Investiture d’un militaire putschiste au Mali, massacre de civils d’une ampleur sans précédent au Burkina, confirmation de la mort du leader de Boko Haram au Nigeria, de ce chaos au Sahel émerge un fait marquant : une compétition croissante entre groupes djihadistes. C'est le monde d'après.

Le colonel putschiste Assimi Goita investi président du Mali ce 7 juin pourrait être tenté de négocier avec les groupes islamistes
Le colonel putschiste Assimi Goita investi président du Mali ce 7 juin pourrait être tenté de négocier avec les groupes islamistes © AFP / ANNIE RISEMBERG / AFP

Ça fait des années qu’il échappait à l’armée du Nigeria et aux forces occidentales. Abubakar Shekau, le chef sanguinaire du groupe Boko Haram, est donc bien mort. La confirmation est venue ce week-end. Les États-Unis avaient offert 7 millions de dollars pour sa capture, mais l’homme se vantait d’échapper aux Occidentaux infidèles : « Ni Obama, ni Netanyahu ni la Reine Elizabeth ne me tueront » disait-il.

Et il avait raison. Shekau est bien mort, mais il a fallu un règlement de comptes entre jihadistes pour qu’il succombe. Il a été tué par l’ISWAP, le groupe Etat Islamique en Afrique de l’Ouest, composé pour partie de dissidents de Boko Haram. Dans cette zone située au Nord du Nigeria, c’est son ancien complice et partenaire Abu Musab al Barnawi, qui aura finalement signé son arrêt de mort.

Toujours au Sahel, mais un peu plus à l’Ouest, 160 personnes ont donc été tuées ce week-end dans le village de Solhan. Le pire massacre qu’ait connu le Burkina Faso, depuis que le terrorisme djihadiste a commencé à le frapper en 2015. Et l’interrogation c’est quoi : c’est qui a frappé ? 

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Il y a un doute, parce que là aussi il y a concurrence dans l’horreur. Entre l’État Islamique au Grand Sahara et le GSIM, Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans, affilié à Al Qaida. Depuis un peu plus d’un an, les deux formations sont en rivalité. C’est une lutte idéologique. Et aussi une lutte pour les ressources, les mines d’or en particulier, plus de 2000 dans la région.

Des califats auto proclamés 

Et pendant ce temps, les États centraux sont aux abonnés absents. C'est aussi pour ça que ces groupes terroristes se retrouvent face à face, en concurrence, pour contrôler des territoires souvent très vastes. C’est le cas dans la zone des 3 frontières Mali / Niger / Burkina, et aussi plus à l’Est dans la zone des 4 frontières Nigeria / Cameroun / Niger / Tchad, autour du lac Tchad.

Ces régions connaissent en fait des califats auto-proclamés, comme ce qu’a pu connaitre la zone Irako-Syrienne avec le groupe État Islamique. Allégeance à l’islamisme radical, prélèvement de l’impôt religieux la zakat, imposition de la charia, port du voile pour les femmes et de la barbe pour les hommes. C’est bien de cela dont on parle. 

Les États centraux, eux, ont laissé tomber. C’est flagrant au Burkina Faso. Où dans cette zone Nord-Ouest du pays, l’armée s’en remet à des supplétifs civils, les Volontaires pour la Défense de la Patrie, transformés en chair à canon : ce sont eux qui ont été massacrés les premiers ce week-end lors du massacre de Solhan.

Cette absence du pouvoir central, et donc aussi des services publics, on la retrouve de la même manière au Mali dans la zone de Gao. Elle laisse le champ libre aux jihadistes, a fortiori sur fond de vieilles rivalités ethniques. Et surtout elle laisse les civils en première ligne. Ils paient la facture. 30.000 morts liés à Boko Haram au Nigeria. 1 million de déplacés au Burkina.

La fausse alternative des militaires putschistes 

Et les rares fois où l’État est là, c’est un régime militaire ! C’est la dérive inquiétante du Mali, avec l’investiture cet après-midi comme « président de transition » du colonel double putschiste Assimi Goïta. Rappelons que fin mai, cet homme de 37 ans avait fait arrêter le président et le premier ministre. Il affirme vouloir restituer le pouvoir aux civils au début de l’année prochaine lors d’une élection libre. Mais rien n’est moins sûr, tant il semble désireux de conserver les principaux pouvoirs.

Ce n’est pas mieux au Tchad, où nous venons d’assister il y a un peu plus d’un mois à une succession dynastique troublante avec l’arrivée au pouvoir de Mahamat Deby, après la mort de son père Idriss. Le tout au mépris le plus total de la procédure constitutionnelle. Et avec le soutien symbolique, également troublant, de Paris, puisqu’Emmanuel Macron s’était déplacé pour l’investiture.

Ces pouvoirs militaires peuvent d’ailleurs faire preuve d’ambiguïté. Officiellement, ils revendiquent la fermeté contre le djihadisme. Mais dans les faits, au Mali en particulier, ils ne semblent pas opposés à une islamisation de la société.

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Dans ce paysage, l’Occident n’a plus que de mauvaises solutions. La suspension de l’opération militaire française Barkhane est d’ailleurs révélatrice de l’embarras de Paris. S’allier des militaires putschistes n’a rien de très séduisant, fut-ce au nom de la lutte contre le terrorisme. C’est le résultat d’un engagement dont le but de guerre est devenu flou.

Pendant ce temps, dans plusieurs zones de ces pays, la question n’est plus de savoir si le pouvoir est islamiste. Il l’est. C’est uniquement de savoir quel est le groupe islamiste dominant

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