Le dossier du nucléaire iranien est de retour. Avec la reprise des discussions, enfin, à Vienne en Autriche. Français, Britanniques, Allemands se retrouvent dans une position clé entre les Iraniens et les Américains. Un rôle de médiation difficile mais aussi une formidable opportunité. C'est le monde d'après.

Le ministre iranien des affaires étrangères Javad Zarif fin février dernier à Téhéran
Le ministre iranien des affaires étrangères Javad Zarif fin février dernier à Téhéran © AFP / ATTA KENARE / AFP

Imaginez la scène. On se croirait dans une série de fiction, style House of Cards.  Ou un film sur les négociations secrètes pendant la Guerre Froide. Américains et Iraniens sont donc à Vienne pour négocier. A quelques mètres les uns des autres. Mais ils ne vont pas se voir. Pas pour l’instant en tout cas.

Après des semaines de préparation par visioconférence, la première réunion a eu lieu à 14h30 tout à l’heure dans le Grand Hôtel de Vienne. Avec la reconstitution formelle de la commission de suivi de l’accord sur le nucléaire iranien, également surnommé JCPOA ou Barjam. C’est la configuration que demandait Téhéran. 

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La réunion a acté le principe d’ouverture de négociations. A partir de là, les vraies discussions ont immédiatement commencé. Avec au moins deux groupes de travail qui vont recenser les demandes exactes des uns et des autres. Mais les Américains et les Iraniens ne veulent pas se parler directement. L’émissaire de Washington Robert Malley et le numéro 2 de la diplomatie iranienne Abbas Ararghchi ne sont donc pas dans la même pièce, pas davantage dans le même hôtel.  Les intermédiaires vont donc en permanence faire la navette, au sens premier du terme, entre les uns et les autres.

Et les intermédiaires c’est qui ? Un peu les Russes et les Chinois, et surtout le groupe européen E3, Britanniques, Allemands et Français. Avec des diplomates français au cœur du dispositif, selon plusieurs témoignages. De la médiation diplomatique par excellence

La navette entre chambres d'hôtels

Mais ce n’est pas un cadeau, c'est le moins qu’on puisse dire. Ça s’annonce très compliqué. 

Sur la forme, parce que les Iraniens et les Américains jouent à « je te tiens, tu me tiens par la barbichette ». Personne ne veut céder le premier, question de fierté. Pour Téhéran, le préalable, c’est la levée des sanctions économiques américaines, puisque les Etats-Unis sont responsables de la situation après être sortis unilatéralement de l’accord sur le nucléaire. Pour Washington, pas question de faire un geste sans que l’Iran cesse son enrichissement de l’uranium à 20% puisque les Iraniens ont profité des derniers mois pour outrepasser largement leurs obligations contenues dans l’accord.

Des deux côtés, on tient des positions fermes, d’autant plus fermes qu’on est aussi tenu par des enjeux de politique intérieure. Aux Etats-Unis, Joe Biden a besoin de l’appui du Congrès, et les parlementaires américains sont très dubitatifs sur la bonne volonté iranienne : ils veulent des engagements sur la limitation du programme balistique classique de Téhéran. En Iran, les conservateurs ont le vent en poupe, ils contrôlent là aussi au Parlement, ils estiment que l’Iran s’est fait rouler avec cet accord. Et l’idée de se doter de l’arme nucléaire fait son chemin.

En plus il y a un compte à rebours : chaque jour qui passe rend un peu plus irréversible l’acquisition par Téhéran d’une technologie nucléaire militaire. Et nous rapproche d’élections présidentielles à haut risque en Iran, le 18 juin prochain

Un compte à rebours dangereux

Comment s'en sortir pour les diplomates européens ?

D’abord en se comportant comme des « courtiers honnêtes ». C’est une formule anglaise connue en diplomatie : honest broker. Un intermédiaire qui écoute les deux parties et ne cherche à favoriser personne. C’est ce qu’avaient réussi les Etats-Unis il y a 30 ans lors des négociations israélo-palestiniennes. C’est en ce sens qu’il faut lire le message envoyé publiquement, sur Twitter, par le chef de la diplomatie iranienne Javad Zarif à son homologue français Jean-Yves le Drian : « Je demande instamment à la France d’adopter à Vienne une attitude constructive ». Sous-entendu : soyez impartiaux, ne favorisez pas les Etats-Unis.

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Les groupes de travail vont devoir identifier les concessions possibles des uns et des autres. Et imaginer un calendrier. Quel geste iranien en face de quel geste américain ? On peut imaginer par exemple que les Etats-Unis acceptent à nouveau la mise en place de transactions financières avec l’Iran pour les compagnies étrangères. Et en face un arrêt de l’enrichissement de l’uranium à 20%.

Les médiateurs européens et français vont devoir travailler aussi pour faire comprendre à leurs interlocuteurs que le ratio bénéfices / risques est positif, pour l’économie iranienne ravagée par le chômage et l’inflation d’un côté, pour la sécurité de toute la région de l’autre.

C’est difficile, oui. Mais c’est aussi une occasion extraordinaire. Au moment où la diplomatie européenne peine à s’affirmer, par manque d’unité, sur les vaccins, la Chine ou la Russie, elle tient avec le nucléaire iranien une opportunité unique de s’imposer comme un faiseur de paix. Ça vaut le coup de se montrer énergiques et créatifs.

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