La justice britannique a donc refusé d’extrader Julian Assange vers les États-Unis. Le fondateur controversé de Wikileaks est poursuivi par les Américains pour espionnage et il risque 175 ans de prison aux États-Unis. Cette décision est une victoire pour Assange, mais une victoire trompeuse. C’est le monde d'après.

La joie des partisans d'Assange devant le tribunal après la décision de refus d'extradition vers les Etats-Unis
La joie des partisans d'Assange devant le tribunal après la décision de refus d'extradition vers les Etats-Unis © AFP / Tayfun Salci / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

La satisfaction et le soulagement sont perceptibles parmi les proches d’Assange. Pourtant il n’y a pas de quoi pavoiser pour les partisans de la transparence : l’extradition n’a pas été rejetée au nom de la défense de la liberté d’informer. C’est presque le contraire.

L’argument décisif qui a fait pencher la balance, c’est l’état de santé d’Assange : il va mal, il est dépressif, sous traitement médicamenteux lourd. Et les médecins considèrent, je cite, qu’il présente :

les symptômes d’une exposition prolongée à la torture psychologique.

S’il était extradé vers les États-Unis, il serait incarcéré dans une prison dite « supermax », de très haute sécurité. Et selon la juge britannique, les États-Unis n’ont pas fait la démonstration qu’ils pourraient alors empêcher Assange de se suicider.

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C’est un argument régulièrement utilisé par la justice à Londres : refus d’extrader pour risque de mauvais traitements dans le pays de destination. Il a été invoqué, par exemple, pendant plusieurs années, pour ne pas extrader vers la France, Rachid Ramda, l’un des auteurs des attentats de 1995.  

Soit dit en passant, dans le cas d’Assange, cet argument est douteux, parce que le détenu australien n’est pas bien traité non plus en Angleterre. La prison de Belmarsh, où il est incarcéré près de Londres, n’a rien d’un hôtel trois étoiles : c’est un établissement pour terroristes, 23h en cellule par jour, seulement 45 minutes de visite autorisée par mois. 

Une défaite pour la logique de Wikileaks

Et ce n’est donc pas une décision sur le fond de l’affaire, à savoir l’intérêt public des informations dévoilées par Assange. Ça va même plus loin. Sur le fond, la juge britannique donne tort à Assange et plutôt raison aux États-Unis. Dans son argumentaire qui fait 132 pages (il est public), la magistrate, Vanessa Baraitser, commence par démonter tous les arguments des avocats d’Assange sur le droit à l’information.

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Pour elle, en diffusant, à partir de 2009, près de 700 000 documents déclassifiés sur les activités militaires et diplomatiques américaines, Julian Assange est allé bien au-delà de l’activité d’information d’un journaliste. Et il y a matière à ce qu’il soit poursuivi pour vol, piratage et mise en danger de certaines personnes.

La juge ne fait aucune référence à la liberté d’informer et elle estime qu’Assange ne court pas le risque d’un procès inéquitable aux États-Unis. Alors même, rappelons-le, que l’ancien directeur du FBI, James Comey avait suggéré, dans un échange avec Donald Trump à propos d’Assange, de 

mettre une tête sur une pique.

Bref, sur le fond, la liberté d’informer, c’est plutôt une défaite pour le fondateur de Wikileaks.

Un symbole au-delà de l'individu Assange

En même temps, il faut bien dire que la démarche d’Assange est discutable et controversée. Et Assange n’est pas spécialement sympathique. C’est un personnage curieux, un militant radical, partisan de la transparence à l’extrême. Un temps accusé de viols en Suède, les poursuites ont été abandonnées. Et il est soupçonné de liens avec le régime de Poutine.

Mais il n’empêche, sans lui, plusieurs informations n’auraient jamais été dévoilées : 

  • Des crimes de guerre américains en Afghanistan, qui ont conduit à l’ouverture d’une enquête de la Cour pénale internationale ; 
  • Une énorme bavure sur des civils en Irak en 2007 ; 
  • Un dispositif d’écoute de plusieurs dirigeants européens par les États-Unis, etc.

Il est quand même difficile de soutenir que de telles informations ne sont pas d’intérêt public. En démocratie, les gouvernements doivent rendre des comptes. Quant à l’accusation portée contre Assange d’avoir mis en danger des informateurs des services américains en dévoilant leurs noms, elle n’a jamais été étayée de faits précis.

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Le gouvernement américain donne surtout l’impression de vouloir dissuader tous ceux qui ont envie de fouiller dans ses poubelles. Faire pression sur les journalistes et sur leurs sources. Un classique.

Donc Assange n’attire peut-être pas la sympathie. Mais peu importe. Ce qu’il incarne le dépasse. Ce soir, le Mexique annonce son intention de lui offrir l’asile politique.

Mais le plus simple serait que Joe Biden abandonne les poursuites contre lui. Le nouveau Président américain se grandirait à laisser Assange tranquille.

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