Le meeting de Donald Trump la nuit dernière à Sanford en Floride, pour son grand retour dans la campagne, après l’interruption due à son hospitalisation, est très révélateur. A trois semaines pile des élections, son secret est de se présenter comme un homme aux pouvoirs surnaturels. C’est "le monde d'après".

Donald Trump en meeting à Sanford en Floride
Donald Trump en meeting à Sanford en Floride © AFP / SAUL LOEB / AFP

Ça saute aux yeux : Donald Trump est un super héros avec des pouvoirs surnaturels. Regardons bien, tout en révisant notre petit manuel d’amateurs de Marvel et de DC Comics.

D’abord, Trump, c’est Captain America : la ressemblance est frappante. Écoutons Donald Trump hier soir en Floride : « Je me sens si puissant, ils disent que je suis immunisé ». Captain America, c’est le héros qui se voit inoculer le « super sérum » du « super soldat ». Trump c’est pareil : contre le virus, il prend un traitement expérimental et ça marche (il ne devait pas y voir d’eau de javel disponible). Le président résiste, se relève. Repart au combat. C’est un surhomme avec du super sérum. Il dit d’ailleurs : 

« Je sens une aura protectrice autour de moi »

Et puis, comme Captain America, Trump, c’est le nationalisme à bout de bras, le drapeau en bandoulière, la bannière étoilée à toutes les sauces. Sur les estrades des meetings, sur le balcon de la Maison Blanche à son retour de l’hôpital. C’est le protecteur du monde libre : Captain America c’était contre les nazis, lui c’est contre la Chine. Make America Great Again. Il est indestructible, c’est le champion créé par l’Amérique pour la sauver avec son bouclier.

De Captain America à Superman

On peut objecter que Captain America est un héros un peu fade. Mais d’abord, on ne se moque pas de Captain America et surtout, Trump, c’est davantage que Captain America. Il a d’autres pouvoirs. Reprenons notre petit manuel des super héros et regardons bien.

Trump c’est aussi Superman. Le héros grand et fort qui ne porte pas de masque, contrairement à Spiderman, Iron Man, Daredevil ou Batman. Il avance à visage découvert, Covid ou pas. Bas les masques. En montant sur scène hier soir en Floride, il lançait même des masques à la foule. Pas besoin de se protéger le visage quand on vient d’une autre planète.

D’ailleurs, Donald Trump, semble-t-il, a envisagé de porter un tee shirt de Superman sous sa chemise en sortant de l’hôpital la semaine dernière. Et de déboutonner sa chemise pour le montrer. Idée finalement écartée. Franchement, il aurait dû.

Et puis, Trump c’est aussi pêle-mêle :

  • Un milliardaire extravagant comme Iron Man ; 
  • Un héros aux cheveux jaune orange comme Flash Gordon ; 
  • Et même une victime, montré du doigt par les méchants médias, marginalisé par le système. Comme les X Men, comme Hulk, comme Spiderman.

Trump, c’est presque toute la galaxie des super héros à lui tout seul ! Waouw ! 

Fanatisation et déni de réalité

Alors évidemment, ça fait partie du jeu électoral de créer une mythologie, un story telling comme on dit outre-Atlantique. Mais il y a une différence avec Trump : la mythologie a pris le pas sur la réalité.

D’abord, on peut se demander si Trump lui-même n’est pas convaincu d’être un super héros aux pouvoirs surnaturels quand il proclame, illuminé, 

« Je me sens si puissant »

Bon ça c’est un cas classique de mythomanie. Plus troublant : ses partisans les plus radicaux y croient. Il n’est à qu’à écouter les reportages de Benjamin Fontaine, notre envoyé spécial sur ce meeting d’hier soir en Floride. « On t’aime, on t’aime », crie la foule au président. Nous sommes à la limite du fanatisme façon secte à grande échelle, avec un gourou qui se voit en détenteur du bien, doté de pouvoirs ignorés du commun des mortels. Et qui proclame, je cite « N’ayez pas peur du virus ». 

Bon, le virus il a juste fait 220.000 morts aux Etats-Unis, une paille. Mais cela importe peu, parce que la réalité ne compte plus. Pour Trump comme pour ses admirateurs, les faits n’existent plus. C’est le film avec le super héros qui est devenu la réalité. C’est pour ça que les grands médias américains ne parviennent plus à faire entendre raison à toute une partie de cet électorat. Puisque la raison n’a plus sa place. Trump c’est Captain America qui parle à nos tripes, pas à notre tête.

Voici donc comment fonctionne le discours sur cette nouvelle réalité: 

Trump est un super héros. Il est fort. Il n’y a pas de Covid.

Trump est un super héros. Il est indestructible. Il n’y a pas de chômage. 

Trump est un super héros. Il va gagner. Il n’y a pas de réchauffement climatique.

Trump est un super héros. Il combat les vilains. Il n’y a pas de racisme. 

Trump est un super héros, un super héros, un super héros… 

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