L’onde de choc des événements d’hier aux États-Unis et de l'invasion du Capitole à Washington par des militants trumpistes, a secoué toute la planète. Et trois enseignements s’en dégagent. C’est le « monde d’après ».

L'invasion du Capitole n'a pas empêché le Congrès (ici Mike Pence et Nancy Pelosi) de certifier la victoire de Joe Biden
L'invasion du Capitole n'a pas empêché le Congrès (ici Mike Pence et Nancy Pelosi) de certifier la victoire de Joe Biden © AFP / Erin Schaff / POOL / AFP

Le premier enseignement, c’est qu’il ne faut pas sous-estimer la détermination des groupuscules d’extrême-droite.

On peut bien sûr regarder les événements d’hier soir comme une pantalonnade un peu folklorique avec ces militants trumpistes à moitié déguisés, avec cornes de bison et toques de castor, presque surpris eux-mêmes de se retrouver dans l’enceinte du pouvoir.

Mais attention, ce n’est pas que du folklore. Derrière, il y a des milices d’extrême-droite très organisées. Car c’est bien l’extrême-droite qui était aux avants-postes de ce raid : les indices sont innombrables sur la tenue, l’apparence, l’identité des factieux. Tatouages symboles d’idéologies néo-nazies, tee-shirts à la gloire d’Auschwitz, salut hitlérien, présence de membres des groupuscules fascistes NSL 131 ou NAM.

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Les États-Unis comptent 180 milices paramilitaires, qui regroupent plus de 20 000 personnes, un millier de groupes si on élargit à toutes les associations suprémacistes blanches. Rappelons qu’il y a quelques mois, l’un de ces groupes, les Wolverine Watchmen, avait projeté, déjà, d’envahir le Parlement du Michigan et d’enlever, voire d’assassiner, Gretchen Whitmer, la gouverneure du Michigan. Rappelons aussi, on en a déjà parlé ici, que selon une très sérieuse étude australienne, le Global Terrorism Index, le terrorisme d’extrême-droite est devenu le terrorisme le plus meurtrier aux États-Unis ces 10 dernières années. 

Hier soir, c’était peut-être un peu folklorique et inattendu. Mais l’extrême-droite ne manque pas d’idéologues et de théoriciens. La prochaine fois, elle tentera peut-être vraiment un coup d’État.

La menace des miliciens d'extrême droite 

Alors bien sûr, on peut se dire que c’est un particularisme américain, lié à la culture de la violence, des armes, et à la défiance profonde contre l’État central. Mais attention, les milices d’extrême-droite existent aussi en Europe : en Italie, en Espagne, en France. 

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Et surtout en Allemagne : c’est sans doute là qu’elles sont le plus structurées, là aussi d’ailleurs que le mouvement conspirationniste QAnon a le plus d’antennes sur le sol européen. Et souvenons-nous de ce qui s’est passé fin août à Berlin : des manifestants anti-masques, essentiellement d’extrême-droite, ont cherché à faire quoi ? A envahir le Parlement, le Bundestag. Ce qui d’ailleurs là-bas rappelle évidemment un précédent lourd de sens : l’incident du Reichstag en 1933, l'un des actes fondateurs du régime nazi.

La jubilation des potentats

Le deuxième enseignement, c’est que cette invasion du Capitole est pain bénit pour les régimes autoritaires. Retenons trois réactions dans le monde, très significatives.

  • La Chine d’abord. "Nous espérons un retour à l’ordre aux Etats-Unis" ; voilà le commentaire du porte-parole du ministère des Affaires Étrangères chinois. Les événements du Capitole sont très commentés et suscitent beaucoup de sarcasmes sur les réseaux sociaux chinois.
  • Même tonalité à Moscou. Pour le président de la commission des affaires étrangères au Sénat russe, "la démocratie américaine boite des deux pieds". Sur sa page Facebook, Konstantin Kosatchev, c’est son nom, renvoie les deux camps dos à dos. Et il justifie, en partie, la colère des Trumpistes vu que selon lui "il y a des raisons suffisantes pour parler de falsification du scrutin".
  • Enfin l’Iran, ennemi juré de Washington et particulièrement de Trump. Le président iranien Hassan Rohani estime que les événements aux Etats-Unis montrent, je cite, "à quel point la démocratie occidentale est vulnérable et fragile".

Le déclin du modèle américain

Les régimes autoritaires vont pouvoir brandir ces événements de Washington pour dire aux États-Unis : mêlez-vous dorénavant de ce qui vous regarde. Et là évidemment, c’est d’abord la Chine qui jubile, la Chine très critiquée pour la répression à Hong Kong. Toute la presse officielle chinoise dresse un parallèle, puisque les militants pro-démocratie de Hong Kong ont un temps envahi eux aussi le Parlement local. Il y a donc deux poids deux mesures, disent les commentateurs : pourquoi, comme le font les Occidentaux, affirmer que l’invasion du Parlement à Hong Kong est un soulèvement démocratique mais considérer que l’invasion du Capitole à Washington est une insurrection séditieuse ? Soyez logiques : tout cela c’est de la violence, il faut la réprimer, cessez de critiquer la reprise en main de Hong Kong.

Plus largement, de nombreux commentateurs dans le monde l’affirment : les Américains n’ont plus le droit de venir nous faire la leçon en disant qu’ils viennent nous sauver pour instaurer la démocratie. "L’Amérique a perdu le Nord, elle n’a plus aucun droit de donner un cap et encore moins de l’imposer aux autres". Commentaire du russe Kosatchev.

Un célèbre commentateur politique brésilien, Felipe Neto, a cette formule cinglante sur Twitter la nuit dernière, une référence très ironique à l’interventionnisme américain dans le monde depuis un demi-siècle.

J’attends maintenant que les Etats-Unis envahissent les Etats-Unis pour y rétablir la démocratie.

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Les régimes autoritaires y voient aussi la confirmation du déclin du modèle démocratique occidental. Le pouvoir chinois, en particulier, est persuadé que son modèle est meilleur. Que le mélange d’autoritarisme politique et de croissance économique est plus efficace. Et qu’il va s’imposer dans les années à venir. Les événements du Capitole affaiblissent donc toute la démocratie. 

Et si c'était une chance pour l'Europe ?

Le troisième enseignement, ou plutôt la 3ème question, c’est que peut faire l’Europe dans tout ça ? Alors évidemment elle condamne les événements, l’atteinte à la démocratie. C’est logique et nécessaire. Mais au-delà de ça, elle se retrouve avec une responsabilité beaucoup plus forte. Pourquoi ?

Parce que Joe Biden a beau dire qu’il veut refaire des États-Unis, the « beacon of democracy », le phare, la balise de la démocratie, il n’est pas rendu. Dans le meilleur des cas, quand bien même il n’y aurait pas de nouveau mouvement insurrectionnel dans le pays, les dégâts seront longs à effacer. L’image des États-Unis est durablement écornée. Donc c’est l’Europe qui se retrouve porteuse des valeurs des droits de l’homme et de la démocratie pluraliste.

C’est un poids, d'autant que l'Europe est donc menacée elle aussi par les mouvements populistes extrémistes. 

Mais ça peut être aussi une chance. Une occasion de prendre son autonomie vis-à-vis de Washington. Une occasion historique de s’imposer. Entre des États-Unis embourbés et une Chine ambitieuse mais très autoritaire donc pas forcément séduisante, il y a un « coup à jouer ».  Encore faut-il que les Européens se décident à avoir une politique étrangère commune et à raisonner en termes de puissance.

Ca progresse mais c’est lent.

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