Huit jours après les élections aux États-Unis, Donald Trump refuse toujours d’admettre sa défaite et multiplie les contentieux en justice. Ce n’est pas surprenant de sa part. Ce qui l’est un peu plus, c’est l’attitude de son parti, le parti républicain, qui continue de le soutenir. C'est le monde d"après.

Le vice président Mike Pence, ici après une réunion à la Chambre le 11 novembre avec les élus républicains, s'est montré discret dans son soutien à Donald Trump
Le vice président Mike Pence, ici après une réunion à la Chambre le 11 novembre avec les élus républicains, s'est montré discret dans son soutien à Donald Trump © AFP / SAUL LOEB / AFP

Enfin, les Républicains restent majoritaires sur les postes de gouverneurs dans les États : 27 contre 23 pour les Démocrates. clair : le parti républicain progresse, il a plutôt le vent dans le dos. Mais il a un point faible : son chef. Donald Trump.

Il suffit de regarder tous les scrutins du 3 novembre.

  • Au Sénat, les Républicains peuvent espérer conserver leur majorité, c’est une bonne surprise pour eux. Pour l’instant, ils ont 50 sièges contre 48 aux Démocrates. Les deux derniers sièges se joueront en janvier, en Georgie. Les Républicains seront légèrement favoris.
  • A la Chambre des Représentants, ils progressent. Ils demeurent minoritaires, mais ils ont gagné 6 élus. Bonne surprise là encore. 
  • Enfin, les Républicains restent majoritaires sur les postes de gouverneurs dans les Etats : 27 contre 23 pour les Démocrates.

Bref, c’est une bonne vague électorale pour eux. Sauf la Présidentielle. Perdue. Et sans doute nettement (même si on attend les résultats définitifs) : 5 millions de voix de retard au niveau national, potentiellement plus de 300 grands électeurs pour Joe Biden. Nettement plus que la barre des 270. Trump est le premier président depuis près de 30 ans à ne pas être réélu après son premier mandat.

Bref, le parti républicain suscite l’adhésion, sur son programme : la loi et l’ordre, le protectionnisme, la famille, la limitation de l’avortement. Mais il perd sur son candidat : Trump est devenu un fardeau, plus qu’un atout, pour son parti. Donc la logique serait de le laisser tomber. CQFD.

Mise au pas et crainte généralisée

Mais ce n’est pas ce qui arrive, pour deux raisons.

D’abord, Trump a mis le parti républicain en coupe réglée, pendant ces 4 dernières années. Le parti lui obéit.  Les voix dissidentes ont été marginalisées, même celles des anciens candidats à la Maison Blanche, Mitt Romney ou feu John McCain. Le président possède sa garde rapprochée, l’avocat Rudy Giuliani, le chef de la diplomatie Mike Pompeo. Ils lui sont dévoués. Et il a placé ses hommes dans le parti. Certains lui vouent une admiration sans borne et le vénèrent comme on se prosterne devant un gourou dans une secte.

Ensuite, c’est la 2ème raison, Donald Trump leur fait peur. Au sens premier du terme. Ses coups de colère terrorisent les élus républicains, qui redoutent de se voir assassinés d’un simple tweet, sur un mouvement d’humeur ou de rancune du président. Sans compter que Trump a passé son mandat à virer ses collaborateurs du jour au lendemain : le dernier en date cette semaine, le patron de la Défense Mark Esper.

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Ils ont peur de lui, aussi, de façon conjoncturelle sur ce double scrutin sénatorial en janvier en Georgie. C’est déterminant pour eux : s’ils l’emportent, ils vont pouvoir faire barrage à la plupart des réformes promises par Joe Biden. Mais s’ils se désolidarisent trop vite de Trump, ils peuvent redouter de voir le Président se venger en leur savonnant la planche en janvier.

Résultat : le parti républicain laisse passer l’orage. Se tait. A l’image du vice-président Mike Pence, très discret depuis une semaine.

Un précédent dans les démocraties pluralistes

Et il y a évidemment des conséquences à court terme et à long terme.

A court terme, cette attitude pourrit la transition avec Joe Biden. Et elle va perdurer au moins jusqu’à début décembre, et la fin programmée des contentieux électoraux. Des contentieux dont on voit mal comment ils peuvent avoir la moindre chance de renverser la vapeur. Il faudrait faire invalider désormais près de 80.000 votes entre la Pennsylvanie, la Georgie et l’Arizona. C’est très improbable.

Plus grave, à moyen terme, cette attitude légitime le principe même de la contestation du résultat des urnes. C’est monnaie courante dans les régimes autoritaires: Loukachenko en Biélorussie, Maduro au Venezuela ou Mugabe au Zimbabwe, dans trois styles différents. J’ai perdu le vote. Je refuse de l’admettre. Mais dans les démocraties pluralistes, c’est nouveau : cette contestation de la légitimité du vote crée un précédent.

Et ce précédent pourrait inspirer d’autres leaders populistes à l’avenir, par exemple Orban en Hongrie ou Jansa en Slovénie. Voire d’autres en Europe Occidentale. Ce refus du parti républicain de lâcher le Président montre combien nos démocraties sont fragiles. Quand un leader se transforme en gourou et persuade ses fidèles que le vote n’est pas fiable, la démocratie tremble, les garde-fous ne sont pas si solides.

Et la bascule vers la tyrannie peut s’effectuer en un rien de temps.

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