La lecture de la presse de nos voisins étrangers après la condamnation hier de Nicolas Sarkozy à trois ans de prison dont un ferme (rappelons qu’il a fait appel) en dit beaucoup sur leur regard vis-à-vis de la France. Et il n’est pas tendre. C’est le « monde d’après ».

Nicolas Sarkozy à son arrivée au tribunal le 1er mars juste avant le verdict de sa condamnation
Nicolas Sarkozy à son arrivée au tribunal le 1er mars juste avant le verdict de sa condamnation © AFP / Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Le premier constat, c’est une sorte d’unanimité dans la presse étrangère pour qualifier ce jugement d’historique. Tous les grands médias occidentaux traitent du sujet. Et ils le font souvent d’une façon clinique, pour une raison simple : pas besoin d’en rajouter dans le commentaire, l’événement est suffisamment fort en tant que tel. 

« La première condamnation de ce genre en France depuis la Seconde Guerre Mondiale, c’est à marquer d’une pierre blanche »

écrit la BBC britannique.

De nombreux médias étrangers y voient un fait majeur. Et ils sont finalement moins surpris par le verdict, que la presse française. Ou plutôt ils ne sont pas surpris par la même chose.

Ils trouvent généralement la condamnation logique. Le Soir de Bruxelles considère que les attendus du jugement sont implacables, vu leur qualification morale : « il a été porté gravement atteinte à la confiance publique ». Le correspondant de la BBC ajoute : « ces échanges de données confidentielles pour obtenir des faveurs professionnelles relèvent évidemment de la corruption ».

Non, s’il y a une forme de surprise dans les commentaires venant de chez nos voisins, elle tient plutôt dans le fait que la justice française ait osé prononcer une telle condamnation.

Des élites trop longtemps protégées

Et c’est donc sur ce sujet que le regard devient très critique sur la France; la presse allemande  est la plus virulente, le Süddeutsche Zeitung en particulier, c’est l’un des trois grands quotidiens allemands. Sous le titre « Der Staat bin ich nicht » (qu’on pourrait traduire par « je ne suis pas l’Etat à moi tout seul ») le journal signe un éditorial cinglant. « Der Fall des ex Präsidenten zeigt, wie stark Elitismus und Absolutismus die Machverhältnisse Frankreichs beherrschen ». Traduction 

« L'affaire (* et non "la chute" comme traduit par erreur dans la version radio) de l’ancien président montre à quel point l’élitisme et l’absolutisme régissent les rapports de force en France »

Pour la presse allemande, l’affaire Sarkozy-Azibert est la preuve que les élites françaises ont pris l’habitude de vivre hors la loi, coupées du monde. Les mots sont forts, et ça continue du même tonneau : « le pays est dirigiste, centralisé, monarchique ». Ou bien encore : « ce jugement ébranle l’élitisme qui caractérise l’appareil politique et la société française ». « Deux ans après les gilets jaunes, la pression de la cocotte-minute s’accroit ».

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Toujours en Allemagne, la Deutsche Welle en rajoute une couche : « ce verdict sert la démocratie, autrefois ces affaires étaient mises sous le tapis, pensez à Giscard d’Estaing et aux diamants de Bokassa, la classe dirigeante française est trop longtemps restée impunie ».

Le New-York Times y voit d’ailleurs un lien avec la frustration des Français, voire leur défiance vis-à-vis des élites. Le Soir de Bruxelles continue : jusqu’à présent, les puissants s’en sortaient toujours en France. Pas cette fois : 

« Désormais personne n’est au-dessus des lois, pas même un ex président de la République ».

Pour tous ces journaux, la chute est d’autant plus difficile pour les politiques français qu’ils ont été trop longtemps épargnés.

Le risque d'une revanche de la justice

Il y quand même des voix pour se demander si la justice ne va trop loin.

Le Soir raconte comment depuis dix ans, le climat a changé en France, en gros depuis l’affaire Cahuzac. La presse française a repris son travail d’investigation, préoccupée par l’intérêt public. Et la justice, contrôlée jusqu’au présent par le pouvoir politique, s’est émancipée, « elle n’est plus étouffée ».

Mais et c’est là où un nouveau risque apparait, les juges peuvent être tentés de surfer sur la défiance croissante vis-à-vis du personnel politique.

Le Temps, excellent journal suisse de Genève, soulève la question sous la plume de son correspondant à Paris Richard Werly : « Un politique peut-il aujourd’hui sortir innocenté d’un procès ?

Les juges ne ressentent-ils pas le besoin de condamner pour l’exemple, malgré les éléments parfois insuffisants d’un dossier ? 

Bref une forme de revanche d’un pouvoir judiciaire trop longtemps mis sous l’éteignoir, un populisme des juges. A fortiori vis-à-vis d’un homme, Nicolas Sarkozy qui pouvait encore être un recours à droite en vue de la présidentielle de 2022.

Pour le dire autrement, la France, familière des excès, pourrait-elle passer d’un excès à l’autre vis-à-vis de ses dirigeants : du « tous au-dessus des lois » au « tous pourris » ? Bonne question.

Contact