Le Brexit démarre mal. Les bisbilles se multiplient entre Britanniques et Européens. Dernière en date : la décision de Londres de reporter de 6 mois les contrôles douaniers entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne, en contradiction avec l’accord. Et ce n'est sans doute qu'un début. C'est le monde d'après.

Boris Johnson le 4 mars en déplacement sur le port de Teesport près de Middlesborough
Boris Johnson le 4 mars en déplacement sur le port de Teesport près de Middlesborough © AFP / Ville/Pays Middlesbrough, Royaume-Uni Crédit Scott Heppell / POOL / AFP

Et un de plus ! Ce dernier accroc est révélateur : les relations entre l’île et le continent vont devenir turbulentes.

En reportant de 6 mois l’instauration de ces contrôles douaniers, qui devaient entrer en vigueur fin mars, Londres est en contradiction flagrante avec le traité. Les Britanniques ont beau avancer des raisons logistiques (« les entreprises ont besoin de plus de temps pour s’adapter »), le fait est là : la parole donnée est bafouée. Les Européens crient à la mauvaise foi, d’autant plus que Londres a procédé sans crier gare, de façon unilatérale, alors que des discussions étaient en cours sur le sujet.

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Et ce n’est pas la première mauvaise manière faite par le gouvernement de Boris Johnson. On peut y ajouter :

  • Le refus britannique de donner rang d’ambassadeur au représentant de l’Union Européenne à Londres (une claque symbolique) ; 
  • Le doute persistant sur le fait qu’Astra Zeneca a privilégié le Royaume Uni sur l’Europe dans la livraison de son vaccin. Résultat : 20 millions de Britanniques vaccinés à ce jour, 3 millions de Français.
  • Et la multiplication des tracasseries administratives aux frontières ; de nombreux entrepreneurs s’en plaignent dans les deux sens.

Ça commence à faire beaucoup : ce nouveau chapitre de la relation entre l’Europe et le Royaume Uni démarre sous un mauvais karma !

La menace croissante du dumping 

La logique voudrait que ça continue et même que ça se détériore. Pour des tas de raisons.

La première c’est que Boris Johnson a une obsession : pouvoir affirmer que le Brexit a permis au Royaume-Uni de retrouver sa grandeur et son autonomie. Tout acte de défiance vis-à-vis de l’Europe est donc un étendard électoral.

La deuxième raison, c’est que brûler le torchon avec le continent, c’est le meilleur moyen de détourner l’attention d’un bilan de lutte contre le virus qui reste catastrophique : 125.000 morts, 50% de plus de décès que la France, 2 fois plus que l’Allemagne. La vaccination va peut-être changer la donne, mais pour l’instant le bilan est piteux.

Troisième raison, la plus importante : la situation économique du pays est mauvaise, le produit intérieur brut est en fort recul, sous le double impact de la pandémie et des premières conséquences du Brexit sur les exportations ou l’immobilier. Pour redresser la barre, la meilleure option reste le dumping commercial : casser les prix sur les médicaments, l’informatique, les OGM, la recherche. Cette fameuse dérégulation à nos portes interdite par le traité. Attendez-vous à ce que le dumping, devant la porte fermée, revienne par la fenêtre.

Enfin dernière raison, Boris Johnson va chercher à sauver l’unité menacée du Royaume-Uni : les tensions liées au Brexit sont vives en Écosse et en Irlande du Nord. La mesure annoncée hier en est une conséquence : les unionistes nord-irlandais, fidèles à la Couronne, ne veulent pas de contrôles douaniers entre eux et la Grande Bretagne. Pour cimenter le pays, Londres va taper sur l’Europe et a fortiori sur la France. « Always blame the French ». Ce vieil adage est une valeur sûre de la politique britannique.

Des intérêts communs sur la défense et la sécurité

Donc on va, sinon à l’affrontement, en tous cas vers des relations tendues voire très tendues, et pour un moment. 

Le drame c’est qu’il y a pourtant nécessité à s’entendre entre Britanniques et Européens. D’abord pour contrer les menaces commerciales chinoises, les menaces sécuritaires russes et la menace nucléaire iranienne. Ensuite pour collaborer sur les questions de défense, de lutte contre le terrorisme, de protection des données privées. Pour travailler ensemble sur les projets liés au climat et l’environnement : la COP 26 prévue en novembre à Glasgow en Ecosse, s’annonce comme la croisée des chemins sur le sujet.

Et puis bien sûr parce que les économies européenne et britannique sont tellement imbriquées qu’une bataille rangée n’apporterait rien de bon. Continuer, malgré le Brexit, à se tenir côte à côte sur plusieurs dossiers clés pour être plus puissants face aux géants chinois et américain. C’est ça le bon sens.

Mais le bon sens n’a pas sa place dans l’aveuglement qui prévaut à court terme. Donc on est peut-être parti pour 20 ans de bisbilles. Le temps d’une génération. Voire plus.

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