En Arabie Saoudite, une militante féministe emblématique, Loujain Al-Hathloul, a été libérée hier. Une décision saluée par l’ensemble des organisations des droits humains, et qui doit beaucoup à la pression de Joe Biden. Faut-il y voir le retour des droits de l'homme en politique étrangère ? C'est le monde d'après.

Dans la capitale saoudienne Riyad, une femme consulte son smartphone où apparait le visage de la militante Loujain Al-Hathloul juste après sa libération le 10 février
Dans la capitale saoudienne Riyad, une femme consulte son smartphone où apparait le visage de la militante Loujain Al-Hathloul juste après sa libération le 10 février © AFP / Fayez Nureldine / AFP

Sur la Birmanie, les États-Unis version Biden annoncent des sanctions contre les militaires putschistes.e le connaissent. Loujain Al-Hathloul a donc pu rentrer chez elle hier. Et son image a fait le tour des réseaux sociaux : on la voit avec un large sourire, en pleine échange avec sa sœur qui s’est beaucoup battue pour la faire libérer. Souriante mais les traits tirés et les cheveux grisonnants alors qu’elle n’a que 31 ans.

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Loujain Al Hathloul vient de passer 2 ans et 9 mois en prison, 1000 jours et 1000 nuits. Son crime, je cite : « avoir sapé l’unité nationale saoudienne ». Pour avoir fait quoi ? S’être filmée en 2018 avec une jupe au-dessus du genou, puis au volant alors que les femmes avaient encore l’interdiction de conduire en Arabie Saoudite. Comble de l’ironie : ce droit leur a été accordé quelques jours après l’arrestation de la militante. Mais elle, depuis, croupissait en prison : elle était devenue l’une des incarnations de la répression façon MBS, Mohammed Ben Salmane, le prince héritier saoudien.

Sa libération, ainsi que celle d’une autre militante, doit beaucoup à Joe Biden qui avait cité son nom à plusieurs reprises et qui a salué dès hier soir la liberté retrouvée de cette « militante importante des droits des femmes ». Un diplomate qui connait le dossier est formel : les Saoudiens ont cédé parce qu’ils voulaient s’attirer les bonnes grâces du nouveau président américain.

Un effet Biden

Donc ça veut dire que la diplomatie des droits de l’homme peut être efficace et toute la question c’est de savoir si ce concept va revenir dans le jeu international.

Il est progressivement passé de mode depuis une vingtaine d’années. Peu à peu évacué du discours diplomatique. Souvent qualifié de naïf et d’irréaliste face aux impératifs économiques ou de sécurité, face à la froideur mathématique de Moscou ou de Pékin. Dénoncé aussi pour ses dérives : les droits de l’homme ont pu servir de faux-nez à des ingérences armées contestables, en Irak ou en Libye. Un ancien diplomate français souligne que le vocable a quasiment disparu du registre du Quai d’Orsay et n’apparait que très occasionnellement dans les discours d’Emmanuel Macron.

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Mais depuis quelques mois, la notion pointe à nouveau le bout de son nez.

  • Sur l’affaire Navalny, les droits de l’homme sont brandis par les capitales occidentales pour dénoncer la méthode Poutine.
  • Sur la répression des Ouïghours, les critiques sont devenues incessantes contre Pékin. Joe Biden a d’ailleurs abordé le sujet hier lors de sa première conversation avec le président chinois Xi Jinping.
  • Sur la Birmanie, les Etats-Unis version Biden annoncent des sanctions contre les militaires putschistes.

La nouvelle administration américaine, on le voit bien, joue un rôle moteur dans ce changement de cap : elle affiche clairement ses intentions de replacer cette notion des droits de l’homme au cœur de la diplomatie. 

« C’est un souffle d’air frais »

confient certaines personnes dans les chancelleries qui sont lassées du cynisme.

Les contrats d'abord

Cela dit, ça fait surtout des beaux discours tout ça et les paroles ne font pas les actes. Les défenseurs d’une démocratie pluraliste et humaniste sont-ils capables de façon collective, concertée, de remettre les droits de l’homme dans le grand jeu diplomatique, d’une façon structurée, permanente, pas juste pour faire des coups de temps en temps ?

Ne soyons pas naïfs, pour l’instant, on en est encore loin. Reprenons l’Arabie Saoudite : Loujain Al-Hathloul est libre, mais plusieurs autres militantes féministes sont toujours incarcérées : Samar Badawi, Nassima el Sadah, Maya al Zahrani, etc.

En Europe, l’Allemagne critique la Russie et la Chine et accueille des dissidents chinois, mais les affaires restent les affaires : pas question de renoncer aux contrats automobiles en Chine ou d’abandonner le projet de gazoduc Nord Stream avec la Russie. Les droits de l’homme passeront plus tard. La France, elle, privilégie de la même manière ses contrats d’armement avec l’Égypte, plutôt que de dénoncer fermement le régime ultra répressif du président Sissi. Et soit dit en passant, toujours à Paris, le poste d’ambassadeur français des droits de l’homme est vacant depuis trois mois et n’est toujours pas pourvu.

Bref, on n’est pas encore revenu au stade où c’est une priorité, où la doctrine des droits de l’homme serait de retour au centre du jeu. Mais la libération de Loujain Al Hathloul a le mérite de démontrer que faire pression, ça peut marcher. Si la pression est suffisamment forte. Ça peut quand même donner des idées.

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