La tension a été forte toute la journée autour de l’ile anglo-normande de Jersey. Quelque 60 bateaux de pêche, mécontents des nouvelles règles imposées par Londres suite au Brexit, ont bloqué l’île. Des bateaux militaires ont même été déployés des deux côtés. Et c'est un peu ridicule. C’est le monde d'après.

Quelque 60 pêcheurs français ont bloqué le port de Jersey une partie de la journée
Quelque 60 pêcheurs français ont bloqué le port de Jersey une partie de la journée © AFP / Sameer Al-DOUMY / AFP

Une vraie partie de bataille navale pour les enfants. Vous savez, D2 / raté ! Alors C3 / touché ! Etc.

En quelques heures, le ton est monté et aujourd’hui toute une partie de la journée, des pêcheurs français ont donc bloqué Jersey avant de se replier sur les côtes françaises dans l’après-midi. Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est la décision britannique d’imposer de nouvelles contraintes pour l’accès aux zones poissonneuses autour de l’île. Non seulement les chalutiers français doivent apporter la preuve qu’ils y pêchaient avant 2016 (et ils ne disposent pas tous du système de tracking maritime qui permet de le démontrer). Mais en plus leurs dates et leurs zones de pêche autorisées sont restreintes. Résultat : 344 bateaux français avaient déposé une demande. Seulement 41 ont obtenu le feu vert.

Et à partir de là, c’est monté en vrille. Devant la menace du blocus des pêcheurs français, Londres a dépêché sur place hier soir deux patrouilleurs militaires, le Severn et le Tamar. Paris a rétorqué sur le même ton : deux patrouilleurs aussi, l’Athos et le Thémis. Et pour faire bonne dose, a ajouté une menace : couper l’électricité à Jersey. L’alimentation sur l’île dépend à 95% d’EDF. Alors certes il n’y a pas eu d’affrontements directs jusqu’à présent, mais on se demande jusqu’où ça va aller comme ça. C’est quoi la suite ? Un sous-marin nucléaire ? Un porte-avions ? La guerre des étoiles ?

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Pour les quelques milliers de marins pêcheurs concernés, c’est bien sûr une question de survie économique. Mais ce n’est pas leur faire offense que de l’affirmer : ça ne mérite pas de déclencher une nouvelle bataille d’Azincourt.

Le énième remake du vieux film franco-anglais

Pourquoi ça monte comme le lait sur le feu ? Parce que Français et Britanniques adorent rejouer ce film, comme un remake à l’infini. Une habitude. La bataille navale. 

Côté britannique, c’est un réflexe. Always blame the French. Toujours accuser les Français. Et ça marche à tous les coups avec une presse tabloïd dont c’est le fond de commerce. « On est prêts pour la guerre » écrivait ce matin le Daily Mail. Et l’un de ses éditorialistes de s’enflammer : 

« Macron se prend pour Napoléon, c’est un Poutine de supermarché du coin ».

Le thème #WarwithFrance fait un tabac sur Twitter Outre-Manche. Et Boris Johnson, qui est dans une mauvaise passe, en profite pour détourner l’attention, en plus un jour d’élections locales et régionales au Royaume-Uni. Quelle coïncidence. Précisons aussi que ça flatte son électorat : 92% des pêcheurs britanniques ont voté pour le Brexit.

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Mais ce n’est pas forcément mieux côté français. Rien de tel qu’un petit bras de fer avec Londres, notre meilleur ennemi, pour rappeler la grandeur de la France, pile au moment du Bicentenaire de la mort de Napoléon. On va juste essayer d’éviter Trafalgar. Et puis en France, tout ce qui touche à l’alimentation est un totem. C’est pour cette raison que toute manifestation de pêcheurs ou d’agriculteurs est surveillée avec la plus grande attention. Comme nous le disait il y a quelques semaines l’un des négociateurs du Brexit, la pêche c’est un petit sujet économique, mais c’est un gros sujet symbolique.

Des négociations plutôt que des effets de manche

Comment sortir de la bataille navale ? On en sort en négociant. En écoutant les arguments des autres.

Côté britannique, ça veut dire arrêter de sortir du chapeau des exigences nouvelles sur la pêche sans concertation préalable. Côté français, c’est comprendre que cette affaire est une réponse du berger à la bergère : depuis le Brexit, les pêcheurs britanniques ont beaucoup de mal à vendre leurs produits sur les marchés européens, parce que les tracasseries administratives se sont multipliées à leur encontre. Et puis l’Europe a imposé un embargo partiel sur les coquillages.

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Et ça nous renvoie au bon endroit : c’est à Bruxelles de discuter. Pas à Paris. Ce contentieux sur l’accès aux zones de pêche britanniques est un effet de bord des accords post Brexit. Signés entre Londres et Bruxelles. C’est donc à la Commission européenne d’agir. Et s’il y a un flou dans les accords, c’est à la Commission de le résoudre. En sachant que, pour ne rien arranger, Européens et Britanniques ne sont toujours pas parvenus à s’entendre sur leurs quotas de pêche respectifs pour l’année en cours. Donc rien d’étonnant à ce que ça dérape.

Il faut des négociations techniques, précises.  Sur les aiglefins, les cabillauds et les bulots. C’est austère, c’est moins sexy que de jouer à la bataille navale. Mais comme c’est la seule solution, on en arrivera sans doute là.

Et à la fin de la discussion, chacun revendiquera la victoire. Touché coulé. Ridicule.

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