Aux États-Unis, la certification par le Congrès de la victoire de Joe Biden est imminente, malgré l’obstruction du camp Trump. Le président américain sortant va rester comme étant l’homme qui a généralisé la désinformation. Et ça ne va pas s’arrêter avec son départ, ça nous concerne tous. C’est le « monde d’après ».

Un partisan de Trump, avec une pancarte dénonçant la prétendue fraude électorale s'apprête à manifester devant le Capitole le 6 novembre
Un partisan de Trump, avec une pancarte dénonçant la prétendue fraude électorale s'apprête à manifester devant le Capitole le 6 novembre © AFP / https://twitter.com/franceinfo/status/1346867249878085632

On ne va pas jouer les naïfs : le mensonge a toujours existé en politique. Mais avec Trump, il a pris des proportions sans précédent : le président sortant a créé un véritable écosystème de « faits alternatifs ». En réalité, une batterie de mensonges purs et simples.

Et cette logique a atteint son paroxysme depuis deux mois et la contestation des résultats du scrutin du 3 novembre. Faut-il le rappeler, Joe Biden l’a emporté largement, très largement. Mais Trump continue de dire qu’il a gagné, que l’élection lui a été volée. Il a intenté ou initié plus de 60 procédures devant la justice. Toutes ont échoué. Toutes. 

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Par le biais des réseaux sociaux, avec l’appui des sites complotistes et suprémacistes d’extrême droite comme Gab ou Parler, il a affirmé que le vote a été truqué en Georgie, en Arizona, en Pennsylvanie, ou que des machines électorales informatisées ont été programmées pour le faire perdre. Autant de mensonges. Zéro preuve. Zéro.

Et pourtant entre les 2/3 et les ¾ de son électorat persistent à croire qu’il y a eu fraude. C’est en cela qu’un cap a été franchi : le désaccord ne porte plus sur l’interprétation des faits comme c’est normalement le cas en démocratie. Il porte sur les faits eux-mêmes. Il n’y a plus de vérité partagée, donc plus de base de discussion possible. On n'a pas fini d'évaluer les séquelles.

La désinformation nous pend au nez ici aussi

On aimerait bien que ce soit un problème uniquement américain. Se rassurer en se disant que Trump est un accident, un Ovni et que les États-Unis sont un pays à part, parce que la défiance contre l’État central y est forte, parce que l’électorat évangélique acquis au « messie Trump » y est puissant. Tout ça est en partie vrai.

Mais la logique de la désinformation est déjà à l’œuvre presque partout ailleurs

  • Au Brésil, où le président Bolsonaro refuse le vaccin qui, dit-il, va « transformer les femmes en crocodiles ».
  • En Inde, où le pouvoir de Narendra Modi accuse les musulmans de tous les maux. 
  • En Hongrie, où Viktor Orban voit dans l’immigration un complot international juif. En Pologne, aux Philippines. 
  • Et même en Europe Occidentale, où certains dirigeants politiques avancent des chiffres totalement fantaisistes sur l’épidémie de Covid.

Comme aux États-Unis, le virus favorise le conspirationnisme. Comme aux États-Unis, les réseaux d’extrême droite créent des « faits alternatifs », on le voit avec le mouvement QAnon qui perce aussi en Europe. Comme aux États-Unis, la défiance contre les médias est forte dans une partie de la population. Ce n’est donc pas un problème uniquement américain. 

La contestation de la vérité, voire des résultats électoraux, nous pend au nez ici aussi, même dans des démocraties installées comme l’Allemagne ou la France. Il faut s’y préparer, avec des élections prévues respectivement dans 9 mois et dans 1 an et demi.

La fragilité des démocraties

Il y en a quelques solutions, et là aussi il faut regarder attentivement ce qui vient de se passer aux Etats-Unis.

Les réseaux sociaux ont commencé à réagir : Twitter a épinglé des centaines de milliers de tweets mensongers, Facebook a fermé certaines pages. C’est plus timoré du côté de Google et de YouTube. Les médias traditionnels ont musclé leur jeu. Ils ne laissent plus rien passer, vérifient et contredisent en permanence et de façon très rapide tous les mensonges de Trump. Mais ça ne suffit pas.

La parade passe aussi par l’éducation à l’image, dès le plus jeune âge, sachant que les moyens de manipulation de la vidéo ne cessent de se perfectionner. C’est ce qu’on appelle le deep fake. Et puis, le personnel politique a de toutes façons une part de responsabilité. C’est à lui, en conscience, de faire son choix. De propager ou pas de fausses informations. De propager ou pas les théories complotistes, ces théories qui non content de désigner des bouc-émissaires, prétendent qu’un homme fort résoudra tout dans un monde complexe.

Donc ne nous y trompons pas, Trump n’est pas un accident de l’Histoire, un petit épisode que l’on peut oublier. Ce qui s’est passé depuis 4 ans et plus encore depuis deux mois aux États-Unis, doit nous servir d’avertissement : la désinformation généralisée ne fait que commencer

Dans les régimes autoritaires, ce n’est pas un problème : le contrôle de l’information est la règle. Mais les démocraties, elles, sont fragiles face à cette mécanique de destruction des faits.

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