Le compte à rebours est là : le 31 décembre au soir, le Royaume-Uni va vraiment sortir de l’Union Européenne. Et les négociations sur l’accord censé encadrer cette sortie sont dans l’impasse. Boris Johnson et Ursula von der Leyen en ont parlé cet après-midi. On va peut-être droit au No Deal. C'est le monde d'après.

Le  crépuscule du Brexit approche, au Parlement britannique à Londres, comme à Bruxelles
Le crépuscule du Brexit approche, au Parlement britannique à Londres, comme à Bruxelles © Sipa / Tolga Akmen / AFP

On aimerait bien être la petite souris ou le hacker téléphonique qui a pu écouter la conversation de cette fin d’après-midi entre Ursula Von der Leyen et Boris Johnson. Parce que franchement, là ça sent le roussi. Le divorce n’est pas loin d’être définitivement prononcé entre Londres et les Européens.

Les négociations semblent bloquées et plusieurs voix s’élèvent sur le mode : ce n’est pas la peine de chercher un accord à tout prix, une absence d’accord vaut mieux qu’un très mauvais accord.

Il y a officiellement trois points de blocage, mais tous ne sont pas d’égale importance. Le plus médiatisé, mais pas forcément le principal, c’est la pêche : l’accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques, très poissonneuses. Mais ce sujet ne concerne qu’une partie de la famille européenne, et surtout ça peut se régler par du compromis et des gros sous, des compensations.

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Ensuite, il y a le mécanisme de règlement des conflits en cas de désaccord futur. Pas simple, Londres refuse l’autorité de la Cour de justice européenne. Pas simple mais pas insurmontable non plus.

Non, le plus compliqué, ce sont les règles de concurrence. Dans le jargon de négociation, on appelle ça le « level playing field ». En gros : OK pas de droits de douane ou de quotas commerciaux pour les Britanniques mais à condition qu’ils respectent les règles sociales, environnementales, fiscales, sanitaires de l’Union. Et ça c’est hors de question pour Londres. Parce que cesser d’obéir à l’Europe, c’est le vrai motif du divorce.

Le rituel éculé de la partie de poker

Il est vrai qu'on est habitué aux effets de manche et aux numéros de claquette dans ces négociations, ça fait même partie du spectacle. C'est la dramatisation : « Il est Minuit moins Une », « Ça passe ou ça casse ».

C’est un rituel européen, que l’on négocie le Budget ou le Brexit. Ça se conclue généralement par un accord de dernière minute, qui permet à chaque gouvernement de dire à son opinion publique : vous voyez, je me suis battu comme un chien jusqu’au bout. C’est aussi devenu une habitude des négociateurs : on fait monter les enchères comme au poker. Et à la fin on fait des concessions. Les Européens sont habitués à cette façon de faire.

Sauf que là il y a un hic. En fait il y en a deux. Et de Un, cette méthode du poker ne marche pas vraiment avec les dirigeants populistes style Trump ou Johnson. Ils sont prisonniers de leur logiciel : pas de compromis, pas de concessions.

Et de deux, sur le Brexit, les positions sont très éloignées. Peut-être trop éloignées. La cause du divorce, répétons-le, c’est quoi ? C’est la volonté britannique, exprimée dans les urnes il y a 4 ans et demi, de sortir de l’Europe, de ne plus être soumis aux règles de l’Union. Pardon d’enfoncer cette porte ouverte mais c’est central : c’est pour cette raison que les Britanniques n’accepteront jamais de continuer à être soumis aux règles sociales, sanitaires ou environnementales de l’Union. Ils sont sortis précisément pour pouvoir être libres de faire du dumping à nos portes.

Brexit means Brexit

Donc en somme il est temps d’admettre qu’un divorce est un divorce. Comme disent les souverainistes britanniques, Brexit means Brexit. Le Brexit ça veut dire le Brexit. Nous avons divorcé de l’Europe. Ce n’est pas pour lui rester fidèle.

Le problème, évidemment, c’est qu’une absence d’accord va avoir des conséquences économiques en chaine. Mais là encore, un divorce est un divorce. Et tous les avocats spécialistes du droit de la famille vous le diront : un divorce appauvrit. Et bien c’est pareil.

Il faut se préparer désormais sérieusement à un appauvrissement. Les échanges entre le Royaume-Uni et l’Europe s’élèvent à près de 1000 milliards de dollars chaque année. La moitié de l’économie britannique dépend des échanges avec l’Union. Elle va donc souffrir.

Et côté européen, il en sera de même pour les pêcheurs français ou néerlandais, pour l’industrie automobile allemande, pour les transporteurs routiers en général et pour toute l’économie irlandaise. Il est grand temps que « les kits de survie économiques » prévus par l’Union Européenne soient envoyés à toutes les entreprises concernées.

Et le plus tôt sera le mieux : si l’accord est hors d’atteinte, il est préférable de l’acter rapidement, dans les prochains jours, plutôt que d’attendre le 31 décembre au matin. Parce que, oui, le risque est désormais élevé de voir les barrières douanières rétablies le 31 décembre à Minuit.

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