Le résultat de la présidentielle américaine reste donc encore incertain. Les décomptes se poursuivent dans plusieurs États clé. Une victoire de Joe Biden semble plus probable qu’hier. Mais même dans ce cas, Trump a d’ores et déjà changé le monde, bien au-delà des États-Unis. C’est le « monde d'après".

Des partisans de Donald Trump manifestent en Pennsylvanie contre les dépouillements tardifs des votes
Des partisans de Donald Trump manifestent en Pennsylvanie contre les dépouillements tardifs des votes © AFP / Kena Betancur / AFP

Pour le résumer en une formule simple, comme on dit dans Harry Potter : forfait accompli. Il faudrait inventer un verbe : Trumpiser.  En 4 ans, Trump a « trumpisé » le monde. A de nombreux égards.

D’abord, et c’est sans doute le plus important : la frontière entre le vrai et le faux s’est effacée. On en a l’illustration absolue avec cette histoire de proclamation des résultats. Pour Trump, le décompte des votes doit s’arrêter uniquement s’il est en tête. C’est ça le vrai. Si le décompte final lui est défavorable, c’est forcément un mensonge.

Et un grand nombre de ses partisans le croient. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a plus de consensus sur l’établissement des faits et de la vérité. Que les bureaux de vote opèrent un décompte méticuleux et proclament un résultat factuel n’a pas de valeur, si le résultat ne vous convient pas. Que les grands médias américains prennent acte d’un résultat factuel et le vérifient ne compte pas non plus : l’électorat Trump ne leur fait plus confiance. Une grande partie de cet électorat ne croit plus que dans la parole du chef sur les réseaux sociaux, et dans les théories du complot propagées par plusieurs mouvements notamment QAnon.

Il n’y a plus de vérité admise et on retrouve cette évolution dans une partie des électorats européens qui ne font plus aucune confiance ni dans les gouvernants ni dans les médias. 

La mort du compromis

Et c’est comme ça évidemment qu’on se retrouve avec des pays polarisés, très divisé: là aussi, cette évolution du monde dépasse de beaucoup les États-Unis.

La stratégie de Trump, c’est de plaire uniquement à son camp. Et de dresser les gens les uns contre les autres. Ça se traduit par une extrême agressivité via les réseaux sociaux. Et on peut craindre qu’à un moment donné ça ne se transforme en violence dans les rues. Le résultat, c’est la haine. La haine entre les gens. Irréconciliables. Jusque parfois à l’intérieur d’une même famille. Celui dont l’avis diverge du vôtre est vu comme un ennemi. Un menteur. Ça s’appelle l’intolérance.

Et par effet en chaine, presque par mimétisme, c’est à l’œuvre dans la stratégie d’autres leaders populistes, regardons la Pologne, la Hongrie, l’extrême droite italienne. Ou plus loin de chez nous l’Inde ou les Philippines. Ce refus de tout dialogue, on le retrouve aussi dans plusieurs contestations sociales, comme les Gilets Jaunes en France. Le sentiment d’injustice y prévaut et alimente tout refus du compromis. C’est extrêmement destructeur.

Les tribunaux outils de division

Il y aussi un lien avec la judiciarisation en cours du processus électoral, la multiplication des contentieux sur le dépouillement des votes, initiés par le camp Trump. Ne nous y trompons pas. Le but est de conserver le pouvoir. C’est un intérêt personnel. Mais dans le système judiciaire américain, ça conduit mécaniquement à regarder l’autre comme un accusé, présumé coupable. Un ennemi qui a truqué le vote. Il faut le condamner. Là encore, la division.

Sur la judiciarisation, l’Europe reste pour l’instant un peu plus préservée. Parce que la justice est peut-être plus indépendante, parce qu’aussi nos systèmes de vote sont moins complexes. Mais rien ne dit qu’à l’avenir nous soyons à l’abri de ces contentieux électoraux à l’américaine qui alimentent la radicalisation : « Trumpisation » du monde là encore.

Un monde sans leadership des États-Unis

Ca s’applique aussi aux relations internationales.

Que nous laisse ce mandat de Trump ? La fin du multilatéralisme. Il était déjà mal en point avant, il est presque enterré. Donald Trump a multiplié les décisions unilatérales, sur le climat, sur le nucléaire iranien. Il a donc légitimé tous ceux qui ont la tentation d’agir ainsi, et ça ne manque pas. La Russie par exemple. Il n’est absolument pas certain qu’avec une éventuelle présidence Biden, les États-Unis renoncent à ce retrait unilatéral. Sur la Chine, même sur l’Europe, le durcissement des États-Unis est enclenché ; la marche arrière n’est pas assurée. Là encore, Trumpisation du monde.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Enfin, dernier constat : le sentiment d’un déclin des Etats-Unis. Plusieurs leaders étrangers, par exemple l’Iranien Khamenei, ironisent aujourd’hui, via Twitter, sur cette démocratie américaine qui semble fonctionner si mal.

L’image des États-Unis est sérieusement endommagée. Le retrait américain des affaires internationales est saisissant. La Trumpisation du monde, c’est aussi ça : nous sommes entrés dans un nouveau monde, où les États-Unis ne sont plus au poste de pilotage.

Contact