Y-a-t-il un vote sanction contre les dirigeants des pays les plus durement touchés par la pandémie au Covid-19 ? Pas forcément. Illustration dans les trois pays où l’épidémie est la plus meurtrière : États-Unis, Brésil et Inde.

Malgré une gestion désastreuse de l'épidémie au coronavirus,  le parti de Narendra Modi s'impose dans l’État du Bihar, l’un des plus peuplés en Inde, pourtant très touché par la crise.
Malgré une gestion désastreuse de l'épidémie au coronavirus, le parti de Narendra Modi s'impose dans l’État du Bihar, l’un des plus peuplés en Inde, pourtant très touché par la crise. © AFP / Prakash Singh

Jusqu’à la semaine dernière, tout le monde pensait que Donald Trump allait payer cher dans les urnes sa gestion calamiteuse du Covid-19. Le bilan parle de lui-même : près de 240 000 morts (les États-Unis sont le pays le plus touché au monde), une épidémie toujours galopante, un cluster géant à la Maison-Blanche, un Président lui-même contaminé et contaminateur, et surtout l’impression que Trump n’a fait que naviguer à vue depuis le mois de mars, puisqu’il a tour à tour nié puis minimisé l’épidémie, promis qu’elle allait disparaître, contredit les scientifiques, montré du doigt les Chinois, prôné des remèdes miracles en dépit du bon sens.

Bref, un catalogue de tout ce qu’il ne faut pas faire, alors que la gestion d’une telle pandémie réclame plutôt de la constance et du sérieux. Et pourtant, le vote sanction n’a pas eu lieu.

Donald Trump a certes perdu l’élection (même s’il n’a pas encore accepté de le reconnaître), mais le vote trumpiste s’est étonnamment bien maintenu par rapport à 2016. Le président sortant a même marqué des points dans les minorités, comme chez les Latinos, pourtant très touchées par l’épidémie. Cela peut paraître absurde, mais c’est logique. D’abord, Donald Trump a mis la priorité sur l’économie pour que l’activité continue, un discours auquel beaucoup de travailleurs ont pu être sensibles. Ensuite, Trump est au diapason de ses électeurs, venus se masser dans ses meetings, lui qui a fait le choix d’occuper le terrain alors que son adversaire jouait la prudence et le respect des gestes barrières. Cette stratégie de campagne a sans doute joué un rôle. En tout cas chez tous les corona-sceptiques et les anti-système sensibles à ce discours, la ligne de Joe Biden face au Covid semble ne pas avoir accroché.

Autre illustration en Inde, où des régionales viennent de se tenir dans la région du Bihar. Là aussi, prime au sortant, peu importe le Covid ! 

C’était le premier scrutin en Inde depuis la crise sanitaire, et il était à regarder de près. Pourquoi ? Parce que l’État du Bihar, l’un des plus peuplés en Inde – avec plus de 60 millions d’électeurs – est une région très rurale, qui fournit aux métropoles indiennes une grande partie de sa main d’œuvre… Des travailleurs pauvres qui ont été les victimes collatérales du confinement au printemps : privés de travail, livrés à eux-mêmes, obligés de regagner (parfois à pied) leurs campagne, l’État indien les a complètement laissés à l’abandon.

Une négation payante

Mais croyez-vous que le BJP, le parti nationaliste hindou du premier ministre Narendra Modi, aurait été sanctionné pour cette gestion inhumaine de la crise ? Pas du tout. Avec sa promesse de vacciner gratuitement tout le monde, le candidat de Modi – le gouverneur sortant – a réussi à faire oublier le bilan désastreux des autorités. La popularité de Modi est toujours aussi solide en Inde. Le chef du gouvernement s’est impliqué personnellement dans cette campagne avec succès : après une série de revers dans des scrutins régionaux, le BJP reprend des couleurs. Comme si le Covid n’était jamais passé par là. 

Au Brésil, enfin : un test électoral est attendu ce week-end. Des élections municipales. Là aussi, Bolsonaro : même pas mal !

À Sao Paulo notamment, la capitale économique du Brésil, le candidat bolsonariste est en bonne posture. Aussi surprenant que cela puisse paraître, Jair Bolsonaro a consolidé sa popularité pendant la crise du Covid, alors que le Brésil est le deuxième pays le plus touché, derrière les États Unis et devant l’Inde. Comment expliquer cela ? D’abord, il faut lui reconnaître une certaine constance dans la négation de la pandémie. Depuis des mois, Bolsonaro a toujours minimisé, il n’a pas cessé de s’opposer aux mesures de confinement prises par les gouverneurs des régions brésiliennes.

Pour lui (comme pour Trump), c’est l’économie avant tout. Regardez, dit-il, j’ai moi-même attrapé et vaincu ce virus, tout va bien. Face à la crise sociale – 25 millions de travailleurs au chômage – le gouvernement d’extrême droite a réussi à s’attirer les faveurs d’une partie des pauvres en débloquant une aide d’urgence. De quoi se faire passer pour le champion du peuple, face aux gouverneurs qui ne pensent qu’à fermer le pays et empêcher les gens de travailler. Ces derniers jours encore, le président d’extrême droite peste sans vergogne contre le virus. "Le Brésil doit cesser, je cite, d’être un pays de pédés !" Bref, Bolsonaro ne change rien. Il aurait tort puisque ça marche !

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