Chaque année depuis des décennies en Afghanistan, le printemps rime avec " offensive des talibans". Alors que les Etats-Unis ont promis qu'ils retireraient leurs 25000 soldats le 1er mai prochain, les talibans savent que ces semaines seront décisives pour obtenir le maximum de gains.

Le 31 mars, à Jalalabad, trois femmes participant à des campagnes de vaccination contre la polio ont été abattues par des "tireurs inconnus".
Le 31 mars, à Jalalabad, trois femmes participant à des campagnes de vaccination contre la polio ont été abattues par des "tireurs inconnus". © AFP / NOORULLAH SHIRZADA

Depuis des décennies en Afghanistan, chaque année, chaque printemps rime avec " offensive des talibans". Le moment où les glaces de l'hiver qui paralysent le pays fondent, et où les talibans quittent leurs bases pour lancer de grandes attaques pour reconquérir l'Afghanistan.

C'est pour déloger pourtant les talibans que les Etats-Unis sont entrés en guerre il y a vingt ans. Le plus long conflit de leur histoire. 20 ans d'un gouffre financier - le coût de la guerre est estimé à plus de 1000 milliards de dollars aux Etats-Unis, de coût humain accablant : 2400 soldats américains. Et pour quel résultat : des dizaines de milliers de civils afghans qui continuent à mourir dans les attaques, un pays détruit, exsangue, une violence sans fin, des talibans sur le point de reprendre le contrôle du pays...  

Sortir du bourbier

Un fiasco dont Donald Trump avait promis de sortir les Etats-Unis. Une promesse de mandat qu'il n'a pas réussir à tenir, malgré sa volonté d'y parvenir coûte que coûte... au détriment de l'éthique internationale, en passant un accord - sur le dos des autorités afghanes, directement avec les talibans, en janvier 2020.

Il prévoit le retrait de tous les soldats américains d'ici le 1er mai prochain, en échange de garanties sécuritaires et de l'ouverture de négociations directes inédites entre les insurgés et les autorités de Kaboul. Il ne reste plus que 2.500 soldats américains en Afghanistan, où Washington avait lancé son intervention dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.  Au terme de l'accord, les talibans s'engageaient à ne plus attaquer les intérêts américains, et rompre tout lien ou soutien avec Al Qaeda. L'accord prévoit également des efforts pour la levée des sanctions de l'ONU, la libération de prisonniers, la limitation de certains types d'opérations militaires, dont l'usage de drones ou de frappes aériennes par les Etats Unis. Des formulations aux contours flous, qui n'ont pas empêché une résurgence progressive des violences : ces trois femmes, qui participaient à une campagne de vaccination contre la polio, abattues par des tireurs le 31 mars. Ces bombes qui explosent à des checkpoints le 1er avril dans le gouvernorat d'Hérat…

Et le temps s'accélère. Le compte-à-rebours d'un retrait des soldats américains le 1er mai 2021 s'est enclenché sans que rien ne soit prêt. Pour Joe Biden en début de mandat, ce n'est pas simple. Comment quitter l'Afghanistan sans en retirer le moindre point positif, la moindre avancée, sans perdre totalement la face? Sans perdre les rares avancées  - toutes relatives - en terme de droits des femmes, par exemple?  Selon le New York Times, qui y consacre une analyse, les Etats-Unis voudraient _a minima_obtenir une baisse sensible du niveau de violence. Or les talibans n'ignorent pas que la violence est leur pouvoir de nuisance et le plus efficace de leurs leviers d'action. 

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Hésitations américaines

Joe Biden tergiverse. Il y a deux semaines, lors de la première conférence de presse de son mandat, le nouveau président américain précisait que les Etats-Unis n'avaient pas l'intention de rester "longtemps" en Afghanistan mais qu'il serait difficile de tenir l'échéance d'un retrait des troupes américaines au 1er mai. "Ce n'est pas mon intention de rester là-bas longtemps", a-t-il assuré, tout en insistant sur le fait qu'"il serait dur de tenir l'échéance du 1er mai pour des raisons stratégiques".  Personne n'imagine bien comment les Etats Unis pourraient avoir plié bagage dans moins de 3 semaines. Personne n'imagine non plus que la paix sera revenue en Afghanistan d'ici là.

Et  l'OTAN s'en mêle. Car, comme le rappelle Le Monde,  si les américains s'en vont, c'est tout l'engagement militaire occidental en Afghanistan qui s'écroule car outre les soldats américains, qui sont majoritaires au sein de la coalition, Washington a la main sur la logistique, le renseignement, l'espace aérien, les liens politiques avec les afghans. Si les soldats américains s'en vont, les autres forces armées, à commencer par les allemands, contributeurs importants, se retrouveraient dans une vulnérabilité intense.

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Triste bilan de ce bourbier afghans où les talibans donnent une fois de plus le sentiment d'avoir la main, de dicter leur tempo, leurs conditions. Ce que redoutent et pressentent les civils afghans, est bien qu'une fois de plus ce printemps qui arrive ne soit pas celui des colombes, mais plutôt celui des bombes.  Un éternel recommencement, celui d'une terreur sans fin.

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