders nationalistes d’Europe de l’Est. Depuis son arrivée au pouvoir en 2019 grâce aux voix de l’extrême-droite, elle affiche un objectif très clair : faire de son pays un territoire "sans demandeur d’asile". L’an dernier, à peine plus de 1 500 migrants ont déposé des demandes, conséquence de la politique ultra-restrictive mise en place ces dernières années. Tout récemment encore, le Danemark a décidé de renvoyer chez eux des réfugiés syriens arrivés depuis 2015, au motif que la situation s’est améliorée en Syrie.  

Mais cette nouvelle loi va plus loin et marque un tournant. L’idée serait ni plus ni moins que de confier à des pays tiers, en dehors de l’Europe, la tâche d’accueillir les migrants et de traiter les demandes d’asile du Danemark, en échange d’une aide financière. Il s’agit donc d’externaliser la politique d’asile du pays. Cela constituerait une première en Europe.

Des contacts avec la Tunisie, l’Egypte et le Rwanda

Imaginons un migrant qui arrive jusqu’aux frontières du Danemark. Il sera d’abord enregistré à son arrivée, on vérifiera qu’il n’a pas déjà déposé une demande ailleurs dans l’Union européenne, et il sera ensuite embarqué dans un avion, direction le pays tiers chargé du traitement des demandes. 

Plusieurs pays d’Afrique sont susceptibles de jouer ce rôle : des contacts ont été noués avec l’Egypte, la Tunisie et surtout le Rwanda, qui fait preuve d’une certaine expertise puisqu’il accueille déjà un centre du Haut commissariat aux réfugiés. D’après notre correspondante au Rwanda, Laure Broulard, aucun accord n’est signé à ce stade. D’ailleurs aucun pays n’est cité nommément dans le projet de loi. Il faut dire que, malgré les aides financières considérables que ces pays tiers pourraient toucher, la gestion du dossier s’annonce délicate, et pose bien des questions en matière de respects des droits de l’homme.

Les pays tiers chargés d’expulser les migrants déboutés

Les ONG et les associations de défense des migrants ne cachent pas leur inquiétude. Comment s’assurer qu’un régime aussi autoritaire que celui de Paul Kagamé à Kigali, ou encore celui du général Sissi en Egypte vont traiter décemment ces migrants une fois sur leur sol ? Quelles garanties ? Quels mécanismes de contrôle ? D’autant que ces pays d’accueil se devront d’assurer eux-mêmes la protection des demandeurs d’asile, et qu’ils seront chargé de les reconduire, de les expulser le cas échéant si la demande est rejetée. 

Si à l’inverse la demande d’asile est acceptée, alors là, le migrant n’a aucune garantie de pouvoir repartir vers le Danemark. Situation ubuesque. L’objectif clairement : c’est de dissuader les migrants de tenter leur chance au Danemark, en leur faisant comprendre que la porte est fermée.

D’autres pays d’Europe pourraient suivre l’exemple

Face à l’absence de politique migratoire commune en Europe, le Danemark a décidé de jouer sa propre participation, sans attendre une hypothétique réforme du droit d’asile, en discussion depuis 2015. Mais en y regardant de plus près, on constate que la méthode choisie par les Danois n’est pas si éloignée de ce que l’Europe prône aujourd’hui, et envisage de développer. L’accord migratoire signé avec la Turquie de Recep Tayip Erdogan est un bon exemple. Là aussi, on donne de l’argent à un pays extérieur à l’UE pour qu’il retienne les migrants dans des camps. C’est déjà une forme d’externalisation.  

Récemment, la ministre italienne de l’intérieur était en Tunisie pour obtenir des autorités tunisiennes qu’elles conservent sur leur sol les migrants désireux d’embarquer vers l’Europe. Des discussions ont lieu sur le même registre avec d’autres pays africains. A ce stade, le Danemark est le seul pays européen à envisager d’externaliser en totalité sa politique d’asile, mais tout laisse à penser que d’autres régimes très à droite et très anti-migrant puissent être tentés prochainement de suivre l’exemple. 

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