Les autorités européennes et françaises cherchent à accélérer encore le rythme des campagnes de vaccination pour rattraper le retard par rapport à la Grande-Bretagne ou aux États-Unis. Mais on devrait élargir les comparaisons à l’Asie, beaucoup plus en retard. Elle est victime de son succès. C'est le monde d'après.

Au Japon la vaccination démarre très lentement, ici une file d'attente dans un supermarché de Chiba
Au Japon la vaccination démarre très lentement, ici une file d'attente dans un supermarché de Chiba © AFP / Kotaro Tominaga / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun via AFP

C’est humain : on a tendance à regarder d’un œil envieux ceux qui font mieux que nous. En plus ça permet de se plaindre. Et le fait est : l’Europe souffre de la comparaison par rapport à certains. 

En Israël, 57% de la population a reçu au moins une injection du vaccin. 32% au Royaume-Uni. 17% aux États-Unis. Et seulement 6% en Europe. La France est dans la moyenne, exactement au même niveau que l’Allemagne ou l’Italie. Et puis au-delà des chiffres, il y a cette sensation de cacophonie européenne : controverse sur le vaccin Astra Zeneca, désaccord entre les 27 pays membres, polémique sur le passeport vaccinal. Tout ça fait désordre.

Mais sur les 4/5ème de la planète, ça avance beaucoup plus lentement. Que la vaccination arrive tardivement dans les pays les plus démunis n’est malheureusement pas une surprise : les pays riches ont préempté les premières doses. En revanche, c’est beaucoup plus étonnant en zone Asie Pacifique. Chine, Japon, Corée du Sud, Viet Nam, Australie, Nouvelle-Zélande. Voilà des pays qui ont les moyens d’acheter des doses en quantité et de monter des campagnes de vaccination. Et pourtant, ça ne démarre pas. 2% seulement de personnes ont reçu une dose en Chine, 0,5% en Corée, 0,2 en Australie Nouvelle-Zélande, quasiment zéro au Japon ou au Viet Nam

Très en dessous de l’Europe dans cette partie du monde que beaucoup considèrent pourtant comme le nouveau centre d’équilibre géopolitique de la planète.

Une vaccination non prioritaire et une immunité collective lointaine

La différence, c'est évidemment que tous ces pays, eux, ont contrôlé l’épidémie ! Et il y a un lien direct entre les deux phénomènes.

Même si les chiffres sur le nombre de morts sont à prendre avec prudence (soit dit en passant, la France est avec la Belgique et l’Allemagne l’un des rares pays dont les chiffres sont fiables et pas sous-estimés). Donc même en maniant les bilans avec prudence, le constat est implacable : Chine, Corée du Sud, Japon, Australie ou Nouvelle-Zélande comptent très peu de morts proportionnellement à la population. Entre 20 fois moins et 1000 fois moins que la France. Avec leur stratégie Zéro Covid et ses restrictions drastiques, ils ont réussi là où nous avons échoué.

Mais la conséquence aujourd’hui, c’est que dans tous ces pays, la vaccination n’est pas une priorité. Pour tout un tas de raisons :

  • La maladie n’est pas présente, donc aucun sentiment d’urgence à se faire vacciner ;
  • Il n’y a pas de logistique mise en place avec les personnels de santé, pas de chaine de stockage ou de distribution ;
  • Le scepticisme vaccinal est parfois très présent ;
  • Et dans le cas de la Chine, le choix des pouvoirs publics est d’utiliser le vaccin maison en grande partie d’abord à des fins d’influence diplomatique, en l’exportant à l’étranger.

Autrement dit, les pays qui ont échoué dans la phase 1, face à la propagation de la contamination sont plus prompts à réussir la phase 2, la vaccination. L’exemple type, ce sont nos voisins britanniques : une gestion catastrophique de la pandémie qui conduit à une campagne de vaccination accélérée.

Des pays prisonniers d'un vase clos 

Donc à l’inverse les pays qui ont réussi dans la phase 1, pourraient bien échouer dans la phase 2.  C’est un peu injuste puisque contrairement à nous, ils ont bien géré au départ. Mais le sujet pourrait leur revenir en boomerang.

Au rythme actuel, à l’automne prochain, les pays Occidentaux peuvent espérer avoir atteint l’immunité collective : soit que la population ait contracté le virus, soit qu’elle ait été vaccinée. Il faut alors s’attendre, via sans doute une forme de passeport vaccinal, à une réouverture des activités économiques plein pot.

Et c’est à ce moment là où les pays d’Asie vont se retrouver coincés. Impossible pour eux de rouvrir les frontières : il n’y aura pas d’immunité chez eux, puisque l’épidémie y a été contrôlée et puisque la vaccination aura à peine commencé. Ca s’appelle être victime de sa réussite. On en a déjà un exemple avec l’annonce aujourd’hui par le Japon de tenir des Jeux Olympiques en vase clos : zéro spectateur étranger autorisé. 

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L’impact économique s’annonce potentiellement fort pour les pays qui dépendent du tourisme (l’Australie, la Nouvelle Zélande, voire le Viet Nam) ou qui dépendent des investissements étrangers. Ça concerne y compris la Chine.

La « bulle sanitaire » imperméable qui les a protégés jusqu’à présent, pourrait devenir un handicap. Parce que les vaccins fonctionnent beaucoup mieux qu’on ne pouvait l’espérer, les pays vaccinés vont prendre un train d’avance. Le grand remue-ménage géopolitique lié à la pandémie n’a pas fini de réserver des surprises.

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