John Kerry, l’émissaire de Joe Biden pour le climat est à l’Elysée. C’est un signe de plus de la réconciliation entre Européens et Américains depuis le changement de président aux États-Unis. Mais l’Europe reste sur ses gardes parce que pour l’instant, il y a plus de paroles que d'actes. C'est le monde d'après.

L'émissaire de Joe Biden pour le climat, John Kerry, en conférence de presse à Paris juste avant de rencontrer Emmanuel Macron
L'émissaire de Joe Biden pour le climat, John Kerry, en conférence de presse à Paris juste avant de rencontrer Emmanuel Macron © AFP / Ville/Pays Paris, France Crédit ERIC PIERMONT / AFP

Si les preuves d’amour se mesurent en déclarations, alors c’est la lune de miel. « Un bon ami est de retour » disait hier la présidente de la commission européenne Ursula von der Leyen.

« Les Etats-Unis nous regardent à nouveau comme des partenaires »

rajoute un ambassadeur de poids en poste à Paris.

Et c’est vrai : depuis la prise de fonction de Joe Biden il y a un mois et demi, l’évolution est impressionnante. Une métamorphose même après le mépris affiché par Trump : les États-Unis consultent à nouveau les Européens sur tous les grands sujets. C’est donc John Kerry à Bruxelles hier, à Paris aujourd’hui, pour coordonner l’effort sur le climat. C’est le chef de la diplomatie Antony Blinken qui s’annonce en Europe dans deux semaines pour une réunion de l’OTAN. Ce sont plusieurs sessions de travail à distance depuis un mois sur le nucléaire iranien avec Français, Allemands et Britanniques. Et ce sont des mots doux en veux-tu, en voilà : « les Européens sont nos amis, nos alliés ». 

Washington veut recoller les morceaux et Biden le fait sans doute sincèrement. Il est favorable de longue date à la relation transatlantique. En plus, l’équipe diplomatique Biden est reconnue par ses homologues européens comme « professionnelle et compétente » sur les grands dossiers. Bref, c’est « love love ».

Des sujets de tension en pagaille

Mais on n’est pas encore entré dans le vif du sujet et à ce moment-là, ça pourrait se compliquer. Les Européens ont été échaudés par les années Trump, à juste titre. Ils veulent donc surtout des actes, en guise de preuves d’amour. Et là, c’est une autre paire de manches.

Il y a d’abord les sujets où les actes tardent à venir. Sur le nucléaire iranien, l’affaire traine. Washington ne veut pas se décider à faire un geste sur la levée des sanctions.En coulisses, certains Européens qui connaissent le dossier expriment désormais une certaine perplexité. Même si en façade l’Europe critique davantage Téhéran que Washington. Sur le climat, on attend de voir si Biden va vraiment s’engager dans la même voie que l’Europe (neutralité carbone en 2050) et s’il va pouvoir financer son plan en la matière. Ce n’est pas gagné.

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Ensuite, il y a plus grave : les sujets potentiels de désaccord entre Américains et Européens.

  • Sur la Chine et la Russie, Washington privilégie la fermeté. Mais l’Europe vient de signer un accord commercial avec Pékin, au grand dam de Washington. Et l’Allemagne veut maintenir son accord énergétique avec la Russie sur le gazoduc Nord Stream 2.
  • Sur l’OTAN, les États-Unis veulent relancer l’Alliance, mais la France est sceptique et veut privilégier le projet d’Europe de la Défense.
  • Sur le commerce, les deux camps conservent des postures protectionnistes. Les intérêts sont divergents sur l’aéronautique, l’automobile, le numérique.

Ça en fait du pain sur la planche.

Une volonté assumée de leadership

Bien sûr on ne va pas nécessairement se plaindre de voir les États-Unis discuter à nouveau avec leurs partenaires mais tout dépend comment ils discutent et avec quels objectifs. L’ancien ambassadeur de France à Washington Gérard Araud, qu’on connait bien sur nos antennes, disait il y a quelques semaines : 

Les Etats-Unis ne raisonnent jamais en termes d’équité avec leurs partenaires, mais toujours en termes de leadership

Et c’est ça aussi la question : sommes-nous disposés à nous ranger sagement derrière un leadership restauré de Washington ? C’est exactement ce que cherche à faire l’équipe Biden. En annonçant l’organisation d’un sommet climat le 22 avril prochain, comme pour couper le pied à la COP prévue à Glasgow en novembre. Puis d’un sommet des démocraties avant l’été, toujours à Washington, une idée très « néo-conservatrice » façon George Bush Jr il y a quelques années.

L’équipe Biden avance à visage découvert : elle considère que les Etats-Unis ont vocation à être, je cite, « le phare du monde libre », et qu’ils sont les seuls à avoir la capacité d’entrainement pour le faire. « Nous avons la responsabilité de rendre le monde meilleur », professe Jake Sullivan, le nouveau chef de la sécurité nationale. 

Mais nous ne sommes plus dans les années 60. Nous ne sommes même plus à l’époque Obama. Le monde a changé. Il est multipolaire et on ne fera pas marche arrière. L’Europe doit trouver son autonomie de pensée et un point d'équilibre dans ce paysage.

Qui plus est, depuis un demi-siècle, le messianisme américain a quand même fait beaucoup de dégâts, notamment sur le terrain militaire. Donc prudence, sur le « leadership » des Etats-Unis.

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