L'interview fait les gros titres un peu partout sur la planète. L’entretien accordé par le prince Harry et son épouse Meghan à la chaine CBS a tout d’une attaque en règle contre la famille royale britannique. Mais si vous êtes fan de la monarchie, pas de panique, la couronne va tenir bon ! C'est le monde d'après.

Le prince Harry et son épouse Meghan lors cette interview sur CBS avec Oprah Winfrey
Le prince Harry et son épouse Meghan lors cette interview sur CBS avec Oprah Winfrey © AFP / Joe PUGLIESE / HARPO PRODUCTIONS / AFP

La presse britannique fait dans la comparaison militaire. Pour tous les médias, cette interview est un « tapis de bombes sur Buckingham Palace », avec « un bombardier gros porteur B52 » (ça c’est la formule d’ITV), avec « des obus qui couleraient une flottille » (ça c’est le Daily Telegraph). J’arrête l’inventaire. Vous avez saisi. Pour les Français républicains que nous sommes, tout ça peut paraitre folklorique. Mais ça dit quelque chose sur l’état de l’une des plus célèbres institutions au monde.

Examinons donc les deux bombes principales.

La plus destructrice, c’est l’accusation de racisme. Si l’on en croit le couple exilé aux États-Unis, un membre de la famille royale se serait donc inquiété il y a 2 ans, de la future couleur de peu de leur bébé alors à naître, vu que Meghan Markle est métisse. Pour une famille royale qui veut moderniser son image auprès d’un public britannique à forte composante multiculturelle, ça fait très mauvais effet. 

La deuxième accusation, un classique dans la famille, c’est le harcèlement psychologique, le règne des mensonges pour défendre la solidarité familiale, un climat tel que la jeune mariée affirme avoir été tentée par le suicide. Bref, oui, c’est dévastateur. Ça renvoie l’image d’une famille royale empêtrée dans un mélange de traditionalisme réactionnaire et de règlements de compte mesquins. Sur le papier, ce sont des cartouches de poids pour les détracteurs de la monarchie.

La résilience face aux coups

Mais dans les faits ça ne changera rien. Filons la métaphore militaire : la famille royale n’en est pas à son premier tapis de bombes dans la figure. Elle est même habituée à subir le Blitz. La Reine Elizabeth, bientôt 95 ans, l’a même subi au sens premier du terme : les bombes allemandes sur Londres pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Au sens figuré cette fois, les tapis de bombes, c’est récurrent sur la monarchie britannique. Elle en a vu d’autres. Dans les années 90 bien sûr, avec le divorce de Diana et du prince Charles, puis la mort de Lady Di, les frasques du prince Harry (déjà) dans les années 2000. Et plus récemment les liens avérés entre le prince Andrew, fils cadet de la reine, et Jeffrey Epstein, l’homme au cœur du scandale sexuel avec mineures aux Etats-Unis.

Rien de tout ça n’a coulé la flottille. A chaque fois, la famille royale fait le dos rond, et contrattaque discrètement. Ce sera le cas cette fois encore. Sur le mode : c’est un déballage indécent, la harceleuse au Palais, c’était Meghan, et puis on ne va tout de même pas plaindre ce couple qui vit dans une villa pour millionnaires à Santa Barbara en Californie.

Ne nous y trompons pas : on n’est pas dans un épisode des Misérables. Mais bien dans Hollywood contre le Trône, paillettes showbiz contre diamants de la Couronne, tout ça n’est que faussement destructeur. En fait ça partie de la « story ». Au pire ça égratignera quelques membres de la famille mais certainement pas l’institution monarchique.

La Reine un totem intouchable

Poursuivons dans la métaphore militaire : c’est presque une citadelle imprenable, beaucoup plus solide qu’on ne le pense.

D’abord, il y a son incarnation : la Reine, elle est intouchable. D’ailleurs, personne ne s’y attaque. Pas davantage le couple exilé en Californie. La figure tutélaire est un totem. Fruit de son grand âge, de sa neutralité bienveillante, et en plus aujourd’hui de l’état de santé précaire de son mari.

Ensuite, il y a l’institution en tant que telle : la monarchie demeure pour les Britanniques l’incarnation de la stabilité du pays, de sa grandeur, et de la continuité de l’Etat, au-dessus des petitesses politiciennes. La contestation républicaine demeure ultra-minoritaire chez nos voisins. Et l’attachement à la Couronne très majoritaire, même chez les turbulents Écossais. 

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Et puis la famille Windsor, "la Firme" conserve les reins solides financièrement : 300 à 400 millions d’euros de ressources propres, via l’immobilier, les champs de course, ou les investissements dans l’éolien.

Enfin, la relève est assurée : l’héritier tout désigné, quitte à sauter une génération, c’est le petit-fils de la Reine, William, le frère d’Harry. Lui aussi épargné, comme par hasard, par le tapis de bombes dans l’entretien prétendument « explosif ».

Last but not least, n’oublions pas le poids de la puissante presse britannique. Pour elle, la famille royale, ses succès comme ses déboires, sont un filon sans comparaison pour vendre de la copie. En soi, c’est un motif de survie. D’ailleurs même nous, même moi, ça me fait vendre de la copie ce soir ! C’est vous dire !

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