Aux États-Unis, la nouvelle procédure de destitution suit son cours contre Donald Trump. Et dans le même temps, à une semaine de l’investiture de Joe Biden, l’inquiétude monte face à la menace des groupes d’extrême droite.Et si l’invasion du Capitole n’avait été qu’un coup d’essai ? C’est le "monde d'après".

De grandes palissades grillaigées ont été édifiées autour du Capitole afin d'éviter une nouvelle invasion lors de l'investiture
De grandes palissades grillaigées ont été édifiées autour du Capitole afin d'éviter une nouvelle invasion lors de l'investiture © AFP / Al Drago / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

EtC’est une note du FBI qui donne froid dans le dos. Plusieurs médias américains, notamment ABC, ont pu la lire. Ils n’en dévoilent pas tous les détails pour d’évidentes raisons de sécurité, mais ça fait frémir. Les services américains ont identifié plusieurs complots de nature terroriste en vue de l’investiture.

Il y a d’abord des appels, sur les réseaux sociaux et les messageries d’extrême droite, pour marcher sur les 50 Capitoles, les 50 Congrès des 50 Etats, entre dimanche prochain et mercredi jour de l’investiture. Avec comme point d’orgue : la plus grande manifestation d’hommes en armes de l’histoire du pays autour du Capitole de Washington.

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Il y a surtout un projet visant à empêcher les nouveaux élus d’accéder au Congrès, y compris par l’assassinat, sur place, ou lors de leurs trajets depuis leur ville d’origine. Et le complot vise aussi bien des élus démocrates que des républicains qui ont lâché Trump. On en est donc rendu là aux États-Unis.

Les mesures de sécurité, qui ont fait défaut la semaine dernière, s’annoncent donc drastiques. La police du Capitole sera renforcée par la Garde Nationale : près de 15.000 hommes déployés dans les rues de Washington. Et certains journalistes qui vont s'équiper de gilets pare-balles. On a cette sensation inquiétante que tout peut arriver, y compris pendant la prestation de serment du nouveau Président, qui s’effectue en extérieur et en public. Joe Biden n’a aucune intention de renoncer à cette tradition.

180 milices paramilitaires organisées

On ne sait pas précisément d'où viennent ces menaces, là encore pour des raisons évidentes de sécurité. Mais on a l’embarras du choix.

Les États-Unis comptent aujourd’hui 180 milices paramilitaires liées à l’extrême droite. Certaines ont acquis de la notoriété, grâce à Trump (les Oath Keepers ou les Proud Boys), ou grâce à leur présence la semaine dernière au Capitole (la North American Militia). Elles ne comptent au total que 20 à 30.000 membres, un peu plus si on y intègre tous les conspirationnistes liés au mouvement QAnon et tous les groupes néo nazis, suprémacistes ou racistes, type Ku Klux Klan.

Tout ça reste évidemment marginal par rapport aux dizaines de millions d’électeurs qui ont voté Trump. Mais ces milices sont très organisées, très armées (les ventes d’armes ont battu des records l’an dernier aux États-Unis) et nombre d’entre elles ont probablement infiltré les forces de police. Depuis 5 ans, elles n’ont cessé de monter en puissance, tuant une militante antiraciste en Virginie, projetant d’assassiner la gouverneure du Michigan, etc. 

Toutes ces milices ont été chauffées à blanc par les tweets incendiaires de Donald Trump (aujourd’hui ce n’est plus possible, mais c’est trop tard, le mal est fait). Et toutes ces milices, à l’image du leader des Oath Keepers Stewart Rhodes se préparent depuis plusieurs années à la guerre civile.

Il faut prendre cela au sérieux.

La fin ou le début d'un cycle de violence

Il y a deux façons d’analyser ce qui s’est passé lors de l’invasion du Capitole il y a une semaine.

Option 1 : c’était le crépuscule de 4 ans de Trumpisme, et l’électrochoc va remettre les Etats-Unis sur la voie d’une démocratie pacifiée.

Option 2 : l’inverse. Ce n’était pas la fin, mais le début de quelque chose, le début d’un cycle de violence. Ces dernières années, le terrorisme d’extrême droite n’a cessé de prendre de l’ampleur dans le pays. Selon plusieurs études internationales, il est désormais à l’origine de 90% des assassinats ou des complots liés au terrorisme. L’extrême droite est devenue, plus que l’islamisme radical, la menace numéro 1 aux États-Unis.

Et l’invasion du Capitole n’a fait qu’élargir le champ du possible et du légitime. Ce qui était inimaginable devient réalisable. La prochaine fois, les putschistes en herbe ne se contenteront pas de poser comme des clowns devant le buste de George Washington. Ils chercheront vraiment à prendre le pouvoir. Parce qu’ils sont organisés, parce qu’ils ont leurs théoriciens qui vont tirer des enseignements de la semaine dernière. Et leur but, c’est aussi de déclencher de la violence en retour, pour mieux entrer dans une spirale de guerre civile.

Quand bien même il ne se passerait rien de grave dans les jours qui viennent (ce qu’on va souhaiter), il ne faudra pas se dire que le calme est revenu. Les années qui viennent sont porteuses d’un vrai risque de violence politique aux États-Unis. 

Le principal ennemi de la démocratie américaine, c’est désormais « the enemy within », l’ennemi de l’intérieur.

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