À Varsovie, elles défilent pour sauver le droit à l’avortement. À Minsk, elles battent le pavé pour faire tomber l’autocrate Alexandre Loukachenko. Les femmes d’Europe de l’Est sont de tous les combats et jouent un rôle de premier plan dans les mouvements de contestation qui secouent leurs pays.

De gauche à droite, Valery Tsepkalo, Veronika Tsepkalo, Svetlana Tikhanovskaïa et Maria Kolesnikova, compagnes d'opposants passées en première ligne face au pouvoir biélorusse.
De gauche à droite, Valery Tsepkalo, Veronika Tsepkalo, Svetlana Tikhanovskaïa et Maria Kolesnikova, compagnes d'opposants passées en première ligne face au pouvoir biélorusse. © AFP / Viktor Tolochko / Sputnik

La révolte populaire qui secoue la Biélorussie depuis le mois d’août et la réélection contestée d’Alexandre Loukachenko sont d’abord une histoire de femmes ! C’est un aspect fondamental du mouvement. Non seulement, la cheffe de file de l’opposition est une femme, Svetlana Tikhanovskaïa, mais deux autres figures féminines émergent à ses côtés : Maria Kolesnikova et Veronika Tsepkalo. Un trio d’opposantes, donc. Mais au-delà des meneuses, on est frappés par la présence massive des femmes biélorusses dans les cortèges. Des femmes souvent vêtues de blanc, avec des fleurs à la main, qui ont contribué à pacifier le mouvement, à limiter la confrontation avec les forces de l’ordre. Une stratégie qui a en partie coupé court à la volonté du régime de réprimer brutalement la contestation.

En Pologne aussi, les femmes sont dans la rue. Et là, le ton est plus guerrier ! Les femmes polonaises sont furieuses, face à une nouvelle tentative de restreindre le droit à l’avortement. Téléguidée par la PiS, le parti ultra-conservateur au pouvoir, la justice polonaise a tranché : l’IVG ne sera plus autorisée en cas de malformation du fœtus, ce qui revient à une quasi-interdiction de l’avortement. Cet arrêt du Tribunal constitutionnel a déclenché des manifestations massives depuis trois semaines. La "grève des femmes" a fini par payer : à l’heure où l'on se parle, la décision est gelée, le gouvernement a suspendu sa publication officielle. Le pouvoir est dans l’embarras, surpris par l’ampleur du mouvement, qui déborde désormais des seules revendications sur l’IVG. Il y a est aussi question des droits des femmes et des LGBT, et de la séparation entre l’Église et l’État. 

"Féministes" ou "protectrices"

Surtout, à la différence d’autres mouvements pro-avortement depuis 2016, celui-ci embarque dans son sillage des pans entiers de la société polonaise, ainsi que des minorités : les femmes ukrainiennes notamment – il y a plus de 1 million d’Ukrainiens qui se sont réfugiés en Pologne ces dernières années. Cettte minorité se tenait jusqu’ici à l’écart, mais cette fois, les femmes ukrainiennes sont aussi dans la rue. Tout cela conduit certains à voir les prémices d’une révolution féministe qui serait sur le point d’émerger en Pologne

À l’inverse, en Biélorussie… les femmes qui manifestent contre Loukachenko ne se revendiquent pas comme "féministes" mais plutôt comme des "protectrices", qui feraient en quelque sorte écran entre les contestataires et la police. Les chefs de file du mouvement affirment n’avoir aucune ambition politique personnelle. Elles disent se battre avant tout pour leurs familles et leurs enfants.

Remarquez d’ailleurs que parmi ce trio d’opposantes, toutes se sont d’abord engagées au nom de leurs compagnons, eux-mêmes emprisonnés ou mis hors jeu par le régime de Minsk. Alexandre Loukachenko ne s’est pas méfié de ces femmes arrivées à la tête de l’opposition. Il a pensé qu’il serait suffisant de mettre à l’écart les opposants hommes qui le dérangeaient. Vieux réflexe macho ! Aujourd’hui, Loukachenko a beau les qualifier de "pauvres filles qui ne comprennent rien", il se retrouve débordé. 

Ce mouvement des femmes biélorusses – même s’il n’a pas du tout les mêmes ressorts qu’en Pologne, pas les mêmes racines historiques, pas les mêmes revendications non plus – pourrait bien, là aussi, aboutir à ce que les femmes occupent une place plus importante dans la Biélorussie de demain.

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