C'est un pays dont on parle peu : le Ghana en Afrique de l’Ouest. Où les résultats des élections, présidentielle et législatives, sont en train de tomber. Et le bon déroulement du processus électoral y a valeur de symbole parce que le Ghana est l’une des rares vraies démocraties de la région. C'est le monde d'après.

Des supporters du président Nana Akufo Addo après l'annonce de sa réélection, dans les rues d'Accra
Des supporters du président Nana Akufo Addo après l'annonce de sa réélection, dans les rues d'Accra © AFP / PIUS UTOMI EKPEI / AFP

J’imagine que peu d’entre vous sont capables de placer le Ghana sur une carte. Et ça se comprend : c’est un pays ignoré des médias français, sans doute parce qu’il est anglophone. Dans le meilleur des cas, on se souvient que le Ghana est la terre de l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan ou d’excellents footballeurs, comme Abedi Pelé, cher au cœur des supporters de l’OM. Pourtant ce pays de 240.000 km2 et de 30 millions d’habitants, sur le Golfe de Guinée, mérite toute notre attention.

C’est d’abord un élève modèle de la démocratie depuis 28 ans : 8 élections, celle-ci y comprise. Toutes transparentes. Avec des observateurs internationaux et 3 alternances politiques à la clé. Depuis hier soir, le président sortant Nana Akufo Addo est donné vainqueur avec 51,3% des voix. Face à son grand rival, John Mahama, lui-même ancien président. Et en tout état de cause, ce 2ème mandat de Akufo Addo sera le dernier. Interdit d’en faire un 3ème.

Capture d'écran des résutlats de la présidentielle sur le site de la commission électorale du Ghana
Capture d'écran des résutlats de la présidentielle sur le site de la commission électorale du Ghana

Le Ghana c’est aussi une presse libre, une société civile active, une vraie modernité, par exemple sur le numérique. Et une croissance élevée, l’une des plus fortes au monde : plus de 6% de moyenne sur les 10 dernières années. Grâce à des ressources importantes en or, en pétrole, en cacao. Mais aussi grâce à une gestion rigoureuse : pas d’inflation, un secteur bancaire assaini. Respect.

Une Afrique de l'Ouest mal en point

Et ça ce n’est pas courant dans la région. Regardons maintenant les voisins.

A l’Ouest d’abord, il y a la Côte d’Ivoire. Presque un mois et demi après les élections, les résultats du scrutin y demeurent très controversés et la tension perceptible dans le pays. Les opposants ont été soit arrêtés comme Pascal Affi, soit interdits de se présenter, comme Guillaume Soro. Et le président sortant Alassane Ouattara a beau s’en défendre, il donne l’impression d’avoir manœuvré pour enchainer un 3ème mandat. Même topo en Guinée, toujours à l’Ouest : 3ème mandat tout aussi controversé pour Alpha Condé, après un tripatouillage constitutionnel. 

Au Nord cette fois, le Burkina Faso est rongé par le terrorisme et l’État y est très faible malgré la légitimité des urnes (on a voté le mois dernier). Terrorisme omniprésent, État faible c’est également le cas au Mali, toujours au Nord du Ghana. Avec en prime un coup d’État militaire en août dernier.

Enfin à l’Est, on trouve le Togo, dirigé d’une main de fer par la dynastie Gnassingbé Eyadema depuis 53 ans (oui j’ai bien dit 53 ans). Et le Nigeria qui lui aussi est confronté au terrorisme, en particulier dans le Nord. J’arrête l’inventaire, vous avez compris : heureusement qu’il y a le Ghana. C’est l’ilot de stabilité et de démocratie dans la région. Un emblème.

Un risque d'instabilité sociale et politique

Le souci, c'est que même au Ghana, il y a aujourd'hui des signaux un peu préoccupants.

De la tension : pendant le dépouillement, 5 personnes ont été tuées, plusieurs journalistes ont été agressés. De la contestation : l’opposition, pour l’instant, refuse la victoire du président sortant et dénonce même 

« une attaque éhontée contre la démocratie »

Des soupçons : la même opposition évoque le chiffre de 360.000 faux bulletins dans l’une des régions du centre du pays, l’Ashanti où le président sortant l’a emporté avec 3 fois plus de voix que son adversaire.

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Il y a donc un risque de poussée de fièvre entre les deux camps. D’autant que la figure tutélaire de la politique ghanéenne, Jerry Rawlings, qui jouait souvent les arbitres, est mort le mois dernier. L’une des options est d’ailleurs que l’opposition de John Mahama accepte la défaite à la présidentielle mais revendique la victoire aux législatives dont les résultats tombent à l’instant : 136 sièges pour l’opposition, 137 pour le parti du président sortant. 

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En plus tout ça se produit dans un contexte économique défavorable : les effets en chaine de l’épidémie de Covid ont fait exploser la dette, les inégalités, le chômage des jeunes. C’est sans doute le moment d’aider le Ghana, y compris financièrement. En espérant que le verdict des urnes soit respecté.

Vous avez saisi, maintenant, pourquoi je vous parle de ce petit pays du golfe de Guinée : un ilot démocratique au cœur d’une Afrique de l’Ouest gangrenée par le terrorisme et les dérives dynastiques, c’est précieux.

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