Cette élection d’aujourd’hui constitue une croisée des chemins pour la démocratie américaine : c’est quitte ou double. Le scrutin peut mal tourner avec des conséquences imprévisibles. Mais il peut aussi très bien se passer. C’est le "monde d'après" en direct de Washington.

Devant la Maison Blanche à Washington, les anti Trump sont prêts à manifester
Devant la Maison Blanche à Washington, les anti Trump sont prêts à manifester © Radio France / Jean-Marc Four

Commençons par la version optimiste : Dr Jekyll. C’est d’ailleurs ce à quoi nous assistons jusqu'à présent : un exercice démocratique exemplaire. 

Avec d’abord une participation qui s’annonce record. 60, 65, voire 70%. Potentiellement un niveau sans précédent depuis un siècle. Traditionnellement, les électeurs ici tendent à s’intéresser davantage aux élections locales qu’au scrutin national, compte tenu du pouvoir des États.

Une participation élevée, ce serait la preuve que la croyance dans le pouvoir du bulletin de vote est solidement enracinée aux États-Unis. Un fondement démocratique. C’est possible.

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D’abord, le vote anticipé a explosé les compteurs. 98 millions d’électeurs ont déjà voté avant même le jour J. C’est 70% du total des bulletins exprimés il y a 4 ans. Ensuite, il reste le vote du jour J, aujourd’hui. Et les files d’attente ont débuté avant l’aube dans plusieurs États. Le camp Trump, en particulier, mise sur une remobilisation de dernière minute de ses électeurs. Le côté référendum du scrutin (pour ou contre Trump) décuple la mobilisation.

En plus, jusqu’à présent, tout se passe dans le calme. Il y a bien eu quelques incidents isolés. Mais rien de sérieux. Le vote anticipé a pu se dérouler comme prévu, avec peu de couacs liés à l’envoi des bulletins par la Poste. Malgré les contraintes liées à l’épidémie, la démocratie est donc en marche. 

La conséquence, c’est que s’il y a un vainqueur clair, il sera très légitime.

Le risque du chaos judiciaire

Mais il y a aussi l’autre option, c’est les États Unis Mr Hyde ! Parce que la démocratie ce n’est pas que le vote, c’est le respect du résultat et de l’Etat de Droit. Et là, il y a deux risques majeurs.

Le premier, c’est le refus de l’un des candidats de reconnaitre les résultats. Avec contentieux judiciaires à la clé. Donald Trump a laissé entendre à plusieurs reprises son intention de ne pas admettre sa défaite s’il est battu. Il pourrait déclencher des procédures contre le vote postal, en particulier dans les Etats où le dépouillement ne sera peut-être pas achevé demain, comme la Pennsylvanie, ou la Caroline du Nord, deux Etats clés. Dans un scénario noir, il pourrait même inciter des gouverneurs républicains, dans certains Etats, à invalider les résultats.

Dans l’autre sens, Joe Biden contesterait certainement un éventuel cri de victoire prématuré de Donald Trump au vu de résultats partiels sur des bureaux de vote qui sont favorables au Président actuel. On peut se retrouver avec des jours voire des semaines de contentieux. Date limite fixée par la Constitution : le 6 décembre. Tout le monde a encore en mémoire le comptage et recomptage en Floride en 2000 qui, à 537 voix près, avait coûté la victoire à Al Gore face à George Bush.

Le risque des affrontements dans la rue

Et puis il y a un deuxième risque : c’est la violence, presque le retour des fantômes de la guerre de Sécession. A l’extrême droite, les milices suprémacistes blanches, comme Oath Keepers ou Proud Boys, rejettent par avance une victoire de Biden. Elles semblent prêtes à prendre les armes. Les ventes d’armes, ces 4 derniers mois, ont fortement augmenté dans le pays.

De l’autre côté, le mouvement Black Lives Matter descendrait sans aucun doute dans la rue si Trump était reconduit. On peut donc se retrouver avec des affrontements incontrôlables. Et c’est pour ça que dans plusieurs centres-villes du pays, comme ici à Washington, tous les commerçants se sont barricadés en prévision du résultat.

Dans cette hypothèse, la démocratie américaine s’enfoncerait dans le chaos.

Un test pour la démocratie occidentale tout entière

Et toute la planète a les yeux rivés sur cette croisée des chemins; c’est pour ça que l’enjeu des élections d’aujourd’hui dépasse de beaucoup le seul avenir des États-Unis.

De deux choses l’une.

Soit l’exercice démocratique s’impose dans le calme, a fortiori avec une alternance de couleur politique, et alors le modèle démocratique occidental aura marqué des points. Il aura démontré sa capacité à surmonter le double défi posé par l’épidémie et par les dérives populistes d’un dirigeant comme Donald Trump.

Soit, passez-moi l’expression, ça part en vrille, et alors c’est l’inverse. La fragilité du modèle démocratique pluraliste apparait au grand jour.L’État de droit vacille, la légitimité du vote est remise en cause, la tentation de la dérive autoritaire est renforcée. Non seulement aux États-Unis, mais partout ailleurs. Avec la menace de violences à la clé.

Il y a donc beaucoup de choses en jeu, en ce jour de vote aux États-Unis.

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