Une semaine après Donald Trump et Joe Biden, leurs colistiers pour la vice-présidence, Mike Pence et Kamala Harris vont débattre à leur tour. ce 7 octobre à Salt Lake City, à 4 semaines du vote. Et ce débat est presque plus important, plus emblématique que l’affrontement Trump Biden. C’est le « monde d’après ».

Les deux colistiers Kamala Harris et Mike Pence seront face à face lors du débat des vice-présidents à Salt Lake City
Les deux colistiers Kamala Harris et Mike Pence seront face à face lors du débat des vice-présidents à Salt Lake City © AFP / SAUL LOEB, Olivier DOULIERY / AFP

D’abord, ce sera sans doute moins consternant que le premier face à face Trump Biden. Ça c’est pas difficile.

Et puis ce débat Pence Harris est important parce que la probabilité est forte, lors du prochain mandat, de voir l’un de ces deux colistiers accéder à la Maison Blanche. Vu que Trump, 74 ans, est malade du virus, et que Biden, 77 ans, admet lui-même ne pouvoir être davantage qu’un Président « de transition », vu son âge. Et surtout, cette alternative Pence / Harris est plus révélatrice des lignes de fracture de l’Amérique que le duel entre Trump le clown et Biden le fade.

Mike Pence et Kamala Harris, ce sont d’abord deux profils, deux vies privées très différentes. Pence, 61 ans, c’est l’homme blanc classique, d’origine irlandaise, élu de l’Indiana, incarnation de l’Amérique rurale et monocolore du Midwest. Austère aussi : il revendique ne pas boire d’alcool.

Harris, 55 ans, c’est l’Amérique multicolore et cosmopolite. Métisse, fille d’un Jamaïcain et d’une Indienne, elle revendique sa couleur de peau : « I was born Black, I will die Black ». Je suis née noire, je mourrai noire. Un petit côté Obama au féminin. C’est une urbaine, californienne, issue d’un milieu intellectuel, avec des parents séparés, elle-même en famille recomposée : les enfants de son mari la surnomment « Momala ». Bref, rien à voir.

La ligne de partage de la religion

Ensuite il y a la religion, et là le fossé entre les deux se creuse encore: c’est une ligne de fracture majeure.

Mike Pence porte sa religion comme un étendard. Il dit lui-même : 

« je suis chrétien, conservateur et républicain, dans cet ordre-là »

Donc chrétien avant tout. Et chrétien « born again ». Autrement dit, catholique au départ, converti au protestantisme évangélique. Il fréquente assidûment la « méga church » College Mark d’Indianapolis et sa foi le conduit sur les rivages du créationnisme et du climato scepticisme. Son militantisme évangélique le pousse aussi à soutenir fermement Israël, afin de favoriser le retour du Messie. Avec Mike Pence, Trump s’assure du soutien de ces évangéliques qui sont la 1ère famille religieuse du pays.

Kamala Harris, elle, est plutôt le produit du syncrétisme religieux. Elle a été élevée à la fois dans le christianisme et dans l’hindouisme. Son prénom, Kamala, signifie d’ailleurs « lotus » en sanskrit. Elle a finalement choisi d’être chrétienne baptiste mais elle se dit ouverte à toutes les sensibilités religieuses. Et elle est mariée avec un Juif, Douglas Emhoff. Je précise tout cela parce que l’appartenance religieuse et le communautarisme ont beaucoup de poids aux États-Unis.

Et donc là aussi, on le voit bien, deux Amériques très différentes.

Deux visions de la société sur l'avortement ou la santé

Ce positionnement religieux conduit aussi aux sujets de société.

Mike Pence est un produit de la droite conservatrice américaine, proche du mouvement New Christian Right et du Tea Party. Il est donc logiquement opposé au mariage pour tous et à l’avortement (dans l’Indiana, il en a fait limiter le champ d’application). C’est aussi un pur produit du parti républicain, élu consciencieux, travailleur, plus raisonnable que Trump sur le virus. Et sur la scène internationale, il est très opposé à l’Iran et au Venezuela de Maduro. En fait, Pence, beaucoup plus que Trump l’incontrôlable, incarne la ligne idéologique du parti Républicain. 

Kamala Harris mène des combats différents. En tant que procureur générale de Californie, elle s’est montrée ferme sur la loi, et stricte vis-à-vis de la communauté noire sur les questions de délinquance. Pas du goût de tout le monde dans l’aile gauche du parti démocrate. Mais elle a aussi défendu un programme de réinsertion des jeunes pour lutter contre la récidive. Et puis elle milite pour l’assurance santé universelle, contre la peine de mort, pour certaines taxes sur les institutions financières. 

Mike Pence et Kamala Harris incarnent donc, plus encore que Trump et Biden, deux visions différentes de l’Amérique. Et ils sont l’un et l’autre aux portes du pouvoir. A force d’être obnubilé par le show incessant sur les aventures de Donald, on finirait par en oublier l’essentiel : le choix de société qui attend les Etats-Unis.

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