Au Venezuela, le parti du président Maduro reprend le contrôle du Parlement qui lui échappait depuis 2 ans. Son rival, et président autoproclamé Juan Guaido, semble avoir perdu la partie, alors que les Occidentaux avaient misé sur lui. Mais on ne renverse pas si facilement un régime autoritaire. C'est le monde d'après.

Des partisans de Nicolas Maduro brandissent des pancartes à l'effigie de son prédécesseur Hugo Chavez lors de l'inaguration de la nouvelle Assemblée
Des partisans de Nicolas Maduro brandissent des pancartes à l'effigie de son prédécesseur Hugo Chavez lors de l'inaguration de la nouvelle Assemblée © AFP / Pedro Rances Mattey / AFP

Il faut revenir deux ans en arrière pour mesurer le contraste.

En janvier 2019, donc, souvenez-vous : Juan Guaido, porté par une majorité de députés, s’autoproclame président légitime du Venezuela. L’homme est jeune, 35 ans, charismatique, modéré. Sa popularité est forte. Il incarne un véritable espoir démocratique face à la dérive autoritariste du régime de Nicolas Maduro, héritier contesté du marxiste Hugo Chavez.

Aussitôt, Washington soutient Guaido. Et plusieurs capitales européennes, notamment Paris, lui emboitent le pas ; au total 59 capitales vont reconnaitre Guaido comme le président légitime. Certains pensent alors que les jours du régime de Maduro sont comptés. 

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Deux ans plus tard, non seulement Maduro est toujours là. Mais Guaido n’est plus très loin de disparaître du paysage. Cet après-midi, à Caracas, le parti de Maduro a donc repris le contrôle du Parlement qui lui échappait depuis deux ans : avec 256 députés sur 277 !

Alors bien sûr tout ça, c’est la conséquence d’un scrutin, le mois dernier, qui était une parodie électorale : boycott de l’opposition, absence d’observateurs internationaux. Mais la manœuvre a réussi : il y a une nouvelle Assemblée, maîtrisée par le pouvoir en place. Et Juan Guaido n’a pas pu l’empêcher. Il a bien essayé d’organiser un « « contre référendum » via Internet, mais ça n’a pas vraiment marché. Il a perdu la main.

Un soutien indéfectible de l'armée

Ca veut dire qu’en misant sur Guaido, les Occidentaux ont fait une erreur d’analyse, une mauvaise analyse du rapport de force et d’abord une sous-évaluation des soutiens de Maduro. Des soutiens qui demeurent de taille.

A l’intérieur du pays, c’est l’armée. Depuis que Maduro a succédé à Chavez, le régime s’est militarisé, avec un homme clé, Diosdado Cabello. L’armée, un peu comme en Égypte, contrôle non seulement les principaux postes politiques (les ministères, les gouvernorats), mais aussi les principaux secteurs économiques : les ports, la distribution alimentaire. Le régime vénézuélien est devenu une kleptocratie où la corruption règne. On est loin de l’esprit populaire du Chavez des débuts. Mais le résultat est là : l’armée n’a aucun intérêt à lâcher Maduro.

A l’extérieur du pays ensuite, le régime est soutenu par de puissants parrains : Cuba, la Turquie, la Chine, et surtout la Russie. Le pouvoir russe a de nombreux intérêts à Caracas

  • Militaire : c’est le 1er fournisseur d’armes du pays ; 
  • Financier : la compagnie russe Rosneft est omniprésente dans le secteur pétrolier ; 
  • Géopolitique : vu de Moscou, le Venezuela est un domino qui permet à l’Amérique du Sud ne pas basculer dans le camp de Washington.

Tout ça fait beaucoup dans la balance.

Un axe Pékin Moscou

Et en face, Guaido n’a pas fait le poids ! C’est l’inverse : le poids de ses soutiens a été surestimé.

A l’intérieur du pays, son image s’est érodée, d’autant que l’opposition est divisée. Elle regroupe un patchwork hétéroclite, des sociaux-démocrates jusqu’aux ultralibéraux inféodés à Washington. Du coup, de nombreux Vénézuéliens ont cessé de croire dans la solution Guaido. Parce que pendant ce temps le peuple vénézuélien paie la facture. Inflation délirante (4000% par an), coupures de gaz et d’électricité, pénuries d’essence (dans un pays producteur de pétrole). Près de 5 millions de personnes ont choisi l’exil.

A l’extérieur du pays, même revers pour Guaido. Les États-Unis de Trump ne sont pas allés au bout de leur soutien : tant mieux d’ailleurs sans doute, parce qu’une action militaire, un temps envisagée, aurait fait de gros dégâts.

Et les Européens, pas totalement unis sur le sujet, n’ont pas exercé une pression diplomatique maximale ; et ils n’ont pas vraiment soutenu non plus la médiation initiée par la Norvège.

On se résume. Il y a deux enseignements dans cette leçon de realpolitik.

  1. Il ne faut jamais sous-estimer la capacité d’un potentat à jouer sur le temps long. On l’a vu avec Assad en Syrie, on le voit avec Maduro au Venezuela. On le verra peut-être demain avec Loukachenko en Biélorussie.

  2. Face à un axe Chine-Russie, les Occidentaux, aujourd'hui, ne font pas nécessairement le poids, entre des Etats-Unis en pleine logique de désengagement depuis 4 ans et des Européens qui n’ont toujours pas de politique étrangère commune.

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