C’était il y a un an : la confirmation du premier décès du coronavirus en Chine.Un an après, les pays européens sont plongés dans les polémiques sur la vaccination. Et ils en oublient les pays en voie de développement, et cette bataille sanitaire et symbolique profite à la Russie et à la Chine, C'est le monde d'après.

Les Seychelles (ici l'hôpital de Victoria) est devenu dimanche 10 janvier le premier pays africain à lancer sa campagne de vaccination avec le chinois Sinopharm
Les Seychelles (ici l'hôpital de Victoria) est devenu dimanche 10 janvier le premier pays africain à lancer sa campagne de vaccination avec le chinois Sinopharm © AFP / Rassin VANNIER / AFP

Pas une semaine sans que le virus ne déclenche une nouvelle controverse, en France et plus largement dans de nombreux pays occidentaux. La dernière en date, c’est donc sur le rythme de la vaccination. Mais à force d’avoir le nez collé sur notre nombril et nos querelles, on en oublie de regarder ce qui se passe ailleurs. Et ce qui se passe ailleurs c’est que les vaccins occidentaux sont loin de régner sur la planète.

Il y a d’abord les pays qui cherchent à développer leur propre vaccin : l’Inde avec le Covaxin, Cuba avec le projet Soverana, l’Iran, l’Indonésie etc.

Ensuite, il y a les pays qui ont choisi le vaccin russe Sputnik, malgré les doutes sur son efficacité : la Guinée, l’Argentine qui a déjà commandé 300.000 doses, ou l’Algérie, vieil allié de Moscou. Son président, atteint par le virus, va se faire soigner en Allemagne, mais il choisit le vaccin russe pour sa population.

Et puis surtout, il y a les pays qui choisissent les vaccins chinois. Et ils se multiplient. Hier, par exemple, les Seychelles sont devenues le premier pays africain à engager une campagne de vaccination, avec le produit chinois Sinopharm. Sinopharm, on le retrouve au Maroc (l’autorisation de mise sur le marché a été donnée fin décembre), en République Démocratique du Congo, au Botswana, aux Emirats Arabes Unis, à Bahreïn. Les vaccins chinois marquent des points, jour après jour.

Des accords bilatéraux intéressants avec la Chine

Il y a plusieurs explications. D’abord, ces vaccins coûtent moins cher que les produits occidentaux, en tous cas ceux de Pfizer et de Moderna (Astra Zeneca est plus abordable). En plus, la Chine subventionne largement ses vaccins, afin de rendre leur prix acceptable pour les pays en voie de développement.

Secundo, les conditions de conservation de ces produits chinois et russes sont plus simples : pour Sinopharm par exemple, c’est entre 2 et 8 degrés et jusqu’à 24 mois de validité. C’est beaucoup plus facile pour les pays en voie de développement que les conditions requises pour Pfizer et Moderna, des super congélateurs. 

Tertio, la Chine en particulier propose, pour vendre ses vaccins, des accords bilatéraux intéressants : chaine de fabrication locale, transfert de technologie. C’est à l’étude avec le Maroc, le Kenya, l’Égypte. Et si la fabrication locale n’est pas possible, la Chine est capable de produire en très grand nombre. C’est l’avantage d’être l’usine du monde.

Enfin 4ème raison, la Chine sait profiter des tensions géopolitiques. Exemple : l’Ukraine. Donald Trump refuse de lui envoyer des vaccins américains, donc la Russie se propose. Mais le pouvoir ukrainien ne veut surtout pas avoir de comptes à rendre à la Russie. Donc il achète chinois : 18 millions de doses de Sinovac. Et tout ça peut aller très vite : c’est l’avantage des accords bilatéraux.

Des vaccins préemptés par les pays riches

Il y a pourtant bien un projet international, Covax, pour aider les pays les plus pauvres mais ça rame un peu.

Le projet repose à la fois sur des fonds publics (ceux des Etats les plus riches) et sur des fonds privés (notamment la Fondation Bill Gates). Il est coordonné par l’Organisation Mondiale de la Santé et par l’Unicef et vise à fournir en vaccins les 90 pays les plus pauvres de la planète. Le projet est généreux sur le papier. Mais au rythme où ça va, tous ces pays ne verront pas le moindre vaccin avant la fin de cette année au mieux. Soit un quart de la population mondiale mise à l’écart.

C’est la conséquence, en grande partie, de l’égoïsme vaccinal des pays Occidentaux. De nos entreprises : les géants du médicament veulent garder leurs secrets de fabrication, il y a trop d’argent en jeu. Pas question d’abandonner leur « propriété intellectuelle ». De nos États aussi : ils font des stocks. Les pays riches préemptent les vaccins. Plus de 50% des doses ont déjà été pré-réservées pour seulement 15% de la population mondiale. Le Canada bat des records : il a préservé 5 fois plus de doses que le nombre de ses habitants. C’est vrai aussi du Royaume Uni, de la France, etc.

Ça peut se comprendre : chacun veut d’abord protéger sa population. Mais cette attitude occidentale contribue à enterrer un peu plus le multilatéralisme. Et surtout elle profite donc indirectement à d’autres acteurs, la Chine en tête, qui tire les marrons du feu avec ses accords bilatéraux.

Le risque de l’égoïsme, c’est la perte d’influence.

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