L’inquiétude est palpable après l’annonce par l’Iran de l'installation de trois nouvelles séries de centrifugeuses. Une violation de plus de l’accord sur le nucléaire.Joe Biden a promis de rétablir le fil de la négociation à partir du 20 janvier mais d'ici là, l'engrenage peut être irréversible. C'est le monde d'après.

Le président iranien Hassan Rohani ce 8 décembre
Le président iranien Hassan Rohani ce 8 décembre © AFP / Iranian Presidency / AFP

Le vocabulaire employé est à la hauteur de l’inquiétude. « Profondément préoccupante ». Voilà les mots utilisés par Paris, Londres et Berlin pour qualifier la décision iranienne. En langage diplomatique, ça veut dire qu’on est très inquiet.

Cette décision iranienne, c’est donc d’installer 3 nouvelles « cascades » de centrifugeuses de nouvelle génération, à Natanz, le principal site nucléaire du pays. Leur degré de perfectionnement laisse penser que l’Iran pourrait d’ici quelques mois parvenir à un taux d’enrichissement de l’uranium de 20%, ce qui ouvre la porte, très vite ensuite, à un taux de 80%, celui de l’arme militaire. Pour mémoire, le taux autorisé dans l’accord sur le nucléaire est de 3,67%. Vous avez compris : on est très au-dessus.

Et ce n’est pas la seule violation de l’accord.  L’Iran dispose désormais de stocks d’uranium 12 fois supérieurs à la limite acceptée. Et Téhéran vient d’adopter un projet de loi qui vise à interdire, à compter du 2 février, les inspections des sites nucléaires par l’Agence Internationale de l’énergie atomique. Autant de violations de l’accord, qui sont autant de ripostes à la sortie des Etats-Unis du même accord, aux sanctions économiques imposées par l’administration Trump, et plus récemment à l’assassinat spectaculaire de l’un des pères du programme nucléaire iranien.

Un pas plus loin, à chaque fois. Et c’est ainsi que l’on se retrouve dans un engrenage « profondément préoccupant ».

Les conservateurs iraniens ont le vent dans le dos

En même temps, tout ça peut être aussi évidemment une façon pour le pouvoir iranien de faire monter les enchères pour mieux négocier ensuite. C’est l’hypothèse optimiste, celle de la retenue, de la diplomatie. En gros celle privilégiée par le président iranien Hassan Rohani. On prépare le terrain, le grand marchandage, en vue d’un retour à la table des négociations avec la future équipe Biden.

Sauf quele pouvoir en Iran, aujourd’hui, ce n’est plus vraiment Rohani qui le détient. Il a le vent de face. Les critiques pleuvent pour dénoncer sa « faiblesse » et sa « naïvetéqui vise à interdire, à compter du 2 février, les inspections des sites nucléaires par l’Agence Internationale de l’énergie atomique. Autant de violations de l’accord, qui sont autant de ripostes à la sortie des États-Unis du même accord, aux sanctions économiques imposées par l’administration Trump, et plus récemment à l’assassinat spectaculaire de l’un des pères du programme nucléaire iranien.

Et ils sont paradoxalement renforcés par les sanctions américaines. Pourquoi ? Parce que les Pasdaran, les Gardiens de la Révolution, ont un trésor de guerre. Ils sont donc les seuls à pouvoir aider financièrement les classes moyennes ruinées par les sanctions. Enfin pour couronner le tout, ils sont en campagne. Après l’élection américaine, voici venir l’élection iranienne. La présidentielle est prévue dans 6 mois, le 18 juin. Et le chef du Parlement, le conservateur Mohammad Ghalibaf, se verrait bien président.

Une fenêtre de négociation très courte

On comprend là que l'engrenage peut être difficile à arrêter. C’est l’hypothèse pessimiste. Et elle est chaque jour un peu plus crédible. C’est le piège tendu par l’équipe Trump depuis des mois. Un piège qui pourrait se refermer sur les différents protagonistes.  D’autant qu’il peut s’en passer des choses, d’ici au 20 janvier, date de l’arrivée de l’équipe Biden. 6 semaines pile pour rajouter de l’huile sur le feu.

Et une étincelle pourrait suffire, vu le paysage : 

  • L’équipe Trump rêve de régler son compte au régime Iranien ; 
  • En Iran les conservateurs ont le vent dans le dos et regardent les Etats-Unis comme leur pire ennemi ; 
  • Israël, qui se sent à juste titre menacé par Téhéran, ne laissera jamais les Iraniens, en mesure de posséder la bombe ; 
  • Enfin les monarchies arabes du Golfe serrent les coudes face à l’Iran.

C’est dans ce contexte, explosif, que les conservateurs iraniens avancent leurs pions : les nouvelles centrifugeuses et la date limite du 2 février pour mettre fin aux inspections. Le 2 février. 13 jours après l’investiture de Joe Biden, le 20 janvier. Quand bien même rien ne viendrait compliquer encore les choses dans les 6 semaines qui viennent, la fenêtre de négociation, 13 jours, s’annonce étroite.

Les diplomates vont devoir être au meilleur de leurs compétences pour stopper l’engrenage et rétablir un climat de confiance totalement disparu. Pour l’instant, le cliquetis des rouages ne dit rien de bon et peut conduire tout droit à la déflagration.

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